Quoi de plus drôle qu'un homme déguisé en femme dansant maladroitement sur du Tchaïkovski ou du Léon Minkus ?! Bien que ces hommes aient tout pour frôler le ridicule, jamais ils ne l'atteignent. Les ballets Trockadero de Monte Carlo est une compagnie de danse New Yorkaise née en 1974, quelques années après les émeutes de Stonewall, considérées comme des évènements majeurs de lutte gay et lesbienne contre un gouvernement homophobe. La troupe, entièrement constituée d'hommes, revisite le répertoire académique des ballets classiques en mêlant second degré, technique et grâce.

Née en 1974, Le concept original des Ballets du Trockadero reste le même.  Selon Tory Dobrin, directeur artistique de la compagnie, les « Trocks » (danseurs des ballets du Trockadero) sont nées où le théâtre de travestis a connu son heure de gloire à New York c'est à dire dans les bars. L’homme ayant eu l’idée de ce concept est le fondateur de la Ridiculous Theatrical Company, Charles Ludlam. Il demanda à l’un de ses amis, Larry Ray de lui présenter une scène de la mort du cygne, célèbre séquence finale du ballet Le lac des cygnes. C’est ainsi qu’est née le concept des ballerines drag et quelques années plus tard, arrive la création des Ballets du Trockadero de Monte Carlo. Les représentations se faisaient dans de petits théâtres « down town » vers minuit. Le succès est très vite arrivé, en témoigne la visite des plus grands danseurs de tous les temps comme Balanchine, Baryschnikov ainsi que Noureev. Leur nom est inspiré des ballets russes arrivés en Europe grâce à Serge de Diaghilev, organisateur de spectacles, critique d’art, protecteur des artistes et impresario russe.    

 Ce qui fait la particularité de cette compagnie est la présence exclusive d’hommes, de danseurs professionnels, interprétant le répertoire de la danse classique. Un homme en tutu fait rire, ils le savent très bien et même ils en jouent. D'abord une danseuse entre en scène, ses mouvements sont gracieux, légers, mais très vite quelque chose nous trouble, la danseuse semble plus costaude qu’à la normale. L’effet comique nous bouscule en parodiant les faiblesses, les incidents qui peuvent surgir lors d’un ballet classique, exemple : les chutes, les erreurs de mouvements, coups de pieds aux fesses, glissades et dérapages, lâché de partenaires dans le décor,…     

Très vite, le coté humoristique et ridicule laisse place à l’étonnement. En effet, les danseurs des ballets Trockadero sont munis d’une technique inégalable. Nous pouvons affirmer qu’ils ont su parfaitement unir le masculin et féminin, le classique et le comique, le sérieux et le moqueur. Sans compter leur morphologie, ils ont les mêmes capacités que les plus grandes danseuses, c’est-à-dire la grandeur, la technique, la souplesse, et la grâce, ce qui met en valeur la danse en tant qu’expression artistique et non de la ridiculiser. L'un des buts de cette compagnie est de démystifier cet art classique et droit qu’est la danse, ce qui est très réussi.     

La troupe agrandit son nombre de contact et se produit aujourd’hui au profit d’organisations internationales contre le sida par exemple, avec les associations Dancers Responding to Aids, Classicals Action à New York, the Life Ball à Vienne, Dancers for life à Toronto. Les trocks participent également à des représentations de bienséance pour le Rochester City Ballet et le Connecticut Ballet Theater. Aujourd’hui, les ballets Trockadero de Monte Carlo ont joué sur les plus grandes scènes de spectacle comme aux Folies Bergères, à l’Opéra, où sur les scènes de Broadway. Les danseurs, grâce à leur talent, et leur enthousiasme, ont réussi à convaincre les plus grands spécialistes de la danse et selon Tory Dobrin, c’est « de la danse de qualité, de la comédie, des ballets intéressants, de merveilleux costumes, de la bonne musique, des interprètes solides et matures » qui ont fait la réussite de la troupe.