Produit culturel déconsidéré par beaucoup de journalistes et d'intellectuels qui n'ont jamais toucher à une manette de leur vie, le jeu vidéo commence à prendre une place importante dans l'espace culturel français. Des universitaires commencent même à vouloir étudier les pratiques vidéo-ludiques et leur fonctionnement. Aujourd'hui beaucoup d'entre-nous ont déjà essayé un jeu vidéo, comme on lit son premier livre ou on regarde son premier film. Mais quand est-il des revendications des minorités sexuelles dans ce milieu ? Femmes et gays sont-ils toujours exclus ?

Du côté des joueurs...

Le jeu vidéo est à la base un produit qui pourrait être considéré comme mixte, puisque le premier jeu vidéo (Tennis for two, 1958) était un jeu de sport, tout ce qu'il y a de plus simple. C'est avec le développement de l'arcade que le jeu vidéo devient un loisir "genré". Les jeux présentés sont des jeux de courses, de tirs, de combats, essentiellement des loisirs masculins donc. Ainsi les femmes sont restées longtemps minoritaires dans une communauté elle-même réduite. Les consoles ne changeront pas grand chose à ce phénomène puisque leur but était initialement de pouvoir jouer aux jeux d'arcades chez soi.
Il faudra attendre jusqu'à la sortie de la génération N64/Saturn/Playstation (Cinquième génération) pour que le nombre de joueuses augmente. La raison : le support CD de la Playstation et la puissance de la N64 permettent la mise en avant de scénarios plus complexes, et plus seulement de trame simpliste ou de captation d'arcade sur console. A la même époque on voit apparaître Tomb Raider : Lara Croft (Core Design, 1996), la première véritable héroïne de jeu vidéo, et Les Sims (Maxis, 2000), le premier jeu genré à avoir un véritable succès. Les femmes commencent donc à s'approprier les consoles et les PC, même si la communauté reste largement masculine.
Avec l'arrivée des MMO, des communautés se forment sur deux types de jeu en particulier : Les FPS (First Personal Shooter) et les RPG (Rôle Playing Game), les femmes sont alors confrontées au machisme ambiant qui règne dans ces communautés.
Il y a environ deux mois Mar_Lard, une twitteuse assidue, joueuse et travaillant dans le milieu du jeu vidéo, a publié un dossier d'environ 100 pages, dévoilant la violence subit par les femmes dans les jeux vidéos : Insultes, Harcèlement, Avances Sexuelles, Etc... « Les femmes ne doivent pas se revendiquer femme sous peine de subir ces brimades et ces agressions. » commente Mar_Lard, mais comment faire quand la plupart des jeux en ligne demande l'utilisation d'un micro ? Mais surtout pourquoi légitimer ces comportements et demander à la victime de faire des efforts ?
Le dossier a fait grand bruit dans la communauté, et beaucoup ont réagi sur le sujet de façon plus ou moins intelligente. Le fait est que ce « coup de pied dans la fourmilière » à eut un effet, celui de faire prendre conscience du problème.
Ce que n'a en revanche pas fait Mar_Lard, sauf lors d'une interview auprès du chroniqueur Usul de Jeuxvidéo.com, c'est défendre aussi les joueurs gays, ou « gaymers ». Minoritaires eux aussi, ils subissent aussi de nombreuses attaques. Une des insultes favorites des joueurs étant justement « gay ». Sans pour autant dire qu'ils le sont, les gaymers peuvent dont se sentir blessés par le comportement de leur homologues hétéros. Quelques voix s'élèvent contre ces injustices mais le problème persiste. En effet la conception même d'un héros potentiellement gay à suffit à faire scandale et la violence de certains propos sont simplement scandaleux : « Je ne joue pas avec un PD », « Vous êtes tous des tantouzes », « Bande de gays ».

Du Côté Des Développeurs...

Les jeux vidéos représentent leur époque, par exemple, en ce moment, dans les jeux de guerre publiés par les développeurs américains, on doit combattre des extrémistes musulmans. Pour ce qui est de la vision des femmes et des gays, il en va de même. Si dans les années 80-90 la mode était aux femmes amoureuses et en détresse et aux gays cuir-moustache, les années 90 sont une période charnière. La femme devient plus indépendantes et les homos deviennent une minorité invisible. Si la femme devient de plus en plus forte et plus fière jusqu'au jeu Bayonetta (Platinium Game, 2009) présentant une femme hyper-sexuée et ultra-féministe dans le premier rôle, les gays restent minoritaires jusqu'à l'événement créer par Bioware avec Mass Effect 3 (Bioware, 2012) proposant au personnage principal d'être gay, hétéro, ou lesbienne. Coup marketing ou pas, le jeu inclut un héros potentiellement homo sans être une caricature. Il semble que Bioware n'ait cependant pas compris les revendications des gaymers puisque le jeu Star Wars : The Old Republic (Bioware, 2011), propose une planète gay, sorte de ghetto galactique que les joueurs homos comme hétéros trouvent de mauvais goût.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un développeur fait un faux pas, les guildes et clans gays furent interdit sur World Of Warcraft (Blizzard, 2004) et les mots « gays, homosexuels, etc... » bannis du forum pour éviter les insultes mais cela empêchait aussi de parler du problème.

Conclusion...

Si Bioware et d'autres commencent à proposer des RPG et des options de plus ou moins bon goût, permettant une véritable immersion des gaymers, la communauté des joueurs n'est pas prête à faire de même. Les joueurs doivent apprendre à accepter les femmes et les gays afin que chacun profite au maximum de l'expérience vidéo-ludique. De plus, l'intolérance des joueurs fait défaut à la défense qu'ils font vis-à-vis des médias dominants qui incriminent de façon constante la pratique du jeu vidéo.