Je vais vous raconter mon coming out, comme il est parfois d'usage de le faire sur la section "Blog". Je viens m'insurger contre ceux qui dénaturent le coming out, qui en font quelque chose qu'il n'est pas et qui n'est pas, en fait. Pour ce faire, j'vais vous raconter ma petite histoire.

J'ai assez mal vécu ma période d'examens, et pendant celle-ci, j'ai pu énormément me rapprocher d'une amie (on va l'appeler R, parce que c'est même pas l'initiale de son prénom et que c'est beaucoup plus pratique). Dans le même temps, je parlais avec des personnes du monde gay qui me reprochaient d'avoir 18 ans et de n'avoir même pas tenté de m'outer. J'y ai réfléchi longuement, pesé le pour et le contre, et finalement décidé de faire le pas.

Quand même, définissons bien le pour et le contre. De ce qu'on dit, il n'y a que du positif. Je ne pense pas que ce soit vrai. Je pense que c'est utopique de penser ça. Bon, je suis pas de nature pessimiste pour autant, mais quand même. On entend de belles histoires de garçons gays et de filles lesbiennes qui avouent leur homosexualité et dont le message passe parfaitement. C'est eux qu'on entend le plus. Alors dans le pour, il y a vivre librement. Dans le contre, il y a les éventuelles critiques des hétéros qui ne comprennent pas, et dont il faut, dont on doit passer outre. C'est facile à dire, moins facile à faire, et j'admire énormément ceux qui en sont capables.

R, donc, est une fille plutôt canon, rigolote, un peu tête en l'air des fois. Elle est hétéro, assez ouverte sur le sujet de l'homosexualité. Elle m'a déjà parlé d'une fille bi de sa promo qui l'avait embrassé en soirée. Ça l'avait gêné, mais pas plus que ça. Elles sont toujours potes en plus. En connaissance de cause, il paraissait évident de pouvoir faire mon coming out, ou tout du moins à cette personne (vous devinez à la tournure de la phrase que tout ne va pas marcher comme sur des roulettes !).

J'ai vu R, plusieurs fois récemment. Je voulais lui avouer, et pour me forcer à le faire, je lui ai dit que j'avais quelque chose de très important à lui dire. Je me suis dit que, si je n'arrivais pas à lui dire de moi-même, sa curiosité allait prendre le pas sur ma volonté de m'outer, et on y arriverait. Alors, oui, je l'ai vue. On est allé au McDo, on s'est promené sur les bords de Loire, on a marché. Pendant les blancs dans les conversations, je me disais "Bon, allez tu lui dis. R, je suis gay, voilà". Dans ma tête, ça coulait parfaitement. A l'inverse, faire sortir des sons de ma bouche était plus compliqué. C'est fou ce blocage, on y arrive pas.

En fait, on a peur de la réaction de l'autre. Les plus extravertis d'entre nous diront qu'ils ne faut pas se préoccuper du regard des autres, qu'un ami doit t'accepter tel que tu es sinon ce n'est pas un ami, qu'on n'imagine pas à quel point on peut se sentir libéré après ! Très chers, vous qui n'avez pas peur de cela, dites-moi comment vous faites.

Notre premier "rendez-vous" motivé par ma volonté de faire mon coming out s'est soldé par un échec pour ma part. Je l'ai quittée sans lui avoir rien dit. Et sa curiosité s'était faite discrète pile au moment où j'en avais le plus besoin. Un comble. Je l'ai eue au téléphone, toujours avec la même idée en tête, en vain.

A la toute fin de mes examens, pour marquer le coup, je suis allé dans un bar gay. Je prends un verre, je m'installe, tout ça, je profite des beaux garçons qui passent, je les regarde chanter au karaoké, qu'ils soient ridicules ou non. Vous savez, dans les grandes écoles, parfois on distribue des polos ou des sweats qui portent les logos et couleurs de vos établissements. J'ai croisé dans ce bar une fille qui portait un vêtement d'une des écoles dans lesquelles je suis susceptible d'atterrir l'année prochaine. Je l'ai interpellée, invitée à ma table, pour discuter un peu.

Après m'avoir raconté la vie de l'école, on s'attarde sur les gays, les lesbiennes et tout ça, le coming out aussi. A 23 ans, elle avait fait son coming out à ses amis les plus proches, à sa famille aussi. Elle me raconte les difficultés qu'elle a eues avec ses parents, elle me parle de ses amies étonnées par sa révélation ; et même des marocains de son entourage qu'elle a fait changer d'avis sur le sujet. Elle poursuit en m'expliquant sa technique de secours, quand elle n'arrive pas à dire. Quand elle veut faire son coming out et qu'elle n'y arrive pas, elle invite la personne à lui poser des questions sur ce que peut être la chose importante qu'elle pourrait avoir à dire. Elle me dit que ça a déjà marché. C'est pas bête. Je me dis que je vais essayer.

