Après la confirmation de la constitutionnalité de la pénalisation de l'homosexualité en Inde, le Parlement ougandais adopte le vendredi 20 décembre 2013 un projet de loi durcissant la répression de l'homosexualité. La "journée noire pour les droits gays" trouve encore une fois un triste écho.

La nouvelle loi a été adoptée ce vendredi 20 avec une écrasante majorité par le parlement ougandais. Elle prévoit entre autres une peine allant de deux ans (seuil plancher obligatoire) à la réclusion à perpétuité pour les homosexuels récidivistes. La répression de l'homosexualité qui était alors la règle en Ouganda se double maintenant d'un délit de récidive.

Le projet a été porté au parlement par le député David Bahati. L'homme s'est "félicité" à plusieurs reprises pour cette "victoire au nom du peuple Ougandais". Il a ajouté dans une déclaration officielle qu'il était "heureux que le parlement ait voté contre le mal". Il nous révèle aussi, comble de l'horreur, qu'était proposée initialement une clause qui prévoyait la peine de mort pour quiconque serait surpris une seconde fois pendant un acte homo-sexuel avec un mineur (moins de 18 ans en Ouganda) et/ou qui serait porteur du SIDA. Cette peine a été abandonnée à la suite des débats parlementaires.

La réaction internationale ne s'est pas faite attendre, d'autant plus que les homosexuel-le-s sont tenu-e-s pour responsables, dans ce pays où le SIDA s'est répandu de manière très forte, et où le christianisme exerce une pression sans cesse croissante. De très violentes exactions civiles sont régulièrement portées à l'encontre des personnes homosexuelles (en témoigne le triste cas de David Kato, poignardé parce qu'il avait affirmé avec revendication "être dans l'illégalité" dans un article de journal).

Amnesty International et l'ILGA (association internationale des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, trans ou intersexuées) avaient alerté les médias du monde entier depuis le dépôt de ce projet (avril 2013 comme en témoigne ses rapports).
Dans un de leurs derniers communiqués, Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé une "grave violation des droits de l'homme".

L'Union Européenne a émis officiellement ses "regrêts" le même jour de l'adoption de la loi. La chef de la diplomatie européenne (Catherine Ashton) a exhorté Kampala (la capitale politique de l'Ouganda) à "faire respecter le principe de non-discrimination". En effet, bien que le parlement puisse toujours voter l'abandon de cette loi, il existe une possibilité à ce que Yoweri Museveni, le chef de l'exécutif, ne donne pas suite à cette loi discriminante.

Cette loi s'inscrit dans un triste mouvement international en défaveur des droits gays, d'autant plus qu'elle prévoit aussi un encadrement moral de la "publicité homosexuelle". Aucun débat, rassemblement, ou même discours n'est toléré s'il peut présenter sous un jour favorable l'homosexualité.

Image : Première Gay Pride en Ouganda, 2012.


Pour en savoir plus, voici quelques pistes :

Amnesty International et son rapport sur l'Ouganda : http://www.amnesty.org/fr/region/uganda
L'article de Le Monde : http://www.lemonde.fr/international/article/2013/12/21/l-homosexualite-passible-de-la-prison-a-vie-en-ouganda_4338502_3210.html
Le site du parlement ougandais : http://www.parliament.go.ug/new/ (long au téléchargement, patience !)
Le rapport de Human Rights Watch sur l'Ouganda : http://www.hrw.org/africa/uganda