William* est un jeune homme de 20 ans, étudiant en 3 ème année de droit. Il quitte deux à trois fois par semaine sa vie estudiantine pour un autre monde plus obscure : celui de l'escorting. Reportage .

Originaire de Bordeaux, issu d'une famille aisée, William a commencé l'escorting à l'âge de 18 ans. Dès son arrivée sur paris, il se rend très vite compte que le pécule mensuelle que ses parents lui versent, ne lui suffit plus. Dans le besoin, William prend un aller simple pour une autre vie.«  Je n'ai pas fait cela pour payer mon loyer, mes frais d'études ou de vie quotidienne mais parce que j'aimais l'argent, le luxe, les beaux vêtements, les voyages, les restaurants... » 

«  à 18 ans je touchais en une semaine, ce que mes amis gagnaient en 1 mois pendant l'été »

Il me raconte alors sa première aventure. Un soir William se rend dans un restaurant de la capitale. Sur place un homme chef d'affaire l'attend l'air un peu gêné. «  J'étais très excité et en même temps très nerveux ».C'est alors qu'ils échangent leurs premiers mots, ils parlent d'eux, de leurs vies respectives. Le contact semble passer, le jeu de « séduction » se met en place, un dernier verre, et s'en vont comme s'ils se connaissaient depuis toujours. La suite de la soirée, il la passe en compagnie de cette homme dans un somptueux Hôtel Parisien. Le lendemain à 6h, il récupère son argent et s'en va.  « J'avais des étoiles pleins les yeux , à 18 ans la vie semblait s'offrir à moi. »

Il m'explique alors comment marche son « business » .Dans ces débuts William fait le choix de s' inscrire sur plusieurs sites privés (payants) d'escorting : «  comme l'accès y était payant je ne risquais pas d'être vu par quelqu'un qui tombe dessus par hasard mais seulement par quelqu'un qui recherche». Charmant garçon au physique très attractif, les clients afflux. Ils ont entre 35 et 50 ans, très souvent mariés et ont de bonnes situations financières. Ils sont triés sur le volet, William à l'envergure du choix et sélectionne ses clients selon ses goûts.
« Ce sont souvent des gens avec des boulots dans l'économie, la finance qui sont amenés à voyager »

Lorsque je lui demande qui est au courant de sa situation, William me répond :« personne ». Il a choisit le silence, il a préféré rester dans le secret de peur d'être jugé. Ici ,à Paris, il vit seul et personne ne contrôle ses allers et venues. «  Je n'ai jamais croisé une connaissance en étant avec un client, l'avantage des villes comme Paris c'est qu'elles offrent un certain anonymat. ».

Quand je lui demande si ce secret n'est pas trop lourd à porter il me dit que non, qu'il préfère ne pas en parler . William prétexte d'abord que le caractère intime de la relation qu'il entretien avec ses clients ne s'y prête pas, avant d'ajouter que c'est aussi très péjoratif de parler de ce qu'il fait . Selon lui, les gens ne comprennent pas ce qu'il vit : « beaucoup ont une conception assez "sacrée" des rapports sexuels , il doit y avoir de l'amour » alors que dans sa situation William couche sans amour ou affection, ce n'est qu'une source de plaisir. « J'aime le sexe et je suis très décomplexé à ce niveau la, je prends du plaisir avec chaque client car je les sélectionnent ».

« Eux ce sentent sans doutes plus proches de moi que je ne le suis d'eux. »

Quoi qu'il en soit, William se protège toujours lors de ses rapports et ne va jamais plus loin que le politiquement correcte : « Je n'ai jamais franchi mes limites sexuelles pour satisfaire un client, si je n'aime pas quelque chose je ne le fais pas » ce à quoi il rajoute : «  tout cela se fait dans un respect réciproque ». Avec ses clients William nous confie avoir une relation intense et être respecté. Si nombreuses sont les personnes à y voir un simple acte de « consommation », William soutient apporter plus qu'un plaisir d'ordre sexuel, « quand je suis avec eux, je suis leur confident, celui qui les fait rire, les écoute, je leur donne l'attention qu'ils n'ont pas », il rajoute : « mais eux se sentent sans doute plus proches de moi que je ne le suis d'eux. » Ce sont ces hommes de l'ombre, qui partent à la recherche d'un peu d'affection et de compagnie. Lorsqu'ils sont avec William, ils se confient  « J'ai des dossiers sur chacun d'eux sur ce qu'ils aiment » ce qui leur permettent de maintenir une illusion de proximité.

La peur ? William ne connaît pas ce sentiment  même si avant chaque rendez vous persiste en lui une certaine appréhension , ce qu'il justifie en disant : « c'est normal, je pars en terre inconnue, mais ça s'estompe très rapidement quand je suis avec la personne ».


Nous abordons alors ensemble la question de l'argent, combien tout cela lui rapporte . C'est extrêmement variable d'un mois à l'autre en fonction du temps qu'il y consacre . William peut toucher jusqu'à 3000¤ par semaines. « Je touche environ 120-150 euros par heure passées avec un client et les frais annexes sont à sa charge ».

De l'autre côté du mur, William est un « enfant sage », il satisfait aux exigences de son père pharmacien et de sa mère médecin anesthésiste . Il est étudiant en troisième année de licence en droit. Il est passionné de boxe depuis ses 12 ans, de natation, il peint et s'intéresse à l'art. S'il a choisit ce monde, c'est aussi due à ce que le monde à fait de lui : un consommateur en masse.

Est ce le prix à payer pour se sentir véritablement heureux ? William est catégorique, « non ». «  Je ne le conseillerai à personne ». Au delà de l'aspect monétaire, William est quelque peu devenu « esclave » de sa situation : de son propre corps, de ses propres gestes et paroles «  il faut savoir se vêtir pour toute situation, parler anglais, savoir séduire, trouver le temps pour entretenir son corps » rajoutant «  on doit toujours être au top ».



Son prochain rendez vous, William le passera ce soir à 20h, chez un Parisien. Il le connaît, l'a déjà vu une dizaine de fois.



* par souci d'anonymat son prénom a été modifié