"Tu croyais vraiment pouvoir t'en tirer ?"

La lumière m'aveuglait, je voulais me cacher le visage, mais j'avais les mains liées.

"T'es qui ?"

"Tim. Tim. Tu devines pas ? Tu croyais que Barry et sa troupe allait te laisser les envoyer en prison ? Tu crois qu'ils sont que trois bordel ?"

Ce n'était pas des flics, je n'étais pas en sécurité ici. Je me débattais sur cette chaise d'un bois usé, l'endroit était à la fois humide et sombre. Nous n'étions pourtant pas dans une cave, j'apercevais la lumière à travers une ouverture sur la fenêtre de droite. Des arbres bougeaient avec le vent, le sol, lui, semblait être une sorte de dalle en béton.

"On m'a juste dit de te transmettre deux trois petites choses, avant de te finir."

Il s'avança, je décrivais un peu mieux l'allure de ce type. Mal rasé, un bonnet, une veste en cuir, un genre de jean, foncé. Des chaussures marrons avec des lacets fins.

"Tu veux me dire quoi ? Connard."

Je crachais sur lui. Au sens propre comme au figuré. Il ôta sa veste, et de son holster, il équipa son arme d'un silencieux avant de la pointer sur moi.

"Tu es prêt ? Vraiment ?"

Il me fixait, sans rire, sans sourire. Mon coeur battait, j'avais pas peur. J'avais pas peur.

"J'ai des photos à te montrer."

Il amena le sac à dos qui était à même le sol avec son pied. Glissa sa main à l'intérieur avant de se raviser.

"J'oubliais."

Une douleur. Atroce. Quelque chose de silencieux et, ce déchirement. De la fumée, un mouvement de recul. Il venait de me tirer une balle dans la jambe. Son pistolet semblait long, surement à cause du silencieux. Il gardait son calme, pris délicatement les photos avant de m'en montrer une.

"Tu vois ? Lui on va s'en occuper."

Il jeta une autre photo sur moi après me l'avoir furtivement montré.

"Lui aussi. Et sa famille."

"Non ! On peut s'arranger putain !"

"Je crois que j'ai une réponse aussi pour ça."

Il frotta son silencieux sur mes lèvres, je serrai les dents. L'odeur et le goût laissé par un excès de poudre me donnait la nausée. Il tenta d'enfoncer le canon dans ma bouche.

"Tu veux pas sucer ? Une dernière fois ? Allez, fais moi plaisir."

Je ne lui donnerai pas ce plaisir, sauf si cela peut sauver Théo, et les autres.

"Dis moi ce que tu veux ?"

"Eh bien. Moi ? Rien. Je suis là que pour exécuter des contrats, t'es le premier. Le plus important."

"Mais si je suis plus là, à quoi ça sert de t'occuper d'eux ?"

"Ils pourraient témoigner."

"Et si je te fais la promesse que non ? Et si je mens, tu me tueras."

"Tu parles comme un gamin."

Il me gifla violemment, ce qui me fit tomber de la chaise.

"Tu sais, ça aurait tellement pu être simple. Si dans le fond, t'étais pas parti. Surtout avec l'autre là, comment déjà ? Théo. Il a une maison sympa, sa mère a l'air toute .. Fraiche. Mais toi, tu préfères son fils d'après ce qu'on m'a dit ? A force de te faire baiser, t'es devenu une fiotte."

S'approchant, il me donna un coup de pied dans la tête. Je ne sentais plus mon nez, je reniflais instinctivement mais je manquais de m'étouffer avec le sang qui se trouvait désormais dans ma bouche. Je crachais de rage.

Détendant ses doigts, il se mit à ma hauteur, accroupi, il pointa son arme une deuxième fois vers moi.

"Le ventre ? La tête ?"

"Si tu crois me faire peur putain. Vas y tue..."

Il venait de tirer, mon ventre me faisait mal, mon maillot rougissait de plus en plus, j'haletais. Je ne sentais plus ma jambe, mon visage enflait à vue d'oeil.

"Allez, je dois pas me mettre en retard, et puis, ils ont été très clair : "laisse le se vider". Je suis bien élevé moi."

Je voyais ses pieds s'éloigner, mes yeux remontaient jusque ses jambes, il venait de récupérer sa veste et son sac. Les photos toujours sur le sol. J'agrippais celle de Théo contre moi, je n'arrivais presque plus à respirer.
J'essayais d'attraper mon téléphone portable dans ma poche mais j'étais toujours solidement attaché. J'entendais du bruit, comme si on écrasait de la paille. Une épaisse fumée d'abord blanche entra dans la pièce, des reflets de lumières sur les murs, il y avait le feu.

De plus belle, je tentais de me détacher, je criais.

"A l'aide ! Aidez-moi ! Me laissez pas ! Je ferai tout ce que vous voulez ! S'il vous plait !"

Je gémissais, j'avais soif et froid. Mes lèvres me brulaient, le sang de mon ventre me semblait noir.

Je me voyais mourir brûlé, si je ne mourrais pas avant.

Tout à coup, Théo était là, près de moi. Il me tenait la main.

"Tout va bien Tim, tout va bien, je suis là."

Je pleurais, de toutes les larmes de mon corps. Je me détestais, je me trouvais si sale, si las. Si monstrueux et soumis.

"Tu n'es pas monstrueux Tim. C'est eux, tu le sais. Tim, tu m'aimes ?"

"Oui, je t'aime."

"Je. T'aime."

"Hein ? Quoi ?"

Essouflé, je basculais ma tête en arrière, le feu n'était plus qu'à quelques mètres de moi. Aucune trace de Théo.

"Théo ?!"

Et puis, les flammes gagnèrent sa photo, puis celle des autres.

Puis moi.