Suivi psychologique.


Poussez vous les lardons, je pose mon gros derrière sur la partie blog pour encore vous pondre un immonde pavé rempli de choses bizarres et effrayantes ! Dans mon dernier article je vous avait dit que je parlerai du... *roulement de tambours*... suivi psychologique !

Avant toute chose : Sachez que c'est la partie la plus longue, la plus chiante et la plus douloureuse dans le parcours du transgenre. Pourquoi ? Parce qu'en plus de fouiner dans le passé et les pires souvenirs du patient, il existe différentes types de psychiatres que je vais proprement énumérer avec les lettres de notre sublime alphabet :

a) Le psychiatre je m'en foutiste qu'en a rien à battre de ta gueule donc il t'écoute sans t'écouter et te dit "amen" à tout.
b) Le psychiatre un peu voire beaucoup old school et donc pour lui le transsexualisme est une aberration (si le/la trans est homo c'est le pompooon, la cerise du le gâteau !)
c) Le gentil psychiatre qui n'y connait rien et décide de te faire passer 36.000 tests parce que tu es un cas intéressant.
d) Le méchant psychiatre qui t'écoute et te renvoies toujours dans la gueule que tu es un/une homo refoulé(e) et qu'il serait tant de t'assumer.
e) Le psychiatre cool mais indisponible, qui te donne un rendez-vous tous les deux/trois mois.
f) Le psychiatre cool avec lequel tu as rendez-vous une fois par semaine, ou toutes les deux semaines.

Et y'en a sûrement d'autres cas mais ils sont tellement peu nombreux que je ne les citerai même pas.


Premièrement ; Pourquoi un psychiatre et pas un psychologue ?

Réponse : Parce que le psychiatre est le seul à être habilité à pouvoir donner une ordonnance pour l'obtention des hormones, ainsi que de leurs injections. Un psychologue ne peut rien faire. Il peut, au meilleur des cas, accompagner le psychiatre dans ses consultations et fournir des tests que le psychiatre n'aurait pas. Pas la peine de se tourner vers un psychothérapeute ou un psychanalyste ils ne serviront à rien non plus -si ce n'est vous sucrer des sous.
Le psychiatre est ainsi la première personne qui accompagnera le trans, et qui le suivra au minimum jusqu'à la fin de sa transition, et au maximum... bah un peu comme pour un mariage : « Jusqu'à ce que la mort nous sépare. » (mais bon, je vous avouerai connaître très peu de trans qui sont suivis depuis 50ans par le même psychiatre hein...)


Deuxièmement : Et il sert à quoi le psychiatre dans l'histoire ?

Le rôle du psychiatre est, avant tout et plus que tout, de déterminer si vous êtes transgenre ou non. Le mieux lorsque l'on a encore jamais pris de rendez-vous serait de se renseigner auprès de connaissances afin de savoir si le psy que l'on vise s'y connait ou pas. Il est difficile de trouver un BON psy, car pour certains, la transsexualité est une horreur, ou bien ils ne s'y connaissent pas du tout mais bon, un patient en plus ça fait des sous en plus aussi !

On m'a demandé par MP récemment comment j'avais débuté mon parcours. Le début remonte à Octobre 2010, pour mon suivi psychologique.

Ma famille n'était pas encore au courant de ma transition en dehors de ma petite soeur. C'est par le biais d'un ami que j'ai pu avoir le numéro d'un psychiatre sur Montpellier, apparemment plutôt doué dans ce domaine. Déjà, sachez qu'il m'a bien fallut trois semaines pour oser appeler tellement je flippais. Pourquoi j'avais peur ? Même là encore je ne saurai vous dire ; la peur de s'engager, de regretter, que l'on se moque de moi ou qu'on me bloque les issues que je vise... des trucs du genre, je pense. Je me souviendrai toujours de cet appel ; je suis tombé sur la secrétaire qui, très gentille, m'a pris rendez-vous pour le 28 Octobre, en me soulignant que la psychiatre que je voulais était en congés maternité jusqu'à mi-janvier environ. Déjà que j'avais eu le courage d'appeler, sur le coup je me suis senti défaillir, comme si mes espoirs étaient ruinés. J'ai donc pris rendez-vous avec sa remplaçante, parce qu'il me fallait bien un rendez-vous.

