Ce texte se veut un compte rendu de deux journées particulières de ma vie.

(Certains zaguiens ayant changé de pseudos * entre temps, j'ai décidé de garder les pseudos qui étaient d'actualité au moment de cette aventure.)

* cette mode du changement de pseudo est grotesque.


Par une grisonnante journée de janvier Freudette, Lachow et moi-même fûmes abordés afin de participer à l'émission de Stéphane Bern répondant à la question syntaxiquement fausse Comment ça va bien ?.

Cette journée avait commencé sous le signe de la tristesse quand j'appris par un coup de fil que la santé de ma grand-mère se dégradait. Voyant mon désarroi, ma douce amie Freudette ainsi que notre compère belge décidèrent de m'accompagner à l'hôpital dans le but de lui rendre une visite probablement ultime. Ainsi, c'est dans un silence quasi religieux que nous partîmes du classieux appartement de la susnommée Louise, laissant nos collègues vaquer à leurs diverses activités culturelles (LG, LOL etc...).

Je n'en dirai pas plus au sujet de cette visite à l'hôpital.

Le temps de nous remettre de nos émotions, il nous apparût ensuite essentiel de nous changer les idées. Face à cette nécessité, je proposai une séance de cinéma ou une exposition. Il fallut pour cela que nous cessâmes sur le champ notre activité de bavardage dans le métro. Cela pris son temps, mais nous y arrivâmes.

En grand organisateur que je suis, je voulu les emmener à l'exposition sur Dali au centre Pompidou, là où l'expression « c'est phallique » pouvait prendre tout son sens. L'option de marcher au lieu de prendre le métro fut retenue. Si je sentais que Freudette éprouvait quelques difficultés à utiliser la marche rapide, je sentais aussi de la motivation dans son regard. Regard, qui a pour habitude de dissiper les doutes.

A la tête du cortège, je ne pouvais m'empêcher de lever de temps en temps le nez sur les façades de cette importante voie haussmannienne qu'est le boulevard Sébastopol.

C'est une fois arrivé nez à nez face aux tuyaux du centre Pompidou que je me rendis compte d'une triste réalité : si je me débrouille pour me déplacer dans Paris, je me débrouille beaucoup moins pour me repérer dans les jours de la semaine. En effet, nous étions un mardi, jour de la fermeture des musées.

Mes amis ne m'en tinrent point rigueur et nous nous rabattîmes sur un cinéma. Nous prîmes la direction des Halles avec pour objectif de nous restaurer et de faire notre choix cinématographique. Après être descendu, monté, descendu, monté nous trouvâmes l'UGC. Pour Freudette et moi, le choix du film nous semblait quasi évident : Alceste à Bicyclette. Freudette porte haut dans son c½ur Le Misanthrope et Lucchini nous est cher.

15 min, c'était le temps que nous avions pour manger. Le choix de la restauration rapide s'imposa. Lachow crut qu'on s'était moqué de lui quand il mangea son sandwich étrangement léger, mais il s'avéra que le contenu était sorti du contenant. Steak et salade étaient restés au fond de l'emballage.

On ne savait pas encore que le trajet du restaurant au cinéma allait changer notre séjour parisien.

Alors que nous marchions dans la bonne humeur un jeune homme à lunettes nous aborda. Son allure plus que correcte nous incita à l'écouter. Il nous proposa de participer à l'émission Comment ça va bien ?, présentée par Stéphane Bern. L'individu marchait à reculons, chose étrange mais faisant probablement parti d'une technique secrète de communication. Nous lui évitâmes tout de même une chute en lui signalant la présence d'un pot de fleur.

« Oui, on veut bien », c'est ce que j'ai répondu presque du tac au tac, ne tenant pas vraiment compte de l'avis de mes amis et du fait que nous devions partir le lendemain. Cette réponse spontanée, due à un problème hormonal, est parfois embarrassante au quotidien. Bien entendu, nous pouvions annuler notre participation à l'enregistrement de cette émission qui devait avoir lieu le lendemain à la plaine Saint Denis. Etant belge et ayant réservé son voyage, Lachow déclina, même si j'ai l'intime conviction qu'il aurait apprécié passer ce moment en notre compagnie.

Suite à cette fortuite rencontre, nous discutâmes de notre envie réelle d'y participer ainsi que des problèmes que cela pouvait poser. Freudette devait repousser des rendez-vous et il lui fallait annuler un covoiturage. Moi-même, je devais encore une fois différer ma date de départ de Paname.

