ZaGay, c'est une longue histoire, de bientôt 18 ans, qui du coup ne peut se raconter en un petit texte de deux paragraphes. Suite à cette « renaissance du site », je me dois de vous raconter au moins dans les grandes lignes ce qui s'est passé et pourquoi, finalement le site n’est pas mort. Tout d'abord, commençons par les présentations, beaucoup m'ont connu sous le pseudonyme de Stanboy, je suis le créateur de Zag. J'ai créé ce site il y a maintenant très longtemps, à l'âge de 15 ans. A l’époque seul les espaces de dragues portés sur le sexe existaient, j’ai voulu créer un lieu plus adapté à des jeunes LGBT qui découvrent leur sexualité.

 

Sur sa forme & son fonctionnement, ZaGay a donc évolué au gré des apprentissages d'un adolescent, puis d’un jeune adulte, notamment concernant la partie technique qui deviendra plus tard une bonne partie de mon métier.

À l'époque, en tant qu’ado un peu rebelle, au-delà de la prise en compte des besoins de la communauté, j'ai souhaité aussi permettre une très large auto-gestion du site par ses membres. Ce sont des choix qui ont été faits et que je ne regrette nullement, à l’époque ils ont permis la naissance d’une communauté soudée et unique dans son genre, ils m'ont aussi permis de voir ce que ce type de fonctionnement pouvait apporter à la gestion d’un site web.

 

Durant cette période-là, les revenus du site ne rapportaient pas grands chose, je déclarais les revenus, payais des impôts dessus et tout le restant était réinvesti parfois même à perte pour animer le site. Matériel technique, location de serveurs, goodies, promotion du site, matériel de prévention, jusqu'à envoyer des cadeaux pour remercier les membres les plus actifs du site (Cd, livres, téléphones et lecteurs MP3 aussi. J’avais totalement oublié, c’est en tombant sur des vieux visuels en récupérant les fichiers que je me suis rappelé de ça). Ayant commencé à travailler très jeune, j'avais déjà des revenus confortables par ailleurs et voyais cette activité plus comme quelque chose qui se rapprochait d'une forme de "bénévolat" si je peux dire sans la contrainte de la gestion d’une asso et cela me convenait très bien.

 

S'en est suivi une période que je qualifierai de "roulement", après mon travail, mes soirées étaient consacrées à Zag, l'administratif, les demandes des utilisateurs et modérateurs, les relations avec des parents inquiets, avec les forces de l'ordre aussi très régulièrement et enfin un peu de développement. Des heures, où j'étais accroché au téléphone et sur l'ordinateur.

 

C’est à cette époque aussi que se jouait un moment charnière de ma vie qui allait m’envoyer droit dans le mur, mais je n’en avais pas encore conscience.

 

J’ai eu la malchance de vivre deux situations plutôt violentes au même moment, une relation que je croyais « amoureuse » avec un pervers narcissique (dans le sens pathologique) qui m’a laissé des traces autant physiques que psychologiques, alors qu’au même moment, je travaillais pour un groupe de presse qui était en train d’opérer un grand plan acquisition/fusion de titres avec pour ultime objectif un dégraissage de la masse salariale à la façon Orange.

 

La conjugaison des situations de ma vie professionnelle et personnelle — toutes deux extrêmement malsaines — m’ont envoyées plus bas que terre, mon corps et mon esprit n’étaient plus capables d’encaisser les coups, tout ceci s’est soldé par un burn-out.

 

Pas le genre où l'on est juste un peu déprimé, plutôt le genre où l'on est plus maître de son propre corps, le genre où, crise après crise, un jour, on manque de se tuer à cause d'une crise de tétanie au volant de la voiture. Ce jour-là, j'ai commencé à remettre en cause mes priorités, notamment professionnelles tout en commençant un long travail personnel de remise en question. Ces choix de vies se sont finalisés par une séparation, une installation en Aveyron et le fait d'abandonner certaines opportunités professionnelles qui n'étaient plus en accord avec mes principes et mon éthique.

Il me fallait aussi me trouver un toit, me reconstruire un chez-moi, où je serai bien, où je me sentirai en sécurité. J’ai cru que c’était l’affaire de quelques mois, au final il m’aura fallu des années pour rebondir.

 

Cette période de troubles personnels ont inévitablement eu une incidence grave sur Zag. Tout d’abord parce que je n’avais plus assez de temps à consacrer au site, mais aussi car, je vivais mon expérience personnelle comme un échec qui me laissait penser que je n’étais plus légitime.

 

ZaGay est un site auquel je suis extrêmement attaché, c'est un peu comme mon bébé, je savais très bien que la situation était mauvaise pour lui et ai lancé plusieurs fois des appels à proposition de reprise, car pour moi, le plus important était qu'il survive correctement. Je suis rentré en contact avec certaines personnes proches du tissu associatif LGBT pensant qu'une reprise associative n'était pas à exclure aussi.