Et là, je vous laisse sur votre faim et je vais vous raconter ma vie trépidante, passionnante, pleine d'actions et de rebondissements. Un vrai film, qui ferait pleurer la roche tellement c'est émouvant.


Par le passé j'ai déjà été confronté à des psychologues et psychiatres pour différentes raisons. Je ne le cache pas, j'ai été interné en psychiatrie à l'âge de 17ans pour dépression aggravée, tentative de suicide, et une forte susceptibilité d'être victime d'un dédoublement de personnalité (ô la grande joie j'avoue, mais à l'époque on m'avait pas dit tout ça...). Pour comprendre l'origine de mes problèmes il m'aura fallut creuser très loin.
Mais c'est à partir de mes 14ans qu'ils se sont réellement manifestés, avec une telle force que je pourrai presque considérer avoir arrêté les cours à cet âge là. Quatre mois avant le brevet des collèges, j'ai séché les cours, régulièrement, et j'allais me planquer là où personne n'irait me chercher : au cimetière (LOL ô__o). Suite à mes débuts de scarifications, mon absence en cours, et mon agressivité envers beaucoup de monde, ma mère a dû prendre rendez-vous chez un psychologue sur conseil de la direction de mon collège. Ma première expérience a été très... euh... brève si l'on peut dire. Sachez qu'il est très, très, très rare que je m'énerve contre les "adultes", contre ceux que je considère comme mes aînés.

« Avez-vous déjà songé à tuer quelqu'un ?
-Oui.
-Un membre de votre famille ?
-Oui.
-Et vous même ?
-Évidemment...
-Mais vous êtes folle ma pauvre ! Il faut que vous soyez internée ou vous deviendrez un danger !
-Si je suis ici c'est justement parce que je ne vais pas bien, pas pour vous faire la causette. »

J'ai tourné les talons et je suis parti. Ma mère s'est excusée auprès et la psychologue, et mais je n'ai plus jamais revu cette femme. Malheureusement, à cet âge, quand vous n'êtes plus sûr de rien, la moindre accusation que l'on vous porte est très dangereuse. Je me suis donc considéré comme fou pendant un moment (pas fou genre je suis débile il me manque une case mais "fou" je suis malade et on ne peut pas me soigner, je vais péter tôt ou tard un boulon °w°). Je suis entré au Lycée, mais comme au collège, je ne foutais rien. Je me mettais dans un coin de la salle de classe et je ne disais rien. On m'appréciait pour mon grand sens de la rigolade et mes blagues vaseuses, mais j'étais loin d'être indispensable. De fin Novembre à mi-Mars j'ai ponctuellement fait péter les cours, allant me réfugier au carrefour d'à côté (et me nourrir aux chwing-gums parce que j'avais pas de sous 8D). Mais à partir de fin Mars... J'ai fait péter jusqu'à fin Mai sans interruption. J'avais fini par développer une véritable phobie de l'école, et je m'enfermais chez moi, me cachant le midi quand mes parents venaient manger. Tous les matins, j'appelais le lycée en disant que j'étais malade et que mon cas s'aggravait (ils ont été forts de pas percuter que je mentais pendant deux mois !) Je me réfugiais encore et toujours dans ces jeux de rôles, continuant à mentir à mes compagnons de jeu, continuant à me perdre dans ces personnages qui reflétaient ce que je désirais être. Il m'est arrivé, à de nombreuses reprises, de pleurer et jalouser mes propres créations.

Et ça, je ne savais pas l'expliquer. Je ne savais pas pourquoi je fuyais tout le monde, pourquoi j'allais mal, et pourquoi je me réfugiais sur internet, sur ces jeux de rôles où je ne faisais que des personnages masculins. Physiquement, je ne le nie pas, je ne prenais absolument pas soin de moi (cheveux gras bonjour, boutons sur la gueule plus nombreux que les touches d'une calculette, et comme j'avais pas encore eu d'appareil mes dents étaient magnifiquement en bordel !), et mes bras ont sacrément morflé ; aujourd'hui encore je garde des traces nettement visibles de tout ça.

