Votre vie se limite-t-elle à votre pensée ? C'est une question pertinente je pense, sur un site de rencontres virtuelles. Si on se reconnecte à nos sens, on restitue la fonction première de notre corps qui est de nous permettre de penser "vrai", d'avoir une expérience consciente et sensorielle de soi, des autres, du monde. Respirons, domptons l'oisif en nous, et ayons continuellement la sensation d'être en vie. Nos échanges humains seront ainsi plus réels et en accord avec notre réalité

Voilà un article peut-être un peu intriguant où je fais le point sur mon expérience sensorielle. Nous sommes dans un réseau social où les rencontres virtuelles donnent naissance parfois à du concret ; mais je sais que beaucoup sont limités par le dial, notamment lorsqu'on sympathise avec un ou une inconnu-e qui habite à perpette les oies. Dans tout ça : j'aimerais vous dire comment je parviens jour après jour à me dompter et à construire ma vie et mon bien être sur la pleine conscience des choses et des sens ; en tentant d'être le moins possible aliéné par le virtuel. Je commencerais par la comparaison que j'ai souvent entendue entre le monde occidental et le monde oriental : nous sommes beaucoup trop embourbé dans le mental, dans le virtuel, et oublions notre corps, nos sensations, notre respiration. Je n'ai pas de leçon à donner à quiconque parmi vous consacre régulièrement au bien être de ses sens et de son corps. Je partage juste une expérience personnelle.Nous pouvons être aliéné par le réel ultrarapide et stressant dans lequel notre vérité se perd. Il y a différence entre réel et réalité. La réalité est liée à notre perception, notre vécu. Le réel est ce qui s'impose à nous, ce qui nous contraint à faire des concessions et à souvent trahir la réalité qui nous définit pour répondre le mieux possible à l'urgence, l'efficacité, la mentalité de la masse, le conventionnel - par pur réflexe de protection et de survie.
Pour savoir si nous sommes aliénés : observez votre respiration. Si vous en êtes encore à une respiration minimale par voix nasale, vous ne vivez pas, vous ne faites que survivre. Votre respiration doit alimenter votre corps et dresser une silhouette harmonieuse et agréable ("se tenir droit" à la façon Mézière : nuque allongée avec la tête en avant, le bassin bien positionné dans l'axe, le thorax et les côtes en mouvement fluide lors de la respiration ventrale...)
En Feldenkrais (anti-gymnastique qui consiste à apprendre à ne plus faire des gestes de manière automatique, mais à les exécuter en toute conscience) l'exercice de base est d'observer et essayer de sentir son corps au repos. Si on ne pratique aucun sport - et plus encore si on ne connait pas la méthode Mézière, la méthode des chaînes musculaires en kinésithérapie - il est impossible de sentir son corps. J'ai appris que les exercices physiques d'abdominaux que l'on nous fait faire est très dangereuse pour notre corps (cf : Abdominaux arrêtez le massacre de Bernadette de Gasquet).
Il faut arrêter de s'arrêter à la surface des tablettes de chocolats, des corps d'acier sculptés dans la roche, impressionnants... Le corps n'a pas à être modelé comme une poupée de Ken ou de Jacob. Concernant les abdominaux de devant : même si on ne les fabrique pas, il faut le sentir, il faut les actionner, c'est ce qui permet le mouvement-même du thorax et des côtes pendant l'expiration ventrale. Les abdominaux sont partout et orchestrent l'alchimie de nos muscles. On doit arrêter de s'intéresser qu'aux abdos, pectoraux et biceps : il faut penser viscères, chaînes musculaires, respiration, et cultiver nos sensations. Parvenir à se sentir, même au repos, sentir ses muscles, comprendre l'emboitement des articulations, maitriser le grand pantin de chair qui nous habite, et ne jamais l'abandonner dans l'oubli.

Observez-vous, là, devant votre ordinateur. Depuis combien de temps êtes-vous là, avez vous conscience de vos yeux aux rares clignements, avez-vous conscience que vous absorbez la luminosité de votre écran comme un écran vierge reçoit la lumière d'un projecteur, avez-vous conscience que vous n'êtes pas à 100% connecté à vos capacités cérébrales, parce que maintenant vos yeux dans une situation de contre-emploi, anti-naturelle, dans une fixité absurde qui ne promet que yeux secs, rougeurs, effets hypnotiques qui viendront jusqu'à perturber votre sommeil ? Vous êtes jeunes et vous arrivez à supporter tout ça. Mais un jour on paiera les tortures ordinaires que la geekerie de votre jeunesse vous a imposée. J'ai trouvé personnellement une méthode pour cesser la torture de la posture négligée devant l'ordinateur. Assis bien droit, le bassin dans l'axe, bien soutenus par les ischions, je surveille mon sacrum et la chaîne musculaire qui s'actionne du haut de ma tête jusqu'à mes talons. Je me permets une posture avâchie de temps en temps, et depuis des mois je me promets de me limiter à 2h d'écrans d'affilée.
Je n'y parviens jamais vraiment… à tort.

Je ne garderais d'estime envers moi que si j'ai maintenu le tonus dans mon corps. Le tonus dans le corps permet de rester debout même devant un drame sans nom, même devant une déception destructurante. Mettre du Charlie Winston et laisser le corps se battre contre le démon de dépression qui rêve de nous détruire à l'intérieur.Pour rester connecté à nos sens tout en s'abreuvant des merveilles du virtuel, du web, du cinéma, de l'art, du sport télévisé, bref : tout ce qui est extérieur à notre expérience matérielle de notre corps,  les cinq sens peuvent nous aider. J'ai lu sur le blog d'une scénariste TV qu'elle s'aide à stimuler le plaisir de la respiration avec l'aide d'encens. Au delà de l'encens : penser aux changements qui sans cesse bouleversent nos sens (à condition d'y être attentif). La différence de chaleur dans notre corps, sous nos habits, quand le climat change ; la trace que laisse l'usage d'un shampooing ou de tout autre produit sur la surface de notre cuir chevelu et de notre peau.De manière générale, quand je pense à manger, je m'applique à déguster chaque aliment en respirant calmement et en savourant vraiment. C'est une réelle contrainte pour moi qui absorbe tout sans respirer.
Bref, mon aventure corporelle et sensorielle continue toujours. L'apogée de ce travail sur le corps apparaît au moment de l'amour : si on respecte son corps avec autant d'attention que je nous le conseille, on devrait mieux prendre conscience du corps de l'autre, et mieux comprendre en général le langage du corps. Dans la vie de tous les jours, quand on est célibataire peu acclimaté au principe de sex-friend, je pense que le simple fait de prendre soin de son corps et de s'accrocher à la pleine conscience des choses, ça change un homme, ça change une femme. Au niveau de la pensée, de l'intégrité, du bien être ; ce qui permet une rencontre authentique avec les gens, et les futurs amants.

Je citerais pour cela Nietzsche :
RESTER LE MOINS POSSIBLE ASSIS NE PRÊTER FOI À AUCUNE PENSÉE QUI NE SOIT NÉE AU GRAND AIR
Le bénéfice de ce travail ? Laisser crier notre corps, notre visage, notre être matériel, de toute l'intensité et la beauté de notre âme.
Jusqu'à ce qu'un Ralph Waldo Emerson rencontre notre chemin et nous dise :
"Ce que vous êtes crie tellement fort que je n'enteds pas ce que vous dites"