Avis du soir bonsoir ! Petit texte

Sao Sao
Zaguien
Inscrit: 2015-06-18 01:06:53
2015-12-31 19:07:01
Les séparations sont douloureuses. On les regrette d'autant plus lorsque, à notre plus grand mécontentement, on aurait pu les éviter de biens de manières.
Ces années en prison – qui m'ont parues comme des décennies en son absence – m'ont permises, au moins, de pouvoir réfléchir sur les erreurs que j'ai commises. Elles ont été utiles dans le sens où j'ai pu remettre de la valeur aux personnes qui en avaient – l'homme, Ethan, que je ne mérite pas, qui m'a attendu derrière les barreaux, malgré mes injonctions pour qu'il se refasse une nouvelle vie –, et à reconsidérer comme nocives pour moi-même celles qui s'en octroyaient, sans pour autant en avoir – tout le reste. Malgré tout, le regret est bien l'un des pires sentiments que l'on peut connaître. Entre autre, je regrette de ne pas l'avoir convaincu, d'avoir été, en quelque sorte, égoïste alors que j'avais de quoi lui faire peur. Après tout, je suis bien une créature détestable. J'en avais la possibilité. Oui, j'aurais pu montrer des facettes effroyables de ma personnalité qui l'auraient obligé à me haïr, puis à m'oublier, à retrouver le droit chemin en somme. Il ne m'aurait pas attendu durant tout ce temps perdu. Mais bien souvent, le pouvoir se dissocie du désir, et j'ai bien peur que ce soit mon cas.
Lorsque l'agent vient ouvrir ma cellule, et qu'il m'indique qu'une personne m'attend au dehors, mon c½ur manque un battement. Je tente de recouvrer ma respiration, et me dépêche à préparer mes affaires, que j'empile vite sur mon lit. Après les avoir enfilées dans mon sac, je rejoins l'agent, qui m'attend dehors, imperturbable, et me hâte à toute vitesse. Ignorant ses plaintes, je cours jusqu'au comptoir, où une dame m'autorise à sortir, puis je fuse comme un enfant jusqu'à la rue adjacente. Essoufflé, je m'arrête un court instant pour reprendre mes esprits. Il fait nuit, il doit être tard et la rue semble vide. Le silence est roi : pas un seul bruit de mouche ne couvre les alentours. J'ai bien peur de m'être fait des illusions. Perdu, je jette des coups d'½il dans tous les coins de la rue, non, aucun signe d'Ethan. En fixant le sol, je me rends compte à quel point il fait froid, et je suis en tee-shirt. Je me couvre de mon écharpe et met ma fourrure dans laquelle je m'emmitoufle. La rue est un réel désert, et je commence à perdre espoir.
Un bruit de talon, derrière moi, me secoue de toute part, et une main d'une chaleur familière se pose sur mon épaule droite. J'ai le c½ur au bord des lèvres, et les larmes, des yeux, comme si le givre n'était pas suffisant. Son ténor porte jusqu'à mes oreilles, surprises d'entendre une si belle mélodie après tant d'années d'abstinence.
– Jacob, c'est toi ? dit-il, ahurie.
Je tourne sur moi même et reste figé, son visage angélique me paralysant. Ma conscience, incrédule, ressasse des souvenirs, tout d'abord. Mais ceux-ci surgissent comme un choc électrique dans ma poitrine. Je retrouve en ses yeux azurés le fleuve de mon bonheur, en ses cheveux blonds, la chaleur que le soleil ardent procure les jours d'été. Je retrouve en ses traits, les méandres qui ont tant embrassé les facettes de mon visage moi-même. Je revois en ce sourire lumineux, les fameux couchés de soleils, qui s'étalent dans le ciel et offrent une palette de couleur sublime, du rouge vermeil, se mariant avec du blanc cotonneux. Il reste un moment à m'observer aussi, ses membres inertes, le sourire aux lèvres. Je reste planté sur place, comme si toutes ces années avaient trouvé, ici, un sens.