Nous rentrâmes hâtivement chez Louise où nos amis nous attendaient, à l'exception de JungleJim et Pedro, qui nous avaient prévenu par texto qu'ils étaient partis accompagner psychosium à la gare. Mais, en le voyant dans le canapé, je me fis la réflexion qu'il avait dû faire l'aller retour en train assez rapidement ou tenter avec succès la téléportation. Il s'agissait vraisemblablement d'une farce, dont seul Pedro et JungleJim ont le secret.

Lachow se leva vers neuf heures. Après quelques réglages capillaires, il dit au revoir aux deux larves que Freudette et moi étions. Il devait prendre son bus Porte Maillot.

C'est complètement épuisés que nous nous levâmes vers 11h. Prenant soin de ne pas marcher sur cycnos, le vagabond nocturne qui dormait dans le salon, nous partîmes pour ce qui s'annonçait comme la journée la plus divertissante de notre séjour. Après un arrêt « pain au chocolat et sandwich », nous priment la ligne du 12 du métro dont l'extension récente nous permettait d'aller jusqu'à Saint Denis.

Tous les deux conscients de nos soucis de concentration et de notre fatigue avancée nous savions que cela n'allait pas être simple. Grâce à ma surveillance accrue des stations de métro, nous arrivâmes à bon port.

Muni du système de géocalisation de mon portable, nous avançâmes dans les travées peu reluisantes de la Plaine. La pluie, cumulée à la crasse, rendait le sol instable pour toute personne à la marche déséquilibrée. Freudette ne manqua pas de glisser sur un mouchoir en papier.

En 10 minutes nous étions arrivés devant le grand hangar du 144 avenue du président Wilson.

Nous entrâmes dans le studio où nous retrouvâmes avec joie Aurélien (celui qui marchait à reculons), auprès duquel nous dûmes nous délester de nos manteaux, sac et portables. Une masse de personnes peu souriantes s'agglutinait devant la porte d'accès aux différents plateaux.

Les choses s'enchaînèrent assez rapidement. La personne chargée de la sécurité ouvrît les portes et nous passa au détecteur de métaux. Sa carrure massive ainsi que sa voix grave tranchaient avec sa sympathie. « Ne pleurez pas, ça va bien se passer », dit-il avec humour à Freudette qui se frottait les yeux.

Nous fûmes placés au premier rang avec d'autres jeunes gens.

Le sujet ainsi que les « consignes » nous furent annoncés par le chauffeur de salle, personnage un peu agaçant de part son débit de paroles mais malgré toute sympathique. « La Saint valentin » était le thème de la première émission (ce qui nous convenait parfaitement). Nous apprîmes que l'invité allait être Daniel Russo, comédien connu aussi bien pour ses films, que pour ses téléfilms et pièces de théâtre. Le chauffeur de salle avait décidé de nous faire deviner l'invité en nous donnant son prénom. Une dame derrière nous cria cinq fois Daniel Auteuil dans les oreilles.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'émission, elle est présentée par Stéphane Bern, souvent considéré comme le touche pipi des têtes couronnés. Sa mine détendue inspire la bonhomie.

Le but recherché de ce programme est de toucher la ménagère en, je cite, « décryptant les nouvelles tendances de la consommation ou de la vie quotidienne ». Des chroniqueurs apportent le résultat de leur expérience à propos d'une tendance, d'une mode ou d'une nouveauté que ce soit dans le domaine de la santé, la cuisine, la beauté etc... A en croire les audiences le concept fonctionne.

Après l'énoncé du chauffeur de salle, nous avons pu assister à l'agitation avant l'enregistrement. Sur le plateau, chacun s'affaire à régler les derniers détails, caméramen croisant chroniqueurs déjà présents. Une femme reteint notre attention par sa capacité à brailler dans tous les coins. Pas de doute, nous avions à faire au chef de plateau chargé du bon déroulement de l'émission. Il y avait dans sa façon de parler et de se mouvoir quelque chose de très masculin. On pouvait imaginer qu'elle avait développé cette sorte de virilité au contact de ce milieu peuplé d'hommes. Un monsieur qui semblait être habitué des plateaux dit à son voisin : « C'est un peu con comme émission mais c'est marrant. » Le ton était donné.

Quelques bavasseries plus tard et le jingle retenti. Freudette et moi nous regardâmes en souriant. Nous nous sentions quelque peu obligés de taper dans les mains. La seule fantaisie que nous pouvions apporter était celle de frapper celles-ci à contretemps.

La première chronique était consacrée aux bouquets de la St Valentin. L'invité, Stéphane et la chroniqueuse se levèrent pour rejoindre un espace sur le plateau où se trouvait une table aménagée en conséquence.