On a essayé l'internat, à Mende, en Lozère. Là-bas, je dessinais, j'écrivais des histoires et poèmes en cours, où il était toujours question de maladie mentale, de dépression, de haine envers soi-même et surtout, d'incompréhension face à sa propre douleur. De mon propre chef, je suis allé voir des assistantes sociales, des psychologues, en vain. Personne ne savait vraiment comment m'aider et à la moindre difficulté je m'enfuyais et ne revenais plus jamais les revoir. En mars, je suis arrivé avec toutes mes affaires, et j'ai dit à ma mère que je ne retournerai pas là-bas. Vous êtes curieux ? Vous voulez savoir pourquoi je ne considère ne même pas avoir le niveau de seconde ? Parce que sur mes deux années de lycée, sur mes deux années de secondes, la moyenne totale de tous mes résultats tourne autour de 5/20.

Suite à ça, j'ai voulu commencer un CAP Petite Enfance, parce que ça me semblait facile et à ma portée xD. Erreur. Classe de wesh, profs sortis de films d'horreur (maniaque de la propreté, ancien prof de taulards, anglaise hystérique, maniaco-dépressif et surtout, en guise de classe : un garage sans fenêtre) ; au mois de Novembre 2007, je sentais que j'étais au bord du suicide, que je ne savais vraiment plus quoi faire pour m'en sortir et que tout me blasait. Décembre, j'ai rompu avec mon petit ami qui en a chié pendant 5mois à cause de mon état. Début février 2008, j'entrais par les urgences psychiatrique à la Colombière, à Montpellier. J'y suis resté un mois. Je ne vous décrirai pas ce que j'ai vécu là-bas, et sachez que c'est une chance pour moi d'en être sorti ; je peux juste vous dire que j'ai insulté le personnel médical, j'ai craché sur mon psychologue et je l'ai menacé de mort (bref c'était la foire à neuneu)... Là bas, j'ai perdu 7kg. Mon dédoublement de personnalité supposé, quant à lui, était un homme. Quel joli rôle j'ai tenu. (et je n'en ai pas ! o____o avant qu'on me le demande, je m'entends très bien avec moi-même XD !)


Alors, vous comprenez que lorsque j'ai appelé en Octobre 2010 ce cabinet, je craignais très fortement son jugement et d'avoir fait tout ça pour rien. Et j'ai eu raison de craindre ce rendez vous...

« Vous savez, les transsexuels ne sont que des personnes qui fuient. Ce sont des lâches. Je pense plutôt que vous avez un problème avec votre père et que vous ne supportez pas d'appartenir au sexe inférieur. »

Une vieille bique qui m'a fait payer 40¤ (salope !) pour une séance qui a duré moins de 10 minutes. En temps normal j'aurais grogné et serais parti sans rien lui payer, mais j'étais tellement perturbé par ses paroles que je n'y ai pas pensé. J'ai payé, et je suis reparti bredouille, le moral plombé. C'est quand mes parents ont annoncé qu'ils songeaient au divorce, trois jours après, que j'ai repris du poil de la bête ; il était absolument hors de question que je me laisse abattre. Mes cheveux sont tombés. Mon binder était tous les jours sur moi. Même lors de mes semaines de formation, j'affichais cette allure masculine qui m'a coûté une réputation de lesbienne ou de travesti. A force de manger, dans ce charmant coin qu'est Rivesaltes (66600), j'ai fini par adopter un comportement plus agressif. En classe, plus personne ne m'emmerdait et je ne craignais plus d'ouvrir ma gueule pour humilier si on m'emmerdait. Pareil pour les autres gugus des classes voisines. De fil en aiguille, j'ai fini par porter mon binder au travail, et j'ai appelé la Colombière, là où j'avais été interné, pour prendre rendez-vous avec un psychiatre réputé pour s'occuper des transgenres.

C'est donc ce psychiatre qui me suit officiellement depuis Janvier. J'ai une moyenne de un mois et demi / deux mois entre chaque rendez-vous. Autant vous dire que ça avance très lentement.


Tout ce que je vous ai raconté ci-dessus, c'est ce que le psychiatre sait. C'est ce qui l'intéresse. Il veut surtout voir la détermination de la personne, si elle réalise l'importance de cette transformation.

Oui, je n'aurai jamais de bite comme un vrai mec.
Oui, je prendrai de la testostérone à vie.
Oui, je suis conscient de la discrimination envers les transgenres.
Oui, je n'aurai peut-être jamais le torse que je rêve d'avoir.
Oui, je suis conscient que ces changements sont irréversibles et qu'un retour en arrière est impossible.
Oui, je suis prêt à affronter les gens pour m'affirmer.
Oui, je renonce à ma capacité de donner naissance afin d'effectuet un changement d'état civil.
Oui, j'aurai toujours des relations amoureuses compliquées, où ma sexualité et celle de mon partenaire seront toujours remises en question.
Oui, je sais que tout cela coûte cher et n'est pas forcément remboursé.
Oui, je sais que je ne serai jamais un homme comme les autres.
Oui, je sais tout ça.
Oui, j'ai peur de tout ça.
Mais oui, je continuerai d'avancer.

