A lire avant toute lecture !

Sans Préjugés

"Un jour, ma professeure de français nous a donné cette citation extraite des Essais de Montaigne : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi » ».
Ma façon de voir les choses à changer depuis que je l'ai rencontré, lui. J'aime un garçon mais je ne suis pas gay. Je ne suis pas attiré par eux, juste par lui. Le jour où je l'ai rencontré tout a changé. Je l'aime parce que c'est lui et parce que c'est moi : nous ne faisons qu'un.





Léo Muller-Smith









Chapitre 1 : Un accident



Les feuilles orangées se détachaient des arbres et semblaient flotter l'espace d'une seconde comme si le temps s'arrêtait de tourner. Le halo bleu, formé par le lampadaire au pied de notre maison, laissait entrevoir le tapis de feuilles mortes qui s'étaient entassées depuis un mois, par intermittence, sur la route goudronnée.
Cela faisait au moins une heure que je regardais par la fenêtre de ma chambre, essayant vainement de répondre aux questions qui se bousculaient dans mon esprit.
La lune était pleine et les étoiles brillaient fermement dans le ciel comme si elles insistaient pour qu'on les regarde et qu'on les attrape.
« Pourquoi les gens sont si différents entre eux ? »
« Suis-je si différent des autres ? »

Pourquoi toutes ces questions qui sans cesse se bousculaient dans ma tête ? Je ne le sais pas moi-même : peut-être que quelqu'un arrivera à me donner des réponses.
Tout a changé depuis quelques mois. Le déménagement à Liriac avait bouleversé toute ma vie. Mes parents ne se rendaient vraiment pas compte de ce qu'ils avaient fait. Tout cela parce que mon père n'avait plus envie de voir cette satané pluie... J'avais tout perdu et il avait bien fallu tout reconstruire...

Un bruit sourd contre la fenêtre me sortit de ma réflexion.

J'ouvris la fenêtre et une légère brise vint caresser le peu de cheveux qu'il me restait : Bryan avait absolument voulu qu'on aille se couper les cheveux pendant l'hiver.

- David ? David, tu dors ou quoi ?

Bryan, la seule personne à m'avoir adressé la parole depuis que j'étais arrivé me regardait depuis le portillon du jardin. Bryan était grand, blond avec de grands yeux bleus et avait un physique d'athlète. Son visage était bien dessiné, son nez très fin et son menton bien arrondi. Il était quaterback de l'équipe des Reindeers de Liriac, toutes les filles lui couraient littéralement après. L'image type du garçon que toutes les filles voulaient pour elles toutes seules. Il y en avait même qui, paraît-il, s'était battues pour pouvoir s'asseoir à côté de lui à la cafétéria. Ce n'était pas seulement un garçon mais il avait déjà l'allure d'une star J'avais toujours voulu entrer dans une équipe de football américain mais je n'en avais jamais vraiment eu le courage préférant me résoudre à l'image que les autres avaient de moi. Il n'y avait que Bryan qui ne m'avait pas jugé sur les apparences.

- David ! Arrête de rêver et viens m'ouvrir. Ça fait dix minutes que je t'appelle sur ton portable ! dit-il d'un ton exaspéré.
- Excuse moi. J'arrive !

Je sortis de ma chambre, dévalai l'escalier en spirale depuis le premier étage, passai devant le salon en saluant ma mère qui était toujours sur le divan en train de regarder je ne sais quelle série à l'eau de rose. J'ouvris la porte pour laisser entrer Bryan. A peine rentré, il me salua et fila dans le salon dire bonjour à ma mère comme à son habitude.

- Bonsoir Madame Gomez.
- Ah, bonsoir Bryan, dit elle avec un sourire. Mais qu'est- ce que tu fais là si tard ?
- En fait, maman, j'aurais voulu savoir si Bryan pouvait rester dormir ce soir ?
- Pas de problème. De toute façon ton père est en voyage d'affaires et tes deux frères dorment chez des amis ce soir donc on ne sera que tous les trois. Et tes parents sont d'accord ?
- Mon père sait que je ne dors pas à la maison et ma mère travaille cette nuit.
- Alors c'est d'accord. Tu peux rester dormir.
- Merci maman, dis-je en l'embrassant.