« Pourquoi il y a une pomme ? » dit Stéphane.

Le fil rouge de la chronique pouvait se résumer ainsi : Comment faire preuve d'originalité en s'essayant à des mariages avec la rose rouge ? Un fleuriste était là pour présenter différentes créations. Stéphane et Monsieur Russo durent mettre la main à la pâte en suivant les instructions. Stéphane croqua dans une pomme devant servir de support pour accueillir des fleurs. « Pour la Saint Valentin, croquons dans le fuit défendu ». Il donna ainsi une touche toute personnelle à son bouquet. Ce geste nous fit sourire. Nous aurions surement croqué dans le fruit nous aussi, mais pour d'autres raisons. Monsieur Bern découvrit un objet fantastique : le vide-pomme.

Durant cette chronique, nous apprîmes aussi que Napoléon appréciait la violette et que cette fleur fut le signe de ralliement des bonapartistes pendant les Cent-Jours.

Un fois cette tribulation florale terminée, tout le monde regagna sa place. Le moment « mode » de l'émission, consacré aux robes longues donna l'opportunité à certains de s'exprimer. Deux personnes du public, d'origine lourdingue, poussaient cris et sifflements pendant que deux jeunes femmes défilaient. « Wow ça irait trop bien à ta meuf ça !», fit remarquer l'un d'entre eux.

Le retour sur le plateau, après une coupure pub, fut l'occasion pour Russo de parler de son actualité théâtrale avec la pièce « Hier est un autre jour ! ».

Ce moment promo passé, il eut ensuite une chronique sur ce qu'on pourrait appeler la «beauté et la mode romantique». Un reportage tourné dans la demeure de Chateaubriand fut diffusé. Pas grand chose d'intéressant si on connaît un minimum cette époque.

Au 19ème siècle, les femmes cherchent à être naturelles grâce à un maquillage léger. C'est l'époque romantique, le teint doit ressembler à celui d'un malade. Nous ne pouvons nous empêcher de sourire. Freudette et moi, sommes avec notre peau blanche et nos cernes, des romantiques naturels.

Il y eut aussi le test : un soin des mains réalisé à base de fraise et de framboise.
« Une recette que vous pourrez peut- être réaliser à la maison. ». Au prix de ces fruits, je ne pense pas, je préfère en faire des gâteaux. Une agréable odeur se répandit sur le plateau.

Benoit, un des chroniqueurs à l'humour vaseux nous montra comment réaliser un c½ur en tissu ainsi qu'une enveloppe pouvant servir à contenir un bijou (St Valentin oblige). Une personne travaillant dans un grand palace parisien est présent pour la marche à suivre. Ce fût l'occasion d'un défi pour Stéphane et l'invité. Le présentateur tricha en défaisant le modèle. Possédant une licence d'origami, les réalisations me paraissent relativement simples malgré le fait que je n'ai jamais réalisé de c½ur.

Après un peu plus d'une heure, l'enregistrement fut bouclé et nous fumes invités à évacuer le plateau. Cette pause de 15 min environ correspondait au temps qu'il fallait aux techniciens pour changer le décor, et à toute l'équipe pour se préparer à la seconde émission.

Freudette et moi sortîmes bizarrement lessivés de cette activité pourtant passive. Il faut dire que depuis notre arrivée à Paris nos nuits ne sont pas des plus complètes et ne permettent pas de récupérer l'énergie nécessaire à toutes nos pérégrinations. Nous nous plaignions également d'un mal au cou. Les places étant moyennement confortables, elles ne permettent pas un bon maintient de notre colonne.

« Attention à ne pas faire tomber votre carte d'identité », dit une dame à Freudette alors qu'on se dirigeait vers le couloir. En effet, celle-ci dépassait de sa poche arrière et l'on pouvait craindre à sa chute. Freudette me rassura en disant qu'elle gardait souvent son identité au chaud sous son fessier et qu'elle ne l'avait jamais perdue.

Un fois dans le couloir nous remarquâmes une table sommairement installée. Il y avait sur celle-ci plusieurs gâteaux (salés et sucrés) ainsi que du jus de fruit et une célèbre boisson gazeuse. Nous ne savions pas encore que nous allions assister à une guerre féroce.

Les gens se mirent à se jeter sur ces maigres victuailles, à se pousser pour attraper deux malheureux biscuits. Une dame donna même des coups de coude d'une rare violence à Freudette. Heureusement nous réussîmes quand même à attraper de quoi nous nous sustenter.

Quand les gens se dégagèrent enfin, de nombreux gâteaux en miettes jonchaient le sol. Nous fûmes impressionnés par tant de violence.

