Consacrée à l'éducation et l'homosexualité, cette lettre dénonce l'homophobie dans les divers organismes :" D’après un rapport américain 30% de la totalité des jeunes suicidés sont homosexuels ".

Un psychologue fulmine: “dans une société où, à l’école “pédé” ou “gouine” demeure l’insulte suprême, où la famille n’envisage que le seul amour hétérosexuel, où l’Eglise qualifie l’homosexualité d’acte contre-nature, les adolescents commencent une existence à travers le prisme du mensonge, du doute et du déni de soi. Ce que les sociologues nomment “ l’homophobie intériorisée”” (source Ex Aequo, 1997).


Les ados se nient alors à eux-mêmes leur orientation sexuelle, et le chemin de la destruction de soi n’est plus très loin. On assiste à des dépressions, des usages de drogues, une tentation à l’alcoolisme, des tentatives de suicide mais aussi des prises de risques vis à vis du sida.Une étude récemment menée par un pédiatre de l’université du Minnesota montre que chez les jeunes hommes se déclarant homosexuels ou bisexuels, le taux de tentatives de suicide se monte à 28%, tandis qu’il était de 4,5% pour les étudiants hétérosexuels.


Parmi les étudiantes hétéros le taux de comportement suicidaire est de 4,5% contre 20% chez les homosexuelles. Le chercheur analyse que les garçons sont davantage soumis à des pressions sociales et à des stéréotypes culturels que les filles concernant leur orientation sexuelle.


Les groupes gay américains réclament, par conséquent, une plus importante prise en charge de leurs actions de prévention du suicide par les pouvoirs publics. Nous aimerions en France que des études, des chiffres à ce sujet voient le jour, bien que nous ne pensions pas qu’il existe ici d’exception française.


Par ailleurs, de sérieuses données statistiques ne permettraient plus aux élus de se voiler la face, mais d’envisager une sérieuse politique de protection de la jeunesse homosexuelle avec des actions éducatives en matière d’éducation sexuelle plurielle, d’enseignement civique contre toutes discriminations y compris homophobes, et d’éducation culturelle sans tabou favorisant une prise de repères positifs pour les jeunes, nos élèves des collèges et lycées (en prévoyant une préparation adaptée en école primaire)... mais le chemin sera long.


N’oublions pas le témoignage de notre enseignant californien qui ne peut s’affirmer ou évoquer l’homosexualité devant un public de jeunes dont les parents appartiennent à la coalition chrétienne très extrémiste.Une partie du mythe californien fut ébranlée en direct pendant notre débat.


Les USA ne sont donc pas l’eldorado homosexuel que l’on pourrait imaginer. Autre exemple: un lycée de Salt Lake city refuse la formation dans son établissement d’une antenne de l’association Gay-Straight Alliance Network qui crée des groupes de parole dans les lycées.


En Grande-Bretagne, une jeune lycéenne lesbienne témoigne dans le journal “Diva” comment elle tenta de contrecarrer les propos homophobes d’un camarade de classe et qu’elle se retrouva sans appui de la part des adultes homos comme hétéros. Pour répondre à un besoin de conseils et d’aide de la part de gens qui furent dans ce genre de situation, des entreprises de “démystification dans les écoles” (en québécois dans le texte). sont organisées par des associations gay au Québec et en Norvège.


Aglaé s’est renseignée auprès d’un organisme québécois sur ces “démystifications”. Nous espérons une fructueuse coopération éducative.
On ne déconstruit pas les préjugés en un jour! Mais on peut tenter... Rêvons du grand SOIR où les mentalités auront évolué d’une telle façon que les amoureux des bancs publics, chers à Brassens, seront aussi des couples d’individus du même sexe... et ce sera d’une telle banalité de les voir ainsi se bécoter.


Ph Clauzard ( lettre d'aglae 1998)