Si vous n'avez pas encore lu le livre "En finir avec Eddy Bellegueule", je vous conseille de combler cette lacune et prestement. Pour ce qui est de cet article, j'aimerais théoriser un processus qui concerne certains homosexuels dont je fais parti et peut-être vous aussi, et qui apparaît derrière le livre dont je vous parle.

Avant tout, il ne s'agit pas de parler d'un soi-disant lobby gay, il n'y a qu'Alain Soral pour croire qu'il n'y a que du conscient et que le "réseautage" est une chose pleinement voulu par ceux qui y participent, y comprit dans la communauté homosexuelle. Non, il s'agit plutôt de s'interroger sur l'individu homosexuel, et les processus qu'il peut connaître. Hors je pense que oui, l'homosexualité peut-être un facteur de l'ascension sociale.

Avant-Propos : J'aime le prolétariat

Il ne s'agit pas ici de dire que les ouvriers sont des incultes idiots et que les RMIstes sont des crétins. Je parlerais dans cet article de culture légitime, de La Culture, au sens Ministère de la Culture, le même ministère dont le fond d'investissement dans l'art contemporain est tenu secret d'ailleurs... Il y a une culture ouvrière, hors dans le livre d'Edouard Louis, c'est bien le contact d'un homosexuel avec une culture viriliste. Hors il le sait puisqu'il aime Bourdieu, on ne peut blâmer les individus car c'est la société qui détermine leur être. Il s'agit ici, de constater une mécanique d'élévation sociale produite par le système et non par les individus, qui en sont d'ailleurs et au final, les victimes.

Mon expérience de l'élévation sociale.

Concernant mon parcours, et ce n'est pas seulement le mien, c'est la recherche de modèle d'homosexualité viable qui m'a permis de m'élever en société. Issu d'un milieu un peu moins bas dans l'échelle sociale qu'Edouard Louis, mes parents n'ont pas refusé ma sexualité. Mais il restait un problème : dans la culture populaire, il y a peu de modèle homosexuel. Rambo, Rocky, toute cette culture mainstream réduit le champs des modèles pour le jeune gay qui se cherche, et la cage aux folles n'est clairement pas un idéal qu'on veut atteindre. J'ai donc du partir à la recherche de mes propres modèles : Rimbaud, Alexandre le Grand, De Vinci, Pasolini et tellement d'autres. Voilà des gens qui étaient des modèles gays valorisés par la société, et qui par chance, pensaient le monde. J'ai donc voulu les étudier et les découvrir. C'est donc la recherche de ces modèles qui m'a permis d'accumuler un capital culturel. Pour un hétérosexuel, il lui reste toujours un référent à la symbolique très forte, le père, ce référent nous ne l'avons pas, certains psychologues pensent même que l'homosexualité est un défaut sur le complexe d'½dipe.

En ce qui concerne le capital social, comme je le disais, ce que les hétéros les plus ignorants, ou les complotistes les plus soraliens ignorent c'est que le réseautage que les gays font entre-eux n'est nullement conscient, l'accumulation du capital social, c'est à dire d'un réseau de relation ne ce fait pas volontairement, il est le produit d'une communauté invisible donc contrainte de ce réunir pour s'identifier. Et les réunions créaient toujours des réseaux, c'est logique. Hors ces réseaux deviennent actifs lorsque l'intérêt par lequel ils sont liés est menacer. Il n'y a pas de lobby, il n'y a qu'une mécanique sociologiquement explicable. J'adresse donc à Soral et à ses amis cette phrase de Spinoza : "Les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et qu'ils ne pensent pas, même en rêve, aux causes qui les disposent à désirer et à vouloir, parce qu'ils les ignorent."

Concernant le livre "En Finir avec Eddy Bellegueule"

Dans le livre Edouard nous explique que lorsqu'il était encore Eddy, il s'est dirigé vers le théâtre et la danse plutôt que le football. Je pense qu'on peut faire une analyse identique de ce phénomène. Ne trouvant pas dans le football, qu'il fréquentait depuis longtemps, puisque son frère en avait fait, un archétype qui pour lui serait signifiant, il s'est détourner de celle-ci, préférant des pratiques culturelles offrant des modèles d'homosexualité viables et respectés car et c'est malheureusement une réalité, ces milieux sont plus féminins.

Quant à Edouard Louis, pour ma part, s'il est conscient des déterminismes de sa classe d'origine, il ignore trop facilement les siens. Certes c'est un roman, et certes le jeune homme a encore les nerfs à vif. Mais il oublie trop facilement que dans la classe sociale à laquelle il appartient à présent, ses parents seraient exclus et moqués comme lui répugnent aux choses qui ne le choquaient pas autrefois. (Mais comme j'aime bien les blondinets, je dirais rien de plus :p)