Je l'ai rencontré au milieu d'un carrefour; pile poil à la croisée des chemins entre ma vie et la sienne.
Il aspirait à une rencontre. Et je cherchais quelqu'un comme lui.
Nous nous sommes finalement rencontrés. Une fois. Deux fois. Et puis plus rien.

Alors ce « rien » n'est pas qu'une forme de survie dans la douceur de vivre ; c'est aussi pour moi un manque, rude et profond, comme la perte d'un rêve.

Son nom, royal mais pas impérial, m'a tout de suite charmé. Il écrivait bien. Il avait des mots simples comme son franc parler. Et rien que pour cela j'ai aimé souhaité le rencontrer.

Il cherchait à trouver quelque chose qui s'apparentait à une aventure ; mais je n'ai pas compris vraiment quels genres de sensations il souhaitait vivre. Moi en tout cas je n'y survivrais pas. Je le sais aujourd'hui.

Il était drôle avec ses petites lunettes et son air d'étudiant nonchalant. Il parle aussi bien qu'il écrit. Il me parle aussi bien que lorsqu'il me prête respect et bienveillance dans ses courriers.

Une fois. Deux fois. Et puis il s'en va.

Pourquoi n'a-t-il pas poursuivi ? Je n'ai à ce jour pas compris. Mais j'ai appris que rien n'est acquis dans l'univers des rencontres. Oh, je savais bien que je n'étais qu'une date et un lieu dans le maquis de ses rendez-vous nocturnes. Oh, je savais bien que tout cela aurait une fin. Oh je savais bien que pour lui ce jeu était un simple instant alors que pour moi il devenait peu à peu une douceur de vivre. Une infinie et presque éternelle parcelle de sourire, de sourire à la vie, aux sensations..., aux sentiments et aux émotions.

Je vais y survivre.

Survivre à ce qui n'est même pas une rupture du continuum espace-temps de ma propre vie.
Mais c'est toujours le même grand soupir de perplexité qui survient..

Naturellement, je m'efforce de ne pas lui en vouloir. Son choix me paraît pourtant lucide et compréhensible. Peut-être qu'à sa place j'aurai certainement fait de même.
Il n'a commis aucune erreur, encore moins de "faute". Il poursuit simplement son chemin.

Au-delà de cette frustration de ne pouvoir continuer ensemble, demeurent certaines inconnues.

Pourquoi n'ai-je pas su répondre à sa demande ?

Une fois. Deux fois. Et il reste dans ma mémoire comme lorsque je l'ai rencontré un soir.

Il se faufile entre deux poteaux et cela me fais rire. Il frissonne dans son blouson et j'ai envie de le réchauffer. Il doute de son avenir et j'ai envie de l'épauler. Le consoler lors de ses questionnements aurait été pour moi l'expression de mon infinie passion pour lui.
Le voir essayer des vêtements aurait été pour moi une frémissante motivation.
Le voir lire un auteur aurait été pour moi une immense satisfaction.
Le voir se glisser entre les draps aurait été pour moi une tendre émotion.
Le voir arriver au loin, au bout de cette rue aurait été pour moi le printemps animé.
Le voir se blottir dans mes bras aurait été le choix de le regarder dormir.

Une fois. Deux fois. Et c'est son sourire qui me reste en mémoire.