Le génial Alan Turing, héros de la seconde guerre mondiale, mathématicien de talent et père de l'informatique s'est enfin vu accorder la grâce royale le mardi 24 novembre 2013 pour son homosexualité qualifiée d'« indécence manifeste et de perversion sexuelle » en 1952.

Alan Turing fait figure de génie dans le paysage historique et scientifique. : il a été mathématicien, cryptologue, informaticien et est parvenu avec l’équipe de Bletchey Park à casser le code nazi Enigma. Ses nombreux travaux sur la calculabilité et la logique mathématique prennent tout leurs sens quand on observe la fulgurante diffusion des ordinateurs dans la seconde moitié du XX siècle. Il serait impossible de dresser un portrait complet de cet homme extraordinaire en quelques lignes. On ne peut qu'encourager les lecteurs du présent article à aller faire quelques recherches sur cet homme exceptionnel (le site Wikipedia fournit par exemple une biographie complète de Turing).

L’homme ne faisait aucun mystère quant à son orientation sexuelle : il ne cachait pas ses aventures homosexuelles. Malheureusement, la justice le rattrapera à l’occasion d’un fait divers. Cambriolé une nuit, Turing porte plainte. La plainte ayant porté ses fruits, le cambrioleur est arrêté mais révèle que son complice était un ancien amant de Turing. Fidèle à lui-même, Turing ne nie pas cette ancienne relation, ce qui les fera condamner tous deux pour « indécence manifeste et perversion sexuelle » selon les termes de la loi britanique sur la sodomie.

Le contexte historique jouera en défaveur de Turing puisque l'État d'Angleterre, plongé en pleine guerre froide, craint une trahison où des contre-espions russes abuseraient de l'homosexualité de Turing (comme ce fût le cas pour plusieurs intellectuels). Rendez-vous compte du paradoxe où un héros de guerre qui a précipité la chute de l'Allemagne nazie se voit classé comme personne "peu fiable". Un horrible dilemne s'imposera à Turing : la prison ou la castration chimique. Le mathématicien choisiera la seconde option.

Malheureusement, cette prise massive d'oestrogène (hormone dite féminine) provoquera de nombreux changements physiques chez Turing. L'apparition de seins sera notamment source de honte. Éprouvé par cette humiliation, Turing se suicidera par empoisonnement au cyanure. L'homme croquera une pomme empoisonnée le 7 juin 1954 (acte sûremment inspiré de son long métrage préféré : Blanche Neige et les sept nains pour lequel il avait développé une fascination).

De nombreuses pétitions avaient circulé pour obtenir des excuses officielles. Par exemple en 2009, l'informaticien John Graham-Cumming envoie au Premier ministre Gordon Brown une première demande, mais celle-ci restera lettre morte. Il faudra attendre le 24 décembre 2013 pour que la reine Élisabeth II, sur proposition du secrétaire d'État à la Justice (Chris Grayling) le gracie en signant une prérogative royale de clémence. C'est la 4e fois que le pardon royal est accordé depuis 1945.

Le 24 décembre 2013 est donc une date importante puisqu'elle signe un véritable courage politique envers la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles quand bien même Turing fait figure d'exception dans le paysage historique.

Pour en savoir plus :

Le Monde : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/12/24/royaume-uni-grace-posthume-pour-alan-turing-condamne-pour-homosexualite_4339295_3214.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20131224-[titres]
Libération : http://www.liberation.fr/sciences/2013/12/24/grace-posthume-pour-le-mathematicien-britannique-alan-turing_968742
Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/international/2013/12/24/01003-20131224ARTFIG00242-60-ans-apres-elizabeth-ii-accorde-sa-grace-au-mathematicien-alan-turing.php
Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing