Tout y était. Une égérie « catho branchée », des milliers de conservateurs se partageant entre ceux ayant en horreur l'homosexualité et d'autres le fait que la France puisse avoir un président de gauche, une ambiance qui fût bon enfant (pour débuter), des chaines d'informations avides de sensationnalisme… Et pourtant, la Manif Pour Tous ne se résume-t-elle pas à un simple échec cuisant dans la bataille de l'opinion ?

 

Quel constat pouvons-nous tirer de la Manif pour Tous ?

Tout d’abord, la Manif Pour Tous a perdu la bataille des chiffres… La spéculation fantasmatique des médias nous aura donné l’image d’un grand mouvement populaire et de fond, mais les chiffres, eux, ne mentent pas…

En ne prenant en considération que les chiffres de la police : les manifestations contre la réforme des retraites de Jean-Pierre Raffarin et contre le CPE avaient réunis respectivement 1,1 et 1 million de manifestants. Même la grande lutte historique de la droite française pour la défense de l’école privée, en 1984, avait réuni 850 000 personnes. Là où la Manif Pour Tous a réuni, lors de sa plus importante manifestation le 24 mars 2013 : 300 000 personnes.

Il en va de même pour l’amplitude entre les chiffres de la police et ceux des manifestants, très souvent deux fois plus importants pour les organisateurs. Dans le cadre de la Manif Pour Tous ils étaient jusqu’à 6,5 fois plus importants lors de la manifestation du 26 mai 2013 !

Nous l’aurons compris, La Manif Pour Tous n’était donc pas un mouvement de grande ampleur, surtout face à une majorité de français favorables à la loi Taubira. Ce mouvement qui se voulait populaire (malgré des manifestants n’étant pas issus de ce milieu social) n’en était donc pas un.

 

La bataille de l’opinion : autre cuisant échec. En utilisant des thématiques dignes de l’Occupation, la Manif Pour Tous a donné une image plus hystérique et désorganisée provenant de gens peu habitués aux manifestations. Le « gazage des enfants », la « dictature socialiste », le fait de ne « pas être entendu » malgré un spectaculaire battage médiatique, tout ceci a donné une impression brouillonne et complètement en décalage de la réalité.

 

Autre sujet de rejet, et cette fois-ci même de la part de ceux qui pouvaient être opposés à la loi Taubira : toute une frange modérée de cette Manif Pour Tous s’est laissé submerger par les rejetons qu’elle avait elle-même enfanté : la radicalité d’extrême droite. Même Frigide Barjot, pourtant égérie du mouvement à ces débuts, fût obligée de ne pas participer à la dernière manifestation suite à des menaces émanant de personnes la jugeant trop modérée. C’est alors Béatrice Bourges, et son Printemps Français, qui ont réellement pris les rênes de ce combat. Comment ne pas assimiler, d’ailleurs, le Printemps Français au « Front de la Liberté » de 1937, en réaction à la victoire de la gauche en 1936 ?

La Manif Pour Tous a été vidée de son sens, elle n’était plus une manifestation contre l’égalité des droits, mais bien une manifestation réactionnaire face à l’arrivée de la gauche au pouvoir.

 

La lassitude a aussi gagné une bonne partie des français, face aux actions plus qu’incongrues des Hommen. L’absurdité est d’ailleurs de mise, à l’heure où des Femmen, visage découvert, poitrine à l’air, se font emprisonnées dans des pays à la législation rétrograde, les Hommen se pensent « résistants » en manifestant le visage dissimulé, le torse nu (comme tout un chacun à la plage), devant l’Ordre du Grand-Orient…

Leur dernière prestation, à Rolland Garros, les entraine sur une mauvaise pente, et si leurs menaces de perturber le Tour de France sont mises à exécution, c’est bien entendu une lassitude et une colère, même des anciens antis, qui risquent de se faire sentir, face à un mouvement qui apparaitrait comme de l’acharnement délirant.

La bataille électorale, un échec : instrument de pression suprême, la Manif Pour Tous menaçait de boycotter les élus qui voteraient en faveur du mariage pour tous. Lors des primaires UMP pour les municipales 2014 de la ville de Paris, une véritable chasse aux sorcières s’est même organisée autour de Nathalie Kosciusko-Morizet (qui n’avait pourtant pas voté en faveur du projet de loi, mais qui s’était abstenue). Résultat : cette dernière est élue dès le premier tour avec 58,16% des voix. Une base électorale si imposante ces anti-mariage pour tous ?

 

Tout est donc perdu ? Non, la Manif Pour Tous et tous ses partenaires (mêmes politiques) a injecté un puissant fortifiant à une extrême-droite groupusculaire qui était en errance, le jeune Clément Méric le paiera de sa vie…

 

La Manif Pour Tous n’a pas affaibli François Hollande, ni l’acceptation de l’homosexualité et du mariage pour tous dans l’opinion, ce mouvement les a, au contraire, formidablement renforcés.

François Hollande, critiqué souvent pour son indécision, son amour du consensus, et son incapacité de s’opposer, est apparu ferme sur cette question. Être contre le mariage pour tous ? C’est désormais s’apparenter, en quelque sorte, au triste spectacle médiatique qu’il nous a été donné de voir lors de ces manifestations…

Aussi bien que le progressiste mois de Mai 68 avait fait gagner, de manière écrasante, les conservateurs aux élections législatives de juin 1968 ; le conservatisme de la Manif Pour Tous aura fait avancer les idées progressistes chez bon nombre de français…