Qui suis-je ?

Né garçon, élevé comme un petit garçon, grandi et vécu comme un garçon, je peux dire que ma condition d'homme était toute tracée ! Et dire que je ne me sens pas à l'aise dans mon corps d'homme serait faux. J'aime mon corps, mes caractéristiques masculines, même mes défauts, ma pilosité, mon cerveau monotâche, ma voix grave, ma barbe à raser souvent… J'aime mes vêtements aussi, mes jeans, mes tee-shirts. J'aime aussi les formes et les couleurs des vêtements féminins, même si je ne me vois pas spécialement en porter. Et puis après tout, ce n'est qu'un norme, qu'une façon de classer les choses, de choisir une certaine couleur et l'attribué à un genre… Et puis il y a aussi ceux qui s'habillent avec des vêtements de l'autre sexe… Bizarre parfois, mais bon, Paris c'est grand, le monde est vaste, alors y'a de la place pour tout le monde…

Né garçon, je me suis découvert aussi différents des petits garçons, déjà de par ma personnalité, on est tous différents ! Et moi, très tôt j'étais autant amis avec les filles qu'avec les garçons… Alors que dans la cours de récré, c'était un peu filles contre garçons… Alors tiraillé entre les deux clans, on ne sait pas vraiment où se mettre, quoi penser… Puis, j'ai découvert avec le temps, que cette mixité dans mes relations amicales, se retrouvait dans mes affinités amoureuses. Pour moi, c'est simple, on tombe amoureux d'une personne et non un genre, un sexe, un mannequin avec des fringues sexués… Bref, j'ai compris que déjà, il n'y avait pas vraiment de place, dans ma vie, pour une norme ainsi. Bien sûr, je n'ai pas peur de dire, que ce qui me plait chez un garçon, c'est son côté masculin. Inutile de sortir avec un garçon s'habillant de manière féminine, ou se comportant comme une fille, car à ce compte-là, pourquoi ne pas sortir avec une fille, hein ? Et vice-versa.

Né garçon, je peux aussi comprendre, que certains ne se sentent pas à l'aise, à leur place dans leurs corps d'origine. J'imagine que j'aurais finalement le même problème, le même malaise, si je m'étais finalement retrouvé dans un corps de femme. Je suis un garçon, alors me voir chaque jour dans un corps de fille, c'est un peu comme vivre un cauchemar permanent, un enfer… Je comprends ce besoin de se retrouver en phase avec soi-même, que ce soit socialement, c'est-à-dire, être reconnu comme la personne ( et non pas forcément le genre/le sexe) que je suis, par les autres, sans qu'il y ait contestation, critiques, moqueries, peurs ou ambiguïté. Et aussi être en phase avec son corps. Si on se sent homme, il est naturel de vouloir avec un corps d'homme, des attributs d'hommes, se sentir homme au complet, et non plus entre deux chaises ou encore pire, dans un mauvais corps…

Finalement, on ne nait pas forcément dans le corps qu'on veut. Certains se voit blond, les yeux bleus, les cheveux lisses, maigre, musclé… et naissent brun, les yeux noirs, les cheveux bouclés gros et sans muscles… Et on pourrait se dire, acceptes-toi comme toi-même, c'est la nature ! Et pourtant, beaucoup se teignent les cheveux, mettent des lentilles, font des régimes, font du sport… et cela, sans vraiment soulever des questions, des peurs, des moqueries des autres. Certes, le naturel c'est plus joli, moins faux, moins dissimulé, mais alors ? On est libre de se modeler comme on veut, d'être vraiment la personne que l'on est, à l'intérieur de soi… Alors finalement, je ne vois pas quel est la différence entre vouloir devenir blond, maigre et frisé, et vouloir devenir une femme alors que vous êtes nés homme.

Certes, le changement est plus radical. Cela bouleverse votre image, votre identité. Doit-on continuer de vous appeler par votre prénom de naissance ? En transition, êtes-vous homme ou femme ou un mixte des deux, sans nom, sans dénomination ? Et la famille, les proches qui vous ont connu avant, aimé comme la nature vous à fait, eux aussi sont affectés par ce changement. Le deuil de la personne aimé, de l'éducation, des projets, des croyances qu'ils ont créé autour de vous, est très dure à accepter et à faire… Et cela, créer des tensions, de l'incompréhension, des doutes, des peurs.

