Homosexualité

À première vue, l'homosexualité est de mieux en mieux acceptée en France. En 2012, 65% des Français sont favorables au mariage homosexuel. Ils étaient 63% en 2011. Pourtant, malgré ces chiffres encourageants, l'homophobie, elle, ne cesse de gagner du terrain. C'est bien là tout le paradoxe. L'explication de cette contradiction, c'est que l'homophobie semble avoir diminué car elle est moins spectaculaire. Mais elle est en fait toujours présente – et de manière sournoise – dans la vie de tous les jours. Cette phrase d'Elisabeth Ronzier, présidente de SOS homophobie, résume bien la situation actuelle : "Des manifestations plus spectaculaires avaient occulté la réalité quotidienne de l'homophobie, mais elles ont diminué avec la médiatisation et l'acceptation croissante de l'homosexualité dans le débat public et, aujourd'hui, on se rend compte de ce bastion d'homophobie qui persiste dans la société". Dans son rapport de 2012, SOS homophobie estime que sur trois cas d'homophobie recensés, un en moyenne relève de l'homophobie de proximité, c'est-à-dire au travail, en famille ou dans le voisinage. C'est dire si les mentalités ne sont pas aussi ouvertes que ça. Si l'homosexualité est acceptée, c'est uniquement du moment qu'elle reste vague, cachée et éloignée des personnes interrogées.

Des mentalités difficiles à faire évoluer

Après la Marche des fiertés, la loi sur la pénalisation de l'homophobie et le Pacs, nous nous battons désormais pour avoir le droit de nous marier. Depuis de nombreuses années, les homosexuels occupent l'espace médiatique et politique pour tenter de se faire entendre et faire évoluer la société. Mais la tâche est plutôt difficile : les mentalités, même si elles évoluent doucement en France, ont encore du mal à être bousculées. Se faire à l'idée qu'un couple peut aussi être composé de deux personnes de même sexe n'est pas encore ancré dans les m½urs. Essayez par exemple de réserver une chambre d'hôtel pour un couple gay ou lesbien, il y a fort à parier que l'on vous remettra deux lits séparés dans la chambre plutôt qu'un grand lit double (même si vous en avez fait la demande). Prendre sa copine (ou son copain pour les gay) par la main, l'embrasser en public n'est pas toujours chose "naturelle" dans l'esprit de certains, et ce même à Paris. Alors imaginez en province dans un village au fond de la campagne française.

Homophobie dans le monde du travail

Je me souviens de plusieurs anecdotes qui illustrent un peu cette difficulté à vivre normalement sa sexualité, une "discrimination quotidienne" en quelque sorte, ancrée dans les mentalités. Une fois au lycée, deux de mes copines de classes discutaient de leurs copain. L'une d'elle s'est alors tournée vers moi et m'a demandé si j'étais en couple et comment s'appelait mon copain. N'ayant jamais caché ma sexualité – sans l'étaler non plus – j'ai répondu que je sortais avec une fille. La discussion s'est arrêtée nette et une gêne s'est instaurée. Une autre fois, on m'a demandé qui faisait l'homme ou la femme dans mon couple. Pour un hétéro, la norme c'est un homme et une femme, de manière générale l'homosexualité n'a pas sa place. Dans l'esprit, être gay ou bi, ce n'est pas la norme et donc pas possible. Être en couple, c'est être automatiquement avec une homme lorsqu'on est une femme (et vive versa). Il m'est arrivé de voir un de mes camarade s'énerver et traiter un de ses potes de "PD", "d'enculé" ou de "fiotte" en public. J'ai discuté avec cette personne après coup. Dans son esprit, les insultes ne reflétaient pas un caractère homophobe, mais bien quelque chose de "naturel", une insulte parmi d'autre, entrée dans le langage courant. Et pourtant, cela aussi fait partie de la discrimination ordinaire.

Une adolescence difficile pour les jeunes homos français

La vie n'est pas facile en France quand on est LGBT, notamment pour les adolescents. On constate d'ailleurs un taux de suicide entre 11 et 13 fois plus élevé chez les jeunes homos que chez les jeunes hétéros. Insultes, regard lourd, railleries, rejet, pressions en sont souvent la cause. Un jeune LGBT vit souvent mal la "découverte" de son homosexualité et n'a pas – peu – de repères ou de personnes à qui parler. Il suffit de se rendre dans une cours d'école pour comprendre pourquoi. Comme dans le monde du travail, les insultes "PD" et autre "Enculé" y sont devenues la norme. Imaginez pour un jeune homo la difficulté à s'affirmer dans un environnement déjà si hostile à la différence ? Tout l'enjeu est donc de faire de la pédagogie et de l'éducation autour de l'homophobie. C'est justement ce que tentent de faire quelques associations dont SOS homophobie, en intervenant directement dans les établissements scolaires auprès des jeunes. Et ce, que ce soit à l'école ou dans le domaine familial. Combien de jeunes se retrouvent encore aujourd'hui exclus, reniés, virés de chez eux du fait de leur orientation sexuelle. Le constat est identique dans le domaine professionnel, où pour vivre tranquille il vaut mieux vivre caché quitte à vivre mal sa situation. SOS homophobie tente également de sensibiliser les établissements privés et publics à la question de l'homophobie. Des ateliers de formation sont donc ainsi organisés à destination de salariés afin de les sensibiliser.

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Selon moi, une personne homo doit doublement faire ses preuves dans la société pour trouver sa place. Preuve que les mentalités sont encore loin de tout accepter. La société doit-elle être seulement hétérosexuelle pour être "normale" ? Les homos sont-ils alors des citoyens de seconde zone ? Pourtant, en tant que lesbienne, je suis normal. Une fille avec les mêmes joies, les mêmes peines, les mêmes emmerdes, la même vie que madame tout le monde. Sauf que j'aime une autre fille. Alors ça change quoi au final ?