Rapports 2013 des experts VIH : une mise sous traitement sans délai des séropos

******* Allomat69
Zaguien
Inscrit: 2007-04-09 05:04:11
2013-10-02 18:57:55
Le groupe français d'experts VIH vient de publier ses recommandations 2013 en matière de prévention et traitement du VIH en France.

Le rapport sera gratuitement à la disposition du public en octobre, mais on peut déjà en lire les grandes lignes sur le communiqué de presse :  

Sans surprise on y retrouve la convergence entre les recommandations suisses 2008 en terme de santé publique, et les dernières avancées 2012-2013 en terme de santé des porteurs de VIH, notamment (je résume et explique) :

- mise en place d'un traitement antirétroviral chez toute personne vivant avec le VIH, autrement dit dès le dépistage d'une séropositivité VIH, le plus tôt apparaissant être le mieux ;

- proposer un dépistage en cas d'état de santé évoquant l'infection et/ou d'appartenance à une population à prévalence élevée de la maladie (gays ou bi masculins, blacks africains,...), ou tout hétéro sans dépistage récent lorsque l'occasion médicale se présente ;

- couplage du dépistage VIH et des hépatites B et C ;

- promotion d'une prévention combinée associant 3 choses, les mesures comportementales (protections, évitement des situations à risque,...), les stratégies de dépistage (périodique, en cas de prise de risque récente ou pas,...), et les traitements, pour les populations à risque qui font l'essentiel des nouvelles contaminations (gays ou bi masculins, blacks africains masculin ou féminins, français d'outre mer, usagers de drogues, … ) ;

- le recours à la prophylaxie (traitement pré-exposition = PREP) chez les séronegs à haut risque ;

- etc...

Pour l'ensemble des mesures et plus de précisions, lire pour le moins le  , voire le rapport complet lorsqu'il sera gratuitement disponible.


-----

Comme cette orientation était prévisible, et que cela fait des mois qu'on l'évoque sur Zag, je n'ai que peu de remarques personnelles :

- la mise sous traitement précoce est un objectif qui ne peut pas se passer de l'expertise extrêmement pointue des soignants, car le traitement doit prendre en compte une multitude de paramètres, qui vont de la bonne observance de la posologie, à la prise en compte de l'état de santé et des effets secondaires, au contournement des résistances du virus aux médocs, etc ;

- la prophylaxie (PREP) fait toujours débat, y compris chez les populations les plus concernées comme les prostitués, parce qu'aucune méthode de prévention n'est parfaite, et qu'il vaut mieux les combiner ;

- le rapport n'évoque pas le cas des mineurs gays ou bi, qui sont surtout protégés actuellement par un effet statistique, mais le seront de moins en moins (les mecs commencent maintenant à sortir à 12 ans ! xD ), et n'ont pas autant de liberté que les adultes pour bénéficier des préventions, dépistages et traitements, ni même la compréhension des complexités de ces stratégies de lutte contre le VIH.

Excusez le pavé, et à vos remarques ^^
Florian The-ark
Zaguien
Inscrit: 2007-11-19 07:11:53
2013-10-03 16:43:26
Oui effectivement, je te rejoins sur le point de l'expertise extrêmement pointue nécessaire à la mise en route d'une trithérapie antirétrovirale précoce.
Cela dit l'application du texte, et c'est comme ça qu'on nous l'enseigne à la faculté pour l' examen classant national, est "peu importe la charge virale ou le nombre de CD4, tout le monde sous trithérapie, sous couvert d'une bonne adhésion au traitement et d'une préparation préalable" le texte dis donc qu'il faut traiter précocement, mais comme tout traitement, avant de l'instituer il faut y être préparer. Donc dans les faits, le traitement ne sera pas instituer à l'annonce du diagnostic, bien évidemment mais dans les semaines suivantes fonction du contexte social, familial, de l'adhésion etc...
Car le risque est d'autant plus grand de voir apparaître de plus en plus de souches résistantes si les patients ne sont pas observants à 100%.
En effet, le VIH est un virus très mutagène et une observance médiocre entraîne l'apparition de variants résistants d'abord à une des molécules de la trithérapie, puis à deux etc... et une fois le variant résistant acquis... étant donné que le virus possède une intégrase (et s'intègre donc à l'adn des cellules) il archive la résistance dans l'organisme, et on ne peut plus jamais utiliser la molécule pour lequel le virus est devenu résistant.
Donc pour le coup cette mesure est géniale car elle permet vraiment d'obtenir une réponse bien meilleure, avec dorénavant une espérance de vie pour séropos pris en charge rapidement (d'où l'intérêt du dépistage régulier on ne le répétera jamais assez) qui est quasi identique à l'espérance de vie de la population générale.
Mais il va falloir axer à fond sur l'EDUCATION THERAPEUTIQUE! (mot clé aux ECN, pas mis = zéro ^^)

Bref, une bonne chose en somme.
Anonyme
2013-10-05 12:35:09
Mmmmmmm il se pourrait bien qu'ils en parlent dans le concours médecine, en QCM santé-société.
 
******* Allomat69
Zaguien
Inscrit: 2007-04-09 05:04:11
2013-10-05 14:22:56
the-ark ,
"Donc pour le coup cette mesure est géniale car elle permet vraiment d'obtenir une réponse bien meilleure, avec dorénavant une espérance de vie pour séropos pris en charge rapidement (d'où l'intérêt du dépistage régulier on ne le répétera jamais assez) qui est quasi identique à l'espérance de vie de la population générale.
Mais il va falloir axer à fond sur l'EDUCATION THERAPEUTIQUE"

Ton explication est claire, la reformuler n'apporterais pas grand chose. Malgré tout je cite la fin pour rebondir...

Le dépistage régulier est en effet essentiel, ou en cas de prise de risque avérée.
Et ne pas prendre de risque, c'est se protéger. Car une fois que le virus est entré, puis s'est caché, on ne sait pas encore le déloger.

Le traitement précoce vise notamment à lui laisser le moins de temps possible pour se cacher.
Mais à juste titre tu rappelles que le patient doit observer strictement son traitement, et donc y adhérer, ce qui est loin d'être évident lorsque quelqu'un vient d'apprendre qu'il est séropo, et a le moral à zéro. De plus c'est prendre un abonnement à vie au labo d'analyse et chez le médecin tous les X mois...

Enfin comme je le rappelais en filigrane, en terme de santé publique on compte beaucoup sur le fait qu'un seropo bien soigné deviendra non contaminant dans la majorité des cas. Mais pas immédiatement, pas dans tous les cas, et la charge virale peut parfois remonter. Ce qui ne mettra pas le préservatif à la retraite.

Je ne sais pas si cette recommandation est "géniale", mais elle est porteuse de l'espoir de parvenir un jour à contrôler l'infection, et faudra qu'elle soit suivi par ceux qui tiennent les cordons de la bourse (qui est percée parait-il). On peut penser que cela sera la cas.