Je marchai jusqu'à l'escalier, Bryan sur mes talons et escaladant les marches quatre à quatre nous nous précipitâmes dans ma chambre.
Celle-ci était plutôt grande, des posters de séries ou de vieux films que j'aimais bien étaient affichés partout. Je n'étais pas réellement organisé mais j'avais rangé l'important dans l'après-midi après les cours. Mon bureau était propre, les papiers importants, empilés correctement sur la table basse qui traînait au milieu de la pièce. Ma mère avait changé les draps le matin même et avait opté pour la couette de New York où j'avais toujours rêvé d'aller.
Bryan posa son sac de sport avec ses affaires au pied de mon lit, enleva ses chaussures et s'allongea sur le lit.

- Dure journée hein ?
- Tu l'as dit, répondis-je en acquiescant de la tête. Cette professeure de philosophie est devenue folle. Tu as vu ce qu'elle nous a donné comme devoir ? J'ai passé mon après-midi dessus.
- Parle pour toi je l'ai même pas encore commencé sa dissertation. En même temps c'est pour lundi et on n'est que vendredi.
- Je préfèrais la faire comme ça j'en étais débarassé pour le moment. Alors raconte ce rendez-vous avec Laura ?
- Une catastrophe... Et puis de toute façon je ne suis pas sûr que j'avais réellement envie d'aller au cinéma avec elle. Au fait tu sais qu'on joue demain contre les Warriors de Bergham ?
- Je sais, j'ai déjà la caméra pour filmer vos exploits. Il va être magnifique ce match.
- Oui c'est sûr. Il promet des surprises ! Surtout que le coach a préparé des jeux spéciaux pour ce match qui rendrait jaloux n'importe quel coach.

Nous continuâmes à parler encore un petit peu jusqu'à 00h30. Nous commencions à sentir la fatigue peser sur nos épaules. Chaque fois qu'un de nous deux baillait aux corneilles l'autre répondait aussitôt.

- Bryan ?
- Oui ?
- Ça ne te dérange pas qu'on dorme dans le même lit ce soir ? Mes frères ont emporté les sacs de couchage et on n'en a plus aucun.
- Non, pas de problème. On est pote tous les deux non ?
- Oui enfin c'est juste que...
- David tu vas pas recommencer... T'es sérieusement lourd à te préoccuper du regard des autres, okay ? Personne ne saura rien et puis de toute façon on est des meilleurs amis non ? Bon ben le problème est réglé.

Bryan enleva son T-shirt bleu des Diamonds d'Atlanta et laissa entrevoir les deux pendentifs qu'il portait au cou et dont il ne se séparait jamais : sa dent de requin et un pendentif rectangulaire avec toutes les couleurs existantes dont je n'avais jamais compris la réelle signification...
Après avoir passé un T-shirt plus léger il enfila un short à la place de son Jean et s'affala sur le lit.

- Je suis claqué ! s'exclama t-il dans un soupir de lassitude.
- On va dormir comme des gros bébés je crois.
- Oui c'est sûr, répondit-il en fermant les yeux et en se couchant sur le flanc dos à la fenêtre.