Cependant, aucun de ces échanges n'est allé à terme, car de mon point de vue, il y avait systématiquement un problème sur l'un de ces points clé :

- Désir de reprise purement commerciale, qui ne respectait pas la philosophie de ZaG

- Manque de compétences notamment technique pour reprendre un projet complexe du fait de son ancienneté

- Manque d'un minimum de garanties sur la pérennité de la reprise

- Propositions de vendre uniquement la base d'utilisateur à des fins purement marketing

Et je ne parle pas des propositions totalement farfelues !

 

Malgré mes problèmes de santé qui me mettaient aussi en difficulté financière, ZaG restait une priorité, je n'ai pas voulu céder le site à n'importe qui. J'ai continué à payer de lourds frais mensuels liés à l'hébergement du site alors qu'il ne rapportait même pas de quoi couvrir ces mêmes frais. Il m'était impossible d'éteindre ces serveurs alors que je voyais que de nombreux jeunes continuaient à s'informer sur Zag, à lire le forum…

Je lisais bien ici et là des critiques à mon encontre, expliquant en gros que j’étais parti aux Bahamas avec des valises pleines de billets gagnés grâce à Zag, si seulement !

 

Le net, le comportement des utilisateurs ainsi que la législation française ont énormément évolué depuis la création de ZaGay. Bien qu’il existe maintenant des endroits un peu plus adaptés à tous les ages pour les LGBT, ces places me semblent en grosse partie gangrenées par les GAFAM(Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui sous couvert de gratuité, pillent complètement la vie privée de leurs utilisateurs.

J’ai envie de croire qu’un lieu d’échange respectueux de la vie privée peut encore exister en 2020. Un lieu qui ne dicte pas les comportements d’achats, un lieu qui n’utilise pas les conversations privées ou le micro des smartphones pour mieux cibler la publicité. Un lieu ou l’algorithme laisse sa chance à un débat et ne va pas planquer l’échange à la dernière page pour préférer mettre en avant un utilisateur égocentré sur le physique de ses abdos ou des petits chats tous deux plus rentables économiquement. Je tiens à préciser, j’aime les chats hein ;-) .Je crois qu’en 2020, et encore plus avec les évènements récents, il y a un réel besoin de lieux permettant de faire société, surtout en France ! Et que la réponse n’est pas dans un outil ultime, mais dans la pluralité des outils. Je me trompe peut-être, le temps nous le dira.

 

En 2018, l'Assemblée nationale ayant clarifié la situation en fixant à 15 ans l'âge minimal pour s'inscrire sur un réseau social, j’ai décidé de retirer la limite supérieure, qu’il y avait auparavant.

Cependant sur la nouvelle section de rencontres, j'ai bloqué les recherches à une certaine amplitude.

Pour le moment, un mineur peut chercher des membres jusqu'à 20 ans, je pars du principe que des fois ça peut être utile de parler avec quelqu'un de légèrement majeur, même si on a que 17 ans.

Par contre tout majeur ne peut pas chercher des mineurs. Et je pars du principe qu'un mec de 30 ans fera chier à 99 % du temps un jeune de 18 ans. Le delta est réglé actuellement à 10 je serai très attentif aux retours des utilisateurs sur ce point-là.

Enfin, sur le reste de ZaG (ex forum) tout le monde peut se parler en public, cependant, j'ai commencé à mettre en place un algo qui analyse le comportement des utilisateurs afin de minimiser le risque d'un pédophile en quête de proie.

 

Tirant des leçons du passé, je souhaite donc essayer de relancer le site en conservant certaines valeurs qui me semblent fondamentales à son identité, tout en le faisant évoluer pour qu’il réponde mieux aux besoins de cette décennie. Cela fait environ un an que j'ai commencé à travailler là-dessus dès que j’avais un moment de disponible. Plus récemment, entre les coûts prohibitifs des anciens serveurs toujours en route, alors que je n'ai plus les même revenus, plus l’une des machines qui était en train de lâcher, j'ai été pressé par le temps. Je devais agir rapidement, j'ai préféré migrer directement avec la nouvelle version à son stade de développement pour éviter de ramener de la merde d'un système vieillissant et dont je n'avais pas de garanties absolues sur l'état.

 

J'ai conscience que mes problèmes de santé n'étant pas totalement résolus, une indisponibilité pour la gestion du quotidien de Zag doit être gardée en tête. De ce fait, j'ai fait le nécessaire pour qu'un des anciens membres dont je suis resté proche puisse accéder aux serveurs en cas de besoin. J'échange avec lui au quotidien, et il est au courant de tout ce qu'il y a à savoir concernant le site.

 

J’ai conscience aussi que peut être le redémarrage va échouer, les développements actuels sont fait en gardant cela en tête, si ça ne marche pas, une reprise totale ou partielle sera beaucoup plus facile du moins sur le plan technique.

 

Voilà où nous en sommes, voilà pourquoi vous entendez parler à nouveau de ZaGay. Je sais que par mon absence inexpliquée j’ai pu décevoir une partie des Zaguiens, j’en suis sincèrement désolé, j’espère que ceux qui m’en ont voulu me pardonneront un jour.

 

Maintenant, il faut relever la tête et essayer d’avancer.