De retour chez moi, je prévois une soirée avec R, et quelques amis. On se retrouve le 17 juillet, avant-hier donc, pour moi qui suis en train d'écrire. Je mets en pratique la méthode de M. Je prends R à part, et lui dis que la chose que j'ai envie de lui dire est un peu difficile pour moi à avouer. Elle n'a pas l'air de comprendre, et semble même amusée de la situation. Elle ne sait pas ce que je veux lui dire. Elle pose 2 ou 3 questions, puis elle oublie. Je suis déçu. Peut-être que l'aspect gnangnan de la situation a fait qu'elle ne m'a pas pris au sérieux. C'est vrai, je devais avoir l'air tellement bête.

Les bouteilles de rhum sont de sortie, elles sont accompagnées par le martini et la vodka (buvez avec modération !). Je sors alors d'oraux et je suis obnubilé par mon CO, alors je me dis que c'est une bonne occasion pour boire. Un verre chargé, deux verres chargés, trois verres chargés... Et hop ! Le sol commence doucement à tanguer. Les paroles sont plus fluides, on n'arrive plus à être hypocrite, on ne dit plus de paroles sensées... La magie de l'alcool en somme ! Il faut se maîtriser quand même, il ne faut pas aller dire trop de bêtises à l'autre garçon teeeeellement mignon assis juuuuste à côté.

Et puis soudainement, T, une amie commune invitée à la soirée parle d'un mec de sa promo, gay. Elle vante son gay-dar, qui fonctionne selon elle à la perfection. Pour moi, en tout cas, ça n'avait pas marché. Je sors un moment dehors, seul avec R, et je commence :
"Tu entends T ? Elle dit qu'elle peut repérer touuuuus les gays si elle en a envie ! Moi j'pense qu'elle se gourre !
- Pourquoi tu dis ça ?
- Aaah moi j'pense qu'elle les a pas tous trouvés !
- Pourquoi ???
- Bah...
- Nan ! T'es gay ?!
- Baaaah ouais, c'est ça que j'veux te dire depuis l'autre fois et que t'es incapable de trouver !"

Voilà, c'est fait. Je suis outé, pour la première fois. Sur le moment, ça fait tout drôle. J'aurais pensé avoir une plus grosse boule au ventre, mais le verre de rhum que j'ai alors à la main semble faire passer le coup. Et puis je me sens faible, tellement faible : je viens de révéler un secret de premier choix sur moi, sans connaitre les conséquences. Tout dépend de R en fait, plus de moi.

On continue à marcher, vers les transats. On s'assoit sans un mot. Elle casse la chaise longue d'ailleurs, c'est rigolo. Mais elle ne parle pas. Elle ne me regarde pas. On reste assis comme ça, l'un et l'autre. On n'est pas à côté, on n'est pas l'un en face de l'autre, nos regards ne se croisent pas. Puis elle repart. Je ne sais même pas ce qu'elle pense. Je n'ai même pas eu de réaction de sa part. J'avais l'impression de lui avoir annoncé qu'il allait faire chaud demain. Pourtant, elle ne savait pas pour moi avant, j'en étais convaincu.

Puis on continue la soirée. On s'évite, mais pas dans l'excès. D'habitude, on est souvent à côté et on se raconte des choses, mais là non, sans pour autant se sentir gênés l'un et l'autre. C'est étrange. J'avais désaoulé d'un coup, je me sentais plutôt fatigué à la place. J'suis allé me coucher, il était 2h30, moyen pour une soirée de fin d'exams. Le lendemain elle était venu me réveiller, elle m'a demandé comment j'allais, mais elle avait l'air plus gênée cette fois-ci, ça se sentait.

Et me voilà à écrire ce petit billet. En fait, je n'ai pas l'impression d'avoir ce qu'on m'a promis. Me sentir libéré, et pouvoir m'exprimer librement : zéro pointé. Je n'ai même plus de nouvelles de mon amie. Plus de messages. Si ça se trouve, elle est en train de raconter à tout le monde ce que je lui ai dit. J'en sais rien. R était sensée être ma meilleure pote, et si pour elle ça s'est passé ainsi, que puis-je espérer des autres ?

Alors à tous ceux qui disent que le CO est libérateur : non, arrêtez, ce n'est pas vrai. Pas pour tout le monde. J'espère que ma p'tite histoire sera lue par les personnes qui se questionnent sur leur coming out. Elles savent à quoi elles peuvent s'attendre. Pour ma part, ça ne s'est pas mal passé, ça aurait pu être pire. Mais quand même, ça aurait pu être mieux.

Je n'attends rien de la part des lecteurs. Vous pouvez laisser votre avis, là n'est pas le problème, au contraire je serais ravi de les avoir. Mais je n'ai pas posté dans la section "Forum", je n'attends donc pas vraiment de conseils, parce que je sais comment ça doit se passer. Je suis un peu triste d'avoir réfléchi et d'avoir fait des efforts pour rien, mais je sais que je vais devoir continuer à m'outer. Et puis, avec le changement d'études et tout ça, je vais devoir laisser mes amis. Je vais peut-être même pouvoir les abandonner, et m'en faire des nouveaux.

[EDIT 31/07/13 : s'il y en a qui veulent connaître le dénouement, c'est ici !]