J'avais presque fini de me changer : le torse nu et un short bleu marine portant les inscriptions DFG avaient remplacé le jean délavé et le Polo des Buffaloes de Rimcity. Je m'affalai sur le lit à côté de mon meilleur ami qui avait déjà succombé au sommeil.
Je rabattis la couette sur lui et tirai le rideau pour empêcher la lumière d'entrer le lendemain. Je m'assis sur le bord du lit et le regardai abandonné à ses rêves. Il dormait déjà à poings fermés, il avait dû passer une journée éprouvante. Il paraissait si fragile comme ça, lui qui pourtant était la personne la plus crainte de tout le lycée... Une ligne parfaite, les muscles saillants, il dormait recroquevillé sur lui-même. L'image type d'un garçon solide à l'extérieur qui au final est fragile à l'intérieur. Ses cheveux blonds étaient décoiffés un peu comme s'il avait tenté de se donner une image de mauvais garçon. Au fond, il était un peu comme moi, redoutant le regard des autres sur son physique qui pourtant faisait des jaloux dans les vestiaires. 75 kilos, 1m85, 17 ans, un physique d'athlète pur, on pouvait voir des abdominaux bien entraînés, les muscles pectoraux bien visibles résultat des exercices qu'il s'imposait chaque matin.
Heureusement qu'il m'avait accueilli à mon arrivée, sans cela je serais encore tout seul à me demander ce que je faisais là...
Je me retournai dans mon lit cherchant vainement à trouver le sommeil.


Je me réveillai en sursaut, en sueur malgré le froid qui régnait dans la chambre. J'avais dû encore faire un de ces cauchemars où je voyais tout le monde mourir et me retrouver tout seul sans personne à qui parler.

Bryan remua et je me rendis compte qu'il était tout près de moi ou était-ce moi qui m'était rapproché de lui ? Bryan savait que je n'allais pas bien. Il m'écoutait toujours me vider l'esprit de toutes ces questions et essayait de répondre tant bien que mal. Il était si mignon - je ne dis pas ça parce que j'aime les garçons, qu'on soit bien d'accord, mais faut dire qu'il ressemblait un peu à un être chétif quand il dormait.
C'est drôle on avait eu cette discussion quelques jours avant sur l'amour entre deux garçons. Il avait sa position et moi la mienne. Lui ne pouvait même pas y penser alors que moi je ne savais pas... En même temps en étant objectif je n'étais jamais sorti avec personne. Comment le saurais-je ? Bon d'accord je sais que 95% des gens sont amoureux d'une personne de sexe opposée mais et si ça m'arrivait à moi je ferais comment ?

Si les autres imaginaient juste un seul instant le nombre de questions que je peux me poser en une journée. Il y en a qui auraient mal à la tête, je peux le garantir. La réputation me précédant, de toute façon, tout le monde savait au lycée que je n'étais sorti avec personne.
En même temps qui aurait voulu de quelqu'un qui ne fait pas de musculation comme les autres garçons ? Peut-être tout simplement parce que je n'étais encore prêt à faire ce pas. En même temps il fallait trouver l'envie non ?

Je me recouchai laissant mes pensées tourner dans ma tête pour trouver le sommeil. Il était déjà tard et j'étais fatigué...


La sonnerie stridente du réveil me réveilla à 8h pile. Je crus qu'il y avait le feu quelque part. Ça me surprit tellement que je fis un bond énorme dans mon lit. Le problème c'était que le réveil se trouvait du côté de Bryan et qu'il n'arrivait jamais à se lever avec le son de mon réveil, il faut dire que la sonnerie est quand même très légère, ce qui voulait dire que j'allais encore devoir me lever pour l'éteindre.
Je fis le tour du lit pour appuyer sur « Snooze ». En même temps ce n'était pas difficile d'éteindre le réveil que mon père m'avait acheté puisque le bouton « snooze » était le seul gros bouton gris qui siégeait en haut du réveil. J'avais même vu que le réveil de Bryan pouvait afficher l'heure sur les murs en tout cas le mien n'avait pas cette fonctionnalité. Il affichait juste l'heure avec des gros chiffres rouges qui faisaient mal aux yeux quand on se réveillait la nuit, le regard tourné vers ce réveil. C'est pourquoi j'avais pris l'habitude de toujours m'endormir dans l'autre sens, donc côté porte de mon placard.

