Bonjour à tous,

Mon parcours, je le pensais exceptionnel. J'ai grandi dans une famille divisée, détruite, sous la coupe d'une mère abusive. Mon père savait que je me battais comme un garçon dans la cour d'école, contre le racisme envers moi ou mes amis. Je relevais les défis idiots de mes copains, du genre pisser dans les poubelles etc. Tout pour m'intégrer à eux, leur ressembler, et pourtant, je me sentais mal lorsqu'on me traitait de garçon..Pourquoi? Un mal tout simplement hérité de mon éducation et de la société. Quand on a un certain âge et qu'on fait de la natation en compétition depuis ...ben depuis l'âge légal pour entrer dans une piscine (6 mois et 3 ans les compèt), et bien on développe une musculature qui se conjugue à une absence de poitrine etc. Je pouvais donc m'intégrer facilement, jouer au foot etc. J'ai également joué à la poupée, je ne crois pas que tout cela justifie ou non un genre. Je connais des filles bien dans leur peau qui était comme moi et des garçons qui se déguisaient en princesses. Moi j'aimais juste protéger, défendre, être fort et les filles qui venaient me faire des câlins.

Je ne crois pas que j'osais trop me positionner par rapport à mon identité, je savais juste qu'on se moquait de moi en me traitant de sale petit garçon et que ma mère pétait littéralement une durit quand je déchirais ses jolies collants en laine. Elle s'efforçait de me faire ressembler à une fille, elle m'a maté, comme on mate un cheval fougueux, pour casser sa personnalité, et qu'il soit assez docile pour un jockey un peu trop fainéant. Pourquoi?Parce que c'est ainsi, je suis né fille, je dois être une fille, ça n'existe pas dans ce monde les changements d'identité, ça ne veut rien dire de se sentir différent...ça ne veut rien dire de rêver qu'on est un garçon ...

A l'adolescence, j'étais en retrait, je m'isolais parce que je ne pouvais pas m'intégrer aux groupes de filles qui finalement m'exaspéraient avec leurs histoires récurrentes de garçons, de mode, et de petits chatons tout mignons.. Et les garçons, et bien, ils reluquaient mes seins et me traitaient comme une fille, mais une fille un peu bizarre, donc ils me testaient en me touchant les fesses pour voir ma réaction, en me lançant des trucs du genre "Non mais toi, je te vois bien faire du rugby ou quoi, tu me fais peur". Et puis j'ai eu un petit copain, beaucoup plus âgé que moi, et à 15 ans, ma première relation sexuelle hétéro. Douloureux, franchement traumatisant, mais j'étais amoureux, ma mère a tout fait pour briser ça, et elle a réussi. C'en est suivi tout un tas de mecs, et tout un tas de déceptions, de ressentis, de doutes : "Pourquoi tu colles ton bassin contre mes fesses, c'est bizarre, t'as même pas de queue, tu peux rien me faire"... ou " Putain, on dirait que c'est toi le mec, et moi la fille". J'étais imbuvable, parce que je ne supportais pas la façon dont on me traitait, ma place dans le couple et la pénétration vaginale était une véritable horreur, toujours douloureuse, gênante, hideuse.J'ai cherché à me convaincre que je devais être lesbienne, les filles sont parfois très sexy, mais le sexe avait vite ses limites, quelque chose en elles me repoussaient. J'ai commencé à trainer sur les jeux de rôles, puis.. vint mon premier rôle masculin. Et je ne me suis jamais senti aussi bien, j'étais confiant. Je me suis convaincu que c'était juste un rôle, que ça ne voulait rien dire. Pendant 8 ans, j'ai joué à me convaincre, à tout faire pour être le plus proche possible des modèles féminins. Jamais sortir sans maquillage, presque toujours des robes sexy, trop sexy, jamais couper mes cheveux, même mes pointes, talons beaucoup trop hauts. Je devais à tout prix être une fille, mais je ne me sentais pas mieux, je ne parvenais pas à me faire d'amis, à m'intégrer, à avoir une relation stable.

Il y a seulement deux ans.. j'ai découvert que les gens un peu délurés (vraiment désolé d'employer ce terme, cela relate mes idées préconçues de l'époque, j'étais jeune) qui s'habillaient en fille ou ressemblait à des femmes étaient des trans, et qu'elles se faisaient opérer. J'ai découvert qu'il était possible de changer de sexe. Toujours dans les jeux de rôles,mes rôles féminins étaient un chaos, et mes rôles masculins me plongeaient de plus en plus dans le doute, je tombais amoureux de garçons mais .. ça ne pouvait être que virtuel. J'ai alors pensé que je pouvais changer de sexe, pour pouvoir aimer comme je l'entendais, mais sans avoir toutes les clés, je me suis imaginé que je délirais, que j'allais être un monstre à mi-chemin. J'ai voulu parler à un psy pour qu'il me guérisse, que je sois normal, que je n'ai plus aucun doute. Il m'a dit que j'étais un monstre de foire, que je devais avoir honte, que tout était dans ma tête, que c'était de la folie et que je devais avoir une rupture avec mon moi féminin. J'ai alors multiplié les rencontres destructrices, j'ai multiplié les heures de shopping, les instruments de tortures féminins. J'ai TOUT fait pour "recoudre mon âme avec mon moi féminin", un peu comme Peter Pan qui cherche à recoudre son ombre pour ne plus qu'elle s'enfuit. Cela ne fonctionnait pas. Je suis tombé dans l'alcool, j'ai cherché à me suicider, je me suis scarifier. Je voulais avoir mal, pour me punir de ce que j'étais.. Il y a seulement quelques mois, j'ai enfin coupé mes cheveux, j'ai accepté, j'ai compris, je me suis informé, et j'ai admis. J'ai alors trouvé un autre psy, j'ai cherché l'information, et même si certains doutes subsistent, certaines craintes perdurent... J'ai une réponse, je sais que je ne suis pas un monstre..

Malheureusement, je ne suis pas encore hormoné, du fait de mon travail, je dois le garder jusqu'à une certaine date afin de ne pas être tout à fait dans la m****. En septembre je reprendrais des études et je commencerai mon traitement, enfin... J'ai fait mon coming out.. Ma mère fait comme si ça n'existait pas, comme si JE n'existait pas... mon père cherche à comprendre et à me protéger, à me faire changer d'avis, mais ne me repousse pas..

To be continued..