Nous passâmes le reste de la pause à se tripoter. La fatigue et l'incompréhension face au comportement des gens nous poussaient à de tels agissements. Nous entendîmes une dame dire à une jeune fille (à qui une chroniqueuse avait donné une des compositions florales réalisées) : « C'est la pomme de Stéphane Bern ? ».

Un groupe d'enfants qui nous avait rejoint en fin d'émission était particulièrement bruyant. Trop aux yeux d'une petite dame à l'air autoritaire. « Qu'est-ce qu'il y a marqué là ? Vous savez lire ? Il faut vous taire. ». Le vigile à l'entrée leur dit aussi de se calmer car il y avait d'autres émissions en cours d'enregistrement juste à côté. Les éducateurs qui les accompagnaient avaient l'air de ne pas trop se préoccuper de ce souci.

Pour la seconde émission le plateau avait été vidé de ses c½urs et de ses roses. Le groupe d'enfants arriva avec force et fracas sur le plateau afin de renforcer les lignes arrières du public. Freudette et moi fûmes placés au troisième rang. Il fallait nous mélanger pour ne pas retrouver la même configuration qu'au cours de la première émission.

Cette fois ci l'attente fut un peu plus longue. Les caméramen réalisèrent des plans destinés à être diffusés durant les différentes chroniques. Le chauffeur de salle nous annonça que l'invitée allait être Annie Duperey. Elle arrive sur le plateau sous d'importants applaudissements. Annie est une femme de forte taille, elle en impose naturellement. Pour elle, il s'agissait d'une double actualité : la réédition d'un de ces livres et une actualité théâtrale (La folle de Chaillot, à la Comédie des Champs-Elysées).

« Est-ce que vous êtes un peu bricoleuse ? Car je sais que vous vivez dans la Creuse avec vos chats et vos poules» dit Stéphane à Annie.

L'émission débuta par la réalisation d'une desserte. Stéphane et l'invité se débrouillèrent comme ils pouvaient mais le résultat fut un peu bancal. Cela fut quand même assez drôle de les voir s'agiter pour un meuble qui a pratiquement disparu de nos intérieurs. Stéphane utilisant une perceuse c'est un peu comme imaginer Maïté faisant de la peinture.

Quelques instants après cet atelier « bricolage », Edouard (le spécialiste mode de l'émission) nous présenta différentes paires de collants de couleur. Personnellement, je ne suis pas fan. Pour une des modèles présentés Benoit beugla : « On dirait une peau avec de l'acné ».

Il y eu aussi la chronique sur l'huile de roucou. Cette huile est sensée protéger la peau des rayons de soleil (sans remplacer une crème solaire), magnifier le bronzage, hydrater et éloigner les insectes. Le roucou est un fruit et cette huile est obtenue en écrasant ses graines. La chroniqueuse nous expliqua que les amérindiens utilisent ces graines afin de se protéger et de se peinturlurer le visage. Un reportage, tourné dans une usine qui produit cette huile, permit de voir les différentes étapes de fabrication. Celui-ci m'intéressant que faiblement, je pus me plaindre à freudette de mon mal de cou.

« C'est gras » lancera Monsieur Bern (étonnant pour une huile), « Ca sent bon » dira l'invité.

« Il respire. » affirma Stéphane en prenant le pouls du jeune homme à terre.

Le moment le plus « intéressant » fut sûrement celui du défi. Benoit invita Stéphane à réaliser les gestes de premier secours sur un comédien servant de cobaye. Plusieurs situations étaient présentées (malaise cardiaque, étouffement…). Les maladresses de Stéphane furent l'occasion de nombreux fous rires dans le public. Freudette et moi retiendrons cette phrase du responsable de la croix rouge « On ne peut pas dégrader un mort. ». Stéphane s'essaiera à la PLS (position latérale de sécurité) sans succès, le cobaye hilare, se retournera complètement face contre terre.

Finalement le tournage des deux émissions se sera passé avec une grande fluidité.

Nous sortîmes des studios de la plaine Saint Denis, fatigués. Comment ça va bien ? est une émission facilement digérable par un cerveau lambda, pas toujours très intéressante et très souvent ennuyante. Malgré cela, elle nous aura un peu diverti. Nous nous sommes inscrits en partant afin de participer à d'autres émissions.

Freudette et moi rentrâmes dans le calme et me concernant dans la fraude : la machine à tickets étant comme notre cerveau, « momentanément indisponible ».

Pour ceux que ça intéresse, je mets ci-dessous les liens afin de visionner les deux émissions :

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