Que faire sur Paris lors d'un week-end pluvieux? Pourquoi pas une expo! Mon sentiment après ma visite récente au Palais de Tokyo, dans une exposition où se côtoient poésie, surprise, divertissement... et aussi quelques oeuvres discutables.

Aller voir une exposition d’art contemporain est une démarche audacieuse, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Tout peut s’y rencontrer : le raté, l’incompréhensible, l’ennuyeux, comme le beau et le génial. La visite peut aussi bien être une perte de temps totale qu’une superbe révélation. Je crois que l'expo «Soleil froid», visible jusqu’au 20 mai, s’apparente à la seconde catégorie.

 

L’homme qui éclabousse cet événement de toute sa classe s’appelle Julio le Parc : sur plus de 2000 m2, une formidable rétrospective donne à voir les recherches intelligentes et sensibles de l’artiste sud-américain. Un mot caractérise l’ensemble de son oeuvre : la lumière. Que ce soit à travers peintures, sculptures ou installations, c’est toujours elle qui sera travaillée, donnée en spectacle ou magnifiée, dans une démarche simple et immédiatement accessible au public. Il y a un plaisir enfantin dans la création de Julio le Parc : il peut lacérer ses toiles, laisser tournicoter des plaques de métal suspendues à des fils de longueurs variables, faire se perdre le visiteur dans une pièce pleine de miroirs... Mais rien de tout cela n’est vain. A chaque fois, l’objet de l’oeuvre sera une expérience sur la perception de la lumière, tantôt ludique, tantôt poétique, nous invitant à voir autour de nous avec des yeux neufs. Une vraie cure de jouvence de la part de cet octogénaire facétieux, très engagé politiquement, dont le but ultime est de «trouver avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d’analyse, de création, d’action.» (Julio le Parc)

 

Autre artiste marquant : François Curlet. Au sein de son exposition Fugu (du nom de ce poisson japonais exquis lorsqu’il est bien préparé et mortel s’il est raté), l’iconoclaste Belge oeuvre au détournement d’objets quotidiens, poussé jusqu’au paradoxe. Du Bunker pour six oeufs au moteur en osier tressé en passant par la toile d’araignée en pieds-de-biche soudés, ses travaux potaches provoquent surprise, sourire et réflexion. On ne saisit pas tout, parfois l’effet tombe à plat, mais la section est suffisamment vaste pour passer un bon moment. Mon oeuvre préférée : sans doute le Rorschach Saloon, ode absurde reliant ambiance de western, cabinet de psy et consommation de drogues plus ou moins licites...  

 

Le reste de l’exposition est plus inégal : une intéressante section fourre-tout en hommage à l’écrivain surréaliste Raymond Roussel, dans laquelle se pressent une cohorte d’artistes plus ou moins connus (et plus ou moins marquants...), une belle proposition d’art visuel microscopique (des réactions chimiques contrôlées aux propriétés plastiques et chromatiques saisissantes, filmées en slow motion et projetées sur grand écran : original!) et enfin quelques vraies impostures selon moi, qui ont au moins le mérite de montrer l'écart entre une pensée aboutie comme celle de Le Parc et certaines démarches au mieux approximatives. En résumé : du très bon, de l’inspiré, du ludique, de quoi critiquer : bref, je vous la conseille.

 

 

Soleil Froid

au Palais de Tokyo, 

13, avenue du Président Wilson, Paris 16e

de midi à minuit tous les jours sauf le mardi

Tarif : 8 euros pour les moins de 26 ans

Jusqu’au 13 mai pour la section Julio le Parc, 

20 mai pour le reste de l’exposition.