Incompréhension face à ce refus d'être ce que la nature vous a donné. Doutes envers l'éducation, les responsabilités des parents et proches dans ce brutal (car pour eux, cela sera toujours brutal, ils ne sont pas dans votre tête et n'ont pas la « chance » d'avoir la période de réflexion, de questionnements, de doutes et de déclics que vous avez, avant votre coming-out) changement. C'est comme remettre en cause, des années, des principes, des parties d'eux-mêmes. C'est dur, c'est lourd, c'est long. Et des peurs. Peur déjà pour vous. Mon enfant n'est-il pas fou ? Sait-il ce qu'il fait ? Cela va-t-il lui faire du mal ? Va-t-il s'accepter après ? Ne va-t-il pas changer d'avis ? Et aussi envers les autres. Que vont-ils penser de lui ? De moi ? Comment va-t-on être jugé ? Car finalement, il ne faut pas oublier qu'un parent se met à la place de son enfant et que ce combat devient un combat à deux. Regarder les associations de Parents d'Homosexuels et Transsexuels… Cela montre bien que finalement en faisant son coming-out, on impose, on invite, on fait prendre part à nos proches, de notre combat d'affirmation envers et contre la société. Et puis les peurs de votre vie personnelle. Plus de petits enfants ? Mon enfant trouvera-t-il quelqu'un ? Ne va-t-il pas tomber dans des méandres et des dangers ? Car le monde transgenre comme le monde homosexuel est porteur de clichés, de rumeurs, de doutes, de mythes, de craintes, qui rongent la société jusqu'à la moelle, et qui tâche la réputation et la réalité des gens qui sont tout simplement différent.

Né garçon, née fille, je peux comprendre aussi que certains développent une certaine incompréhension, doute, crainte voire transphobie, dû à cet inconnu, ce changement de m½urs perçu comme une lobi, une mode et une maladie. Il faut voir que changer de sexe, c'est remettre en cause la nature, les lois biologiques, les croyances. C'est remettre en compte les croyances des gens, de la société, ses fondements, son histoire, ses structures ancestrales… C'est aussi voir des gens différents, physiquement, biologiquement et finalement psychiquement aussi, puisque aux yeux des autres, né garçon, on se comporte et pense comme un garçon. Née fille on est et demeure une fille… Les clichés des orientations sexuelles déjà témoignent de l'amalgame entre sexualité, genre et comportement. C'est comme si finalement, on m'était tout le monde dans le même sac. Même les homosexuels se regroupent avec les transsexuels, alors que surtout les points de vue, ils sont différents. Je m'explique. Etre homosexuel, n'induit pas de se sentir dans un mauvais corps… C'est comme dire finalement que les homosexuels sont des pédophiles… Aberrant. De même être transgenre, ou transsexuels, n'induit pas le fait d'être homosexuel, ni hétérosexuel d'ailleurs, cela ne prévaut rien. Car stéréo-typiquement on pourrait penser que si on change de sexe, c'est pour combattre son homosexualité et devenir hétérosexuel de façon biologique… Alors que non, certains transgenres font un double coming-out. Je suis transgenre et homosexuel… Bref, faire l'amalgame entre les deux, homosexualité et transidentité, conduit déjà à des stéréotypes et des incompréhensions des deux caractéristiques. Cela alimente les phobies et les craintes… Je ne dis pas que l'un dans l'autre, en tant que minorité ou du moins en tant que phénomène moins acceptés, nécessitant un combat et une affirmation de tous les jours face à cette société bornée et conservatrice. Au contraire, oui, on doit s'entraider, sans pour autant créer un amalgame, une confusion. Quand je lis les forums, je vois déjà que beaucoup d'homosexuels ne comprennent pas et sont contre la transidentité… Alors pourquoi faire un amalgame quand personne n'est d'accord ?

Etre transgenre finalement, c'est se battre contre la nature, contre soi et ses propres peurs, la société, ses proches… C'est essayer de trouver des repères, dans un monde qui semble nous tourner le dos, au moment où on a besoin d'une main tendue… Le but de la semaine T est de sensibiliser les gens sur les ressentis, les questionnements soulevés par la transidentité. C'est une semaine qui a pour but de répondre à toutes les questions, d'essayer de mettre les gens à jour, au courant, de ce qu'est la transidentité aux yeux des transgenres/transsexuels. Et aussi de voir qu'est-ce que la transidentité aux yeux des non-transgenres. C'est essayer de s'accepter ou du moins se comprendre. Je ne prétends pas savoir ce qu'un transsexuel vit. Je ne suis même pas sûr que je comprenne pas totalement ou accepte totalement le fait d'être transsexuel. Surtout que beaucoup avance des arguments valables dans les deux sens… C'est comme être face à un tableau. On le voit, on sait qu'il est là, on essaye de le comprendre, mais seuls l'auteur ou les experts peuvent nous éclairer sur son sens, son histoire, son but…

Je trouve que finalement, on devrait d'abord essayer de se comprendre, de s'entre-aider, de se soutenir dans nos combats respectifs, de faire que cette société soit plus humaine, plus ouverte… Même si on n'accepte pas forcément pleinement la chose, comme beaucoup de gens n'accepte pas le fait qu'un homme puisse aimer un autre homme. Pourtant cela ne les empêchent pas de tolérer, d'aider, de comprendre ou du moins essayer… Alors entant que zaguiens, entant que jeunes, est-ce si dur de faire cela ?