Je quittais le parc sans avoir retrouvé Thomas. Je commençais à perdre tout espoir lorsqu'au détour du carrefour, je crus l'apercevoir. N'écoutant que ma bonne volonté, je m'élançais à toute vitesse pour le rejoindre.

"Thomas ! Attends putain !"

Des gens se retournaient, mais pas lui.

"Attends !" criais-je encore en lui agrippant l'épaule droite.

Il se cambra maladroitement, manqua de basculer pour au final me faire face, le regard noir.

"Quoi ?"

"Excuse moi Thomas, je pensais bien faire."

"Tu as bien fait, maintenant je suis totalement certain qu'il n'en a plus rien à foutre de moi."

Sa remarque transpirait la jalousie et la déception.

"Ne dis pas n'importe quoi, il fait son fier."

"Je le connais mieux que toi Théo, tu sais ?"

"Apparemment pas."

Je marquais des points, j'étais persuadé au fond de moi que Thomas avait peur de souffrir à nouveau et se retenait.

"Et Tim dans tout ça ?" fit-il doucement pour changer de sujet.

"Pas de nouvelles, je voulais aller voir les enquêteurs mais bon."

"Et tu crois qu'ils vont te dire quelque chose ? Juste pour tes beaux yeux."

J'éclatais de rire. Valentin avait eu la même réaction, au mot près. Mais je décidais de ne pas saisir la perche qu'il venait de me tendre. Cela n'aurait fait qu'attiser le conflit.

"Ça te dit de venir chez moi ? Je suis en sueur et j'aime pas ça."

"Tu dis ça pour l'odeur ?" dit-il en souriant

"La ferme. Allez viens."

Il me suivit jusque chez moi. D'ailleurs, je ne sais pas si c'est sa curiosité ou juste le fait qu'il était mal à l'aise, mais une fois dans ma chambre, il posa son regard méticuleusement sur chacun des objets de la pièce. J'ôtais mon t shirt dans la salle de bains qui était accolée à ma chambre.

"Cool, ta propre salle de bains, le pied."

"T'as vu ça !"

Je revins alors vers lui, torse nu, l'élastique de mon boxer dépassant de mon short. La scène devenait tout à coup plus lourde.

"Tu.. Vas te doucher ? Si tu veux je t'attends."

D'un signe de la tête, j'acquiesçais. Refermant la porte de la salle de bains derrière moi, il n'y avait pas de verrou sur ce modèle. Un blanc cassé avec une poignée longue et arrondie, en aluminium brossé. Je préparais ma serviette et attendait l'eau chaude mais j'avais toujours mon boxer sur moi. J'étais un peu intimidé de savoir Thomas juste à côté. Mais je m'y résignais, et totalement nu je me rinçais sous l'eau tiède. J'avais encore trop chaud pour apprécier une température plus élevée.

Je m'amusais à prendre de l'eau dans ma bouche et la recracher tout en me rinçant les cheveux. Je n'avais plus qu'un fond de gel douche à la vanille mais peu importe, cela serait suffisant. Machinalement, en passant ma main entre mes cuisses et sur mes testicules, je provoquais une légère érection.

Quelques minutes plus tard, je me séchais, le sèche cheveux c'était hors de question. Je mourrais de chaud mais je ne pouvais pas ouvrir la porte totalement nu. Je n'avais pas prévu de boxer, j'hésitais à solliciter Thomas mais j'eus une meilleure idée.

Ouvrant la porte, je gouttais encore un peu des mollets et des pieds. Les cheveux ébouriffés, mon bas ventre caché par l'épaisse serviette jaune jusqu'aux genoux couvrait mon anatomie.

"Ah punaise, ça fait un bien fou !" soufflais-je.

Thomas lui, était resté debout, j'avais imaginé qu'il s'était promené jusqu'à ma fenêtre.

"T'en avais surtout besoin."

"Mais quel moqueur tu fais ! Si tu faisais du sport, toi aussi t'en aurais besoin."

"Ouais, dans une autre vie."

Nous échangeâmes un sourire gêné. Thomas me paraissait un peu différent. Et je ne sais dire si c'était lui, son histoire avec Valentin, le fait que c'était un ami, qu'il était gay ou peu importe. Mais cette situation m'excitait un peu. Je m'approchais alors de lui.

"Tu t'habilles pas?"

"Ché pas."

"Comment ça ?"

Je le voyais rougir un peu. Valentin avait raison, c'est vraiment quelqu'un de charmant ce Thomas, bien qu'un peu trop âgé pour moi. Je m'avançais encore un peu.

"Tu fais quoi là ?"

"Je sais pas..."

J'avançais timidement mes mains sur les siennes, juste pour les toucher. Il me repoussa légèrement, très légèrement.

"On dirait que t'as le même gel douche que Valentin."

Thomas était déjà ailleurs, mais pas grâce à moi. Je le faisais penser à son Valentin. Je trouvais ça à la fois vexant et mignon.

La porte de ma chambre s'ouvrit. Je reconnaissais le frottement qu'elle faisait avec la moquette sur le sol.

C'était Valentin.

"Ah qu'est-ce que tu fais là ?" dis-je surpris.

"Je voulais m'excuser. Et puis c'était un bon prétexte pour esquiver Julien. Mais je vois que vous êtes occupés tous les deux. T'as pas perdu de temps. Salut."

Il enchainait, et enchainait ces phrases courtes, ma serviette ne me donnait aucun avantage tactique bien au contraire.

"C'est pas ce que tu crois" criais-je

Thomas lui s'avança vers Valentin.

"C'est plutôt toi qui n'a pas perdu de temps."

Valentin le cogna. Maladroitement, son coup de main, à mi chemin entre le coup de poing et la gifle s'était terminé sur la joue gauche de Thomas et le haut de sa tête.

Thomas semblait ne pas réagir. Valentin lui tourna le dos, et avant de sortir de ma chambre, toujours dos à nous, il ajouta

"T'es mort pour moi."