Le 14 juin c'est la journée internationale du don du sang, et comme tous les ans, il y a fort à parier que la campagne transformera les donneurs en super-héros, chose à laquelle nous n'avons pas le droit de prétendre.

Si les super-héros ont un tel succès au cinéma et en produits dérivés, n'est-ce pas parce que l'on aimerait tous leur ressembler ? C'est en tout cas ce que proposera certainement, comme les autres années (voir l'image à droite), la campagne de don du sang de l'EFS (l'établissement français du sang) chargé de récolter, préparer et distribuer les produits sanguins labiles (sang, plasma, plaquettes) en France.

Cette campagne est nécessaire car le don du sang est vital pour la France comme pour les autres pays, et la demande est de plus en plus forte à cause entre autres de l'augmentation de la durée de vie, mais aussi des progrès de la médecine qui développe des traitements à partir de produits sanguins. Accompagnée de diverses actions de sensibilisation comme dans les lycées ou chez les medecins, elle permet à l'EFS d'être pour le moment autosuffisant dans la récolte et la distribution de produits sanguins en France. Il y a en effet 1.7 millions de donneurs qui donnent 1.8 fois leur sang par an, ce qui permet d'avoir un offre de 3.06 millions de pochettes pour 3 millions de distribuées. En théorie et en pratique, l'EFS couvre entièrement ces besoins actuels, mais si demain, l'EFS récoltait encore plus de don, elle les utiliserait tous, car il partirait dans d'autres domaines, tel que la recherche. Il est donc important de ne pas diminuer le nombre de donneur, objectif atteint grâce au différentes campagnes, mais il serait aussi très important d'augmenter le nombre de donneurs pour prévenir l'augmentation des demandes et permettre des progrets plus rapide dans la médecine.

Mais comment augmenter le nombre de dons ?
Pour ça, il faudrait que le nombre de donneurs augmente ou/et qu'ils donnent leur sang plus souvent. Les deux peuvent se faire via des sensibilisations, mais pour augmenter le nombre de donneurs, il y a un autre méthode qui est d'autoriser plus de gens à donner leur sang, car oui, nous n'en avons pas tous le droit, et si tu lis ces lignes, il y a des chances que tu sois concerné.
En théorie, l'exclusion touche :

  • à vie les personnes ayant subi une transfusion, une greffe d'organe, pris certains types de médicaments, s'étant injecté de la drogue, étant atteint par des IST ou ayant un partenaire atteint d'IST.
  • pour 4 mois les personnes ayant eu plusieurs partenaires sexuels, subi des tatouages ou des piercings, voyagé dans des zones à risque.
  • les femmes enceintes ou ayant accouché moins de 6 mois auparavant.
  • à vie les hommes ayant eu des rapports sexuels avec d'autres hommes.

Dans la pratique, cela touche aussi certaines femmes ayant eu des rapports sexuels avec une autre femme dans leur vie.

Les deux derniers points sont ceux sur lesquelles je voulait discuter. En effet, ils partent du principe que les hommes ayant eu des rapports avec d'autres hommes dans leur vie, sont quasiment tous atteint d'IST, et ce sont donc 5% (part d'hommes estimée la plus basse ayant eu des relations sexuelles avec d'autres hommes au cours de leur vie) de personnes qui, même si elles le voulaient ne pourraient pas donner leur sang, alors que chaque don est par la suite analysé et dépisté.

Faisons rapidement un calcul théorique. Je vous disais que chaque année 1.7 million de donneurs donnaient 1.8 fois leur sang par an. En augmentant ce chiffre de 5% (afin de considérer que le même pourcentage de personnes ayant eu des rapports avec un homme iraient donner leur sang que les personnes pouvant donner leur sang irait le donner), nous obtiendront théoriquement 3.213 millions de dons par an. La variation peut sembler faible, mais c'est énorme.
Mais ces chiffres ne tiennent évidement pas compte d'une réalité, qui est que les homosexuels et bisexuels masculins sont plus touchés par les IST que les autres catégories de la population. Le pourcentage le plus grand que j'ai pu trouver est autour de 10%.
En tenant compte donc compte que 10% des donneurs homosexuels se feraient refuser leur don, on obtient tous de même 3.1977 dons annuels.

Ces chiffres sont théoriques et pourraient être plus faible car ils ne tiennent pas compte, que bien que non-légal, certains hommes ayant eu des rapports avec d'autres hommes, font tous de même des dons.


Ils pourraient aussi être plus grands car :

  • ils ne tiennent pas compte du fait que les hommes non homosexuels et bisexuels ont aussi des IST.
  • ils partent des pourcentages les plus faibles ou les plus grands à la défaveur du calcul.
  • ils ne tiennent pas compte d'un possible engouement du au fait du retrait de cette restriction.
  • ils ne tiennent pas compte que parmi les 5% de personnes pouvant être exclues par le critère des rapports entre hommes, tous ne sont pas homosexuels.

Ainsi, en ouvrant le don du sang à toutes les orientations sexuelles, l'EFS bénéficierait dans tous les cas, d'un nombre de dons plus important, sans pour autant augmenter les risques, et permettrait de diminuer la discrimination en France.

Et vous, voudriez-vous devenir un super-héros ?