C'est pour tout ça que je me suis battu, et je continuerai.

Le suivi psychologique peut aussi bien s'étaler sur un mois, que sur trois ans. Les organismes publiques, qu'on appelle les "équipe off" (pour officielle) requièrent souvent un âge entre 22 et 25ans pour le début d'une transition ; dans le privé, le parcours peut commencer à 14ans, mais les hormones ne sont quasiment jamais données avant 18ans pour ne pas trop causer de dommages. Mais tous ces points que j'ai cité (le vécu, la volonté, et la lucidité), c'est ça qu'ils jugent tous, à l'unanimité. Le transgenre passe forcément par une période de doutes, de questionnements.

« Est-ce que je ne me trompe pas ? Est-ce que je vais le regretter ? Et si je devenais horrible, et que ma transition se passait mal ? Et si je faisais parti de ces transgenres que l'on qualifie de ratés ? Est-ce que ça me rendra seulement plus heureux ? Est-ce que je suis capable de supporter tout ça ? Et si le problème venait d'ailleurs ? »

Bref, un paquet de questions qui remettent tout en cause. Tant que l'on est pas passé par ce stade, en général les psychiatres ne donnent pas l'ordonnance. Ils nous forcent à ces questions, et c'est seulement si après avoir douté de tout, on prend nos couilles à deux mains et on maintient notre position, là ils y réfléchiront. Je ne nie pas que certains psychiatres agissent de manière différente ; certains refourguent les hormones après trois rendez-vous.
Mais sachez que derrière, l'endocrinologue est en droit de refuser de vous donner le traitement hormonal s'il juge que le suivi psychologique est bâclé. Ce qui est donc déconseillé de faire et de trop se presser ; nombre de transgenres se sont précipités pour faire leur traitement et, arrivé à mi parcours, ils veulent faire machine arrière. Mais c'est difficilement possible, et impossible tout court si les opérations ont été faites. Parallèlement, un transgenre qui a un parcours psychologique très lent, qui s'étale sur des années avec un psychiatre démotivant peut aussi bien annuler sa transition à cause de lassitude. Bah, oui... quand on se bat pendant trop longtemps, pour rien, on finit par fatiguer. J'en vois déjà me dire "Change de psy !" mais certains n'ont pas d'autres psychiatres à portée de main (je pense notamment aux petites villes), ni l'envie de recommencer leur parcours à zéro.

La moyenne que j'ai pu calculer via mes connaissances fait durer le suivi environ un an, voire un peu moins.
Fondamentalement, le psychiatre sert à tout ça.

Je vous remercie accessoirement de m'avoir permis de réfléchir à nouveau à tout ça à travers cet article xD.

Pwah. Comme à chaque fois, comme à chaque fin d'article, j'ai la flemme de me relire parce que je tape tout d'une traite et c'est relativement fatiguant huhu.
Bon, cela dit, je vous offre un petit supplément. Je suppose que la plupart d'entre vous n'avez pas eu l'occasion de voir un FtM qui a terminé sa transition (j'ignore si celui que je vais vous montrer compte faire de la chirurgie génitale), eh bien je vous propose une vidéo qui résume le parcours de Meiko Elias Xavier, un transsexuel qui a débuté son parcours il y a 5ans maintenant. La vidéo date de 2009, donc c'était pour sa troisième année.

[video]http://www.youtube.com/watch?v=cYAYRiCOHJI[/video]


Hop. Bon, j'espère que vous comprendrez le rôle du psy et que mon racontage de life était trop kikoo. En fait je voulais pas pondre un petit article de dix lignes, j'avais envie de raconter ma vie un peu, parce que ce que j'ai connu, beaucoup l'ont connu aussi. J'ai cerné très tard la cause de ma dépression. (:

A mon retour de Paris je vous parlerai des hormones, de leurs effets, et probablement de l'opération du torse aussi ! Donc là, je ne parlerai plus que des FtM et non des MtF ! Désolé les filles ^ ^'

Nazgul.