1° Au sens étroit et juridique, le concept de discrimination est très clair : "en droit du travail, la discrimination est le traitement inégal et défavorable appliqué à certaines personnes en raison notamment, de leur origine, de leur nom, de leur sexe, de leur apparence physique ou de leur appartenance à un mouvement philosophique, syndical ou politique" (dictionnaire juridique).
C'est une atteinte à l'égalité de droits.

Au sens le plus large, discrimination signifie distinction. Si on devait trouver un sens médian, on dirait que la discrimination est la disctinction dans le but de traiter mieux ou moins bien. Mais dans ce cas, où est le crime? De la discrimination, nous en faisons tous les jours. Qu'est-ce qui nous fait la condamner dans certains cas et pas dans d'autres ?

Un patron qui refuse d'embaucher quelqu'un parce qu'il est gros, c'est de la discrimination. Mais si je refuse de sortir avec une fille parce que c'est une fille, c'est de la discrimination aussi. Où s'arrête la liberté de discriminer ? Qu'est-ce qui nous la fait arrêter là ? Est-ce justifié ?

2° Les êtres humains sont tous différents les uns des autres. Ils se regroupent en communauté, essentiellement basées sur l'existence et la création de points communs.

On postule néanmoins que malgré leurs différences, ils se retrouvent tous semblables sur un terrain, celui de la dignité dans laquelle ils naissent et meurent. Cette idée est au fondement du concept d'égalité.

Là où tout se complique sur le plan philosophique, c'est quand on interroge le bien-fondé de cette égalité. La dignité semble être un concept créé de toutes pièces de manière à englober bien commodément la communauté humaine toute entière.

Nietzsche dit que l'égalité est un concept créé par les faibles. Et il est certain que quand on est faible, on a tout intérêt à réclamer le même traitement pour soi-même que pour les forts. Comme les faibles sont plus nombreux que les forts, ils ont réussi à imposer leur intérêt sur celui des autres, et nous voilà "égalitarisés". Notre beau concept universel serait donc tout simplement né de l'égoïsme et du rapport de force.

Pour donner ses lettres de noblesse à l'égalité, mieux vaut certainement se tourner du côté de l'utilitarisme. Celui-ci dirait que l'égalité, ça "marche" mieux que l'inégalité: égalité créé harmonie et bonheur, inégalité misère. Le problème c'est que, dans le cas précis où l'inégalité fonctionne mieux, l'égalité perd toute valeur.

Les révolutionnaires français n'était pas aussi idéalistes qu'on le dit, puisqu'ils ont très bien su confiner l'égalité au simple domaine juridique. La seconde phrase de l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est magnifiquement utilitariste : "Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."

Autrement dit, hors de question de créer une égalité de richesse ou de position, nous avons de ce point de vue-là créé un système inégalitaire qui marche très bien.

Tout le monde sait cependant que l'inégalité de possessions crée d'innombrables maux. Le communisme a représenté une tentative d'y remédier, en élargissant le domaine de l'égalité. Ce fut un échec considérable.

Alors, pourquoi ? Sur le plan philosophique, qu'est-ce qui peut parvenir à expliquer que l'égalité des droits se soit maintenue, et soit devenue une valeur fondamentale, alors que l'égalité des conditions ait périclité ?

3° Une fois qu'on a convenu que l'égalité n'a aucun fondement idéologique viable autre que l'intérêt, quelle est sa valeur face à la différence ?