D'abord hésitant, il me prend dans ses bras. Dans notre étreinte et avec mon chagrin, son parfum tient des teintes rassurantes, sublimes : le humer me picote le nez, puis me rassure de sa présence. Il est là. Bien là. Ce n'est pas un rêve, comme j'en ai tant fait, mais il est réel, je peux enfin le palper.
– Tu es là, je souffle, ma respiration se faisant plus calme.
Il me répond en m'étreignant encore plus fort.
– J'ai tant attendu, pleure-t-il entre deux sanglots. Mon c½ur, j'ai tant attendu pour te revoir.
Ses paroles me font l'effet d'un couteau sur une plaie béante. Tant de regrets.
– C'était mon problème, je tente de le rassurer. Mon problème. Mais comme d'habitude, tu es têtu.
Mes paroles le saisissent de plein fouets. Je sens son corps se crisper contre le mien.
– Non. Non, je ne suis pas d'accord. Ce sont aussi les miens.
Je me mords la lèvre. Avant que je sente son corps embrasser le mien. Avant que sa main se fasse douce mais rude sur ma nuque égarée. Avant qu'il ne me désarme, de son autre main, des miennes, et qu'il écarte ma mèche de cheveux. Avant que je puisse fermer les yeux, et imaginer son visage se plaquer contre le mien. Avant que je sente sa bouche bouillante effleurer ma joue, et son odeur rassurante érafler mes narines ... Avant que ses lèvres, brûlantes comme un volcan en fusion, se fassent ferme contre les miennes, de manière inattendue. Mon c½ur manque un battement. Je m'accroche à sa veste, ayant peur de partir à la dérive, assommé par un ouragan de sentiments insaisissables, tant les uns que les autres. Il ne peut, non, s'attaquer à ça, mon point faible. Il n'a pas le droit de me désarmer à ce point, c'est déloyal. Malgré tout, je me laisse aller, et sa main traverse toute ma colonne vertébrale, qui est en proie à des secousses incessantes. Je savoure la promenade, comme une barque qui longe un fleuve, éternellement, jusqu'à la rencontre de la malheureuse cascade, qui dérange tout, qui marque l'incompréhension dans un élan de désir, qui réaffirme néanmoins tout ce qui est déjà certain, comme l'exaltation, ces trois mots sont prononcés, inattendus, fascinants, de sa voix douce et tremblante, marquant une sincérité à toute épreuve. « Je t'aime. » Et jamais je n'ai aussi peur de perdre quelqu'un sur cette terre. Je le tiens entre mes bras. Et il est une prise faible. Si faible, que j'aurais pu le perdre s'il avait suivi mes caprices infantiles à la lettre. Mais cette prise est si valable ... une raison valable de vivre, de persévérer.
– Pardonne-moi, je soupire, timidement.
– Chut, ...
Je sens sa main sur ma taille, perdue, mais dure, comme un prédateur, ayant peur que sa proie l'échappe. Oui. Il est mon prédateur, et je suis sa proie, comme je l'étais d'ailleurs, mais il n'est pas le seul à craindre la perte d'un être cher.
Mes mains s'enroulent autour de son cou, et ses yeux, d'une couleur plus céleste que jamais, me dévisagent de manière interdite, et j'y plonge dedans. Cette fois, ses lèvres se font beaucoup plus langoureuses et violentes contre les miennes, mais toujours attentives au moindre geste de sa prise.
– Tu comprends que j'ai peur de te perdre.
Son chuchotement m'effleure la joue.
– Alors, ne me laisse pas, je gémis tendrement.
Son corps est comme un brasier incessant, qui forge l'épée que je suis : son corps embrasse parfaitement le mien, meurtri, mais alerte. Je me prépare à ce que sa voix, grave, vacillante dans sa gorge, me fasse vibrer jusqu'aux entrailles. J'ai un haut-le-c½ur.
– Jamais.