La dureté de tes lettres me glace encore... la saveur de tes mots,
Se formant dans ma gorge, s'humidifiant de bile.
Je vomissais chaque phrase, suffoquait chaque verbe,
Salissait les noms propres d'un odieux liquide.

Tes lignes ont pris l'allure d'une immonde gerbe,
Éclaboussure indigne de nos souvenirs.
Chaque point, chaque virgule était obscène,
Chaque accent... J'ai dû me vider pour te lire.

Le parquet froid contre mon corps,
Les mains brûlées de trop d'échardes;
Comme atrophiée par trop d'efforts,
Je gis sur ma tombe blafarde.

Les yeux jaunis, les joues creusées,
Les bras serrés sur mon ventre tendu;
Les doigts meurtris, l'ongle rongé,
Tentant d'extraire mes boyaux fondus.

Bavant mes sucs, crachant mes glaires,
D'en face, au miroir je me vois.
M'étouffant presque, cherchant de l'air,
Je m'admire te dégueuler de moi.

Ma vue se brouille, tout s'accélère,
La tête me tourne, je t'aperçois.
Lèvres tirées, sourire vulgaire,
Droite et glacée, tu ris de moi...

Tremblante et sale, je me relève;
Découvre l'arme de son grimoire.
Ma peau s'entrouvre, coule la sève,
Coulent les larmes rouges et noires.