Je soulevai donc la couette, poussai Bryan en lui disant qu'il serait peut-être temps de se lever, j'attrapai un peignoir et pénètrai dans la salle de bain commune. Comme à son habitude, Josh et Chris, mes petits frères, avaient encore utilisé la salle de bain comme terrain de jeux ce qui impliquait donc que tout était sur le sol et en désordre. Du shampoing plein la baignoire, du rouge à lèvre plein le lavabo et sur la vitre, toutes les lotions de ma mère et les produits de rasage de mon père étaient éparpillés sur le sol. Toutes mes affaires étaient quant à elles entassées dans un des lavabo et mes frères avaient dû s'amuser à les arroser. C'était toujours comme ça avec eux et là encore ce n'était rien, un jour ils avaient fait déborder la baignoire ce qui avait provoqué une infiltration dans la cuisine située juste en dessous.
Je nettoyai donc la baignoire, rangeai mes affaires, sortis mon gel douche et mon shampoing.
Après avoir enlevé mon boxer et fermé le loquet de la salle de bain je coulai un bon bain chaud comme je les aime, ça m'aide à réfléchir et à me détendre. Je m'installai donc dedans c'était un peu brûlant mais supportable.


Après m'être totalement séché et après avoir vidé l'eau de la baignoire j'enfilai mon peignoire. J'ouvris la salle de bain et je marchai jusqu'à ma chambre pour y trouver Bryan étendu de tout son long sur le lit. Il ouvrit un oeil et me dit :
- ça y est ! Tu as fini ? C'est pas trop tôt ! Je commencais par me demander si tu ne t'étais pas noyé.
Il partit d'un grand éclat de rire, se leva et partit dans la salle de bain.
Je ne voyais pas ce qu'il y avait de très drôle de mourir noyé dans sa salle de bain mais c'était pour plaisanter et une plaisanterie de bon matin ça fait toujours sourire.
En plus, là où la blague de Bryan était ironique, c'est que lui-même mettrait deux fois plus de temps que moi à se laver. Rien que d'y penser je rigolais intérieurement.
Après avoir enfilé un T-Shirt des Steelers, équipe que Bryan détestait le plus au monde, un jean plutôt sombre, une ceinture, des chaussettes blanches et un Teddy offert par l'équipe des Reindeers de Liriac, j'essayai de ranger un peu ma chambre qui depuis que j'y étais entré avec Bryan était un plus dérangée qu'avant.
Mes affaires sales partirent dans le bac à linge couleur pomme que ma mère avait absolument voulu prendre lorsque l'on était passé à Rimcity. Vu que la couleur n'allait pas très bien avec le bleu océan du papier peint, je m'étais arrangé pour le mettre derrière la porte de ma chambre.
Je rangeai mon sac de cours et empilai mes cahiers et classeurs sur le bureau bien soigneusement. Je ramassai les quelques sachets de chips Pangres qu'on avait ouvert en discutant la veille, je remis la couette du lit en place, posai le sac de Bryan sur la couette et m'allongeai sur le lit après avoir fini de ranger ce qui traînait.

Bryan, venait à peine de sortir de la salle de bain, que j'entendis un bruit de verre brisé venant de la salle à manger. Je me précipitai donc dans l'escalier et je fonçai dans la cuisine. Il y avait des bouts de verre partout et j'ai surtout remarqué qu'il manquait les deux vases posés sur le bar. Heureusement ma mère les avait vidés quelques jours plus tôt voyant que les fleurs qui étaient dedans avaient fané. Bryan m'avait rejoint serviette autour de la taille et pieds nus. Il essayait désespérément d'éviter les bouts de verre pour chercher qui ou quoi avait pu faire ce bruit. Je fis le tour du bar et découvris ma mère allongée sur le sol, face contre terre, inconsciente.

- Bryan ! Vite le téléphone !

Ma première réaction fut de chercher son pouls. Mais j'avais beau essayer le poignet, le cou, je ne le trouvais pas. Son ventre ne se soulevait plus...
Elle ne respirait plus.

Pour le Chapitre 2, c'est ici =)


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