« Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu » : 12,2 millions d'entrée et pas une seule nomination aux Césars, censés récompenser le cinéma français.
Alors je ne crois pas qu'il méritait un Oscar ni même un César, et bien des gens prétexteront que c'est l'affluence du public qui fait la plus belle récompense mais tout de même.
En soi, cela n'a rien de surprenant : une ancienne membre des Nuls, un acteur qui a fait fortune grâce aux « Visiteurs » et aux « Bronzés », l'ancienne présentatrice de la Minute Blonde, on ne récompense pas ces gens là. Et surtout pas une comédie.

Evidemment, c'est beau le « cinéma français ». On peut tout y faire : pleurer, s'émouvoir, se sentir mal à l'aise, ressentir tout ce que l'on veut mais surtout ne pas rire. C'est si vulgaire de rire.

C'est devenu une habitude de nos jours : ne pas rire, et glorifier les « films d'auteurs ».
On préfère regarder un énième film en noir et blanc sur la tristesse de la Shoah, l'horreur des camps et la vie si misérable d'une petite fille arrachée à ses parents, vivant dans la boue, la pluie et les barbelés. Pas assez de pathos ? Rendons-la handicapée, et survivante mais unique survivante!
On préfère s'extasier pendant deux heures et demie sur la vie d'un Roumain désargenté et en fuite, ponctué de plans fixes et silencieux sur le regard rempli de désespoir de ce gamin, fuyant sur les rails d'une ligne abandonnée, martyrisé par la société blablabla.
On admire l'histoire d'amour incongrue du genre « Je t'aime moi non plus » entre un homme banal, et une femme banale, avec d'innombrables scène de nus et des dialogues qu'on croirait sortis du théâtre de l'absurde (P.S : On aime le nu chez les intellectuels, « c'est beau parce que c'est fort. »)
On adore s'ébahir devant des « ½uvres » sans débuts, ni fins, tellement longues, pleines de silences et de gros plans, tout cela sous l'égide de « La Culture » et on rabroue les ignares provinciaux en leur rétorquant la phrase magique : "Non mais tu ne peux pas saisir la portée de l'oeuvre car tu n'as la culture artistique, tu n'as pas le bagage intellectuel pour comprendre, c'est un cheminement dans le parcours d'un artiste." ETC

On lance de grandes phrases vides de sens, en se donnant l'air si sérieux.
« On voit dans les yeux de cette trentenaire-sans-papiers-transexuelle-juive-séropositive-handicapée-autiste-mère-adolescente à l'abandon, déjà si lassée par le monde et remplie de désillusions, la dénonciation postmoderniste du consumérisme capitalo-libéral, filmée dans une saccade quasi mastubatoire et faire du quatrième mur une réalité pavlovienne concavo-convexe. »

« C'est une féroce satire de la société que nous fait encore ce réalisateur tadjikistanien, dénonçant avec une ironie parfois aigre-douce, la grande thématique sexuelle du rapport de l'Homme à son environnement urbain, souvent si hostile à son épanouissement spiritualo-existentiel.. »

« Même son recours aux nouveaux régimes d'images (minicaméras, Skype, téléphones portables, etc.) ne sert pas un quelconque supplément de réalisme mais produit d'autres expérimentations formelles, abstractions pixellisées épousant les corps adolescents. »

Pour en revenir à notre film : oui, on peut aborder la diversité, les mariages mixtes, et même le racisme sans forcément en faire un remake de Roméo et Juliette intellectualisé version « amour tragique dans une banlieue entre un sans-papier et une petite blanche innocente ».

Oui je déteste ce snobisme à deux balles du cinéma d'auteur,
Oui, je déteste les gens qui forment des adjectifs avec les noms des réalisateurs,
Oui, je déteste lire des critiques de cinéma qui inventent des mots,
Oui, je déteste la façon qu'ont ces derniers a usé exagérément d'un langage soutenu,
Oui je déteste cet élitisme éc½urant de ces « gens de la Culture et de l'Art ».

Je laisse le dernier mot à Daniel Toscan-Séplanté : « C'est bouleversifiant. »
https://www.youtube.com/watch?v=8_GiDPh4-N4