On l'a tellement attendu, on s'est tellement battus, on a tellement marché, argumenté, râlé,partagé,été éc½urés : le sénat vient d'adopter (eh eh eh) ce mardi soir le premier article du projet de loi sur le mariage dit « pour tous » (mon cochon d'inde se sent toujours exclu). Désormais, qu'on se le dise, et grâce à 179 gentils bonshommes grisonnants, le code civil affiche fièrement son nouveau look spécial tolérance : «Art. 143. - Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe.»

En effet, voilà quelques mois qu'on y pensait tous les jours. Entre petits triomphes et grosses claques dans la figure : pas de doute, la bataille fait rage. C'est à se demander ce qu'on va bien pouvoir faire de nos journées maintenant que la loi française nous reconnaît le droit de faire des choses aussi extraordinaires que mettre des robes hors de prix, se marier et avoir plein de mini-nous qui vont courir partout (*offre soumise à condition). Ce n'est pas fini mais ce premier article a un petit goût de début de la fin que l'actualité de ces derniers jours faisait désirer ardemment.


Ceux qu'on appelait les « anti' » ramassent, penauds, leurs pancartes à imprimé-vichy (...), encore un peu de sang sur le bout de la langue. La voix rauque de Taubira résonne encore dans l'hémicycle qu'elle s'ancre déjà définitivement dans nos cœurs et dans l'Histoire. La victoire, la voilà. Samothrace qui nous ouvrirait les bras si elle en avait encore et c'est à nous qu'il pousse des ailes. Le soulagement, la joie, et puis un peu d'amertume aussi. Tout ça pour ça. C'est historique, c'est important, c'est émouvant. Et puis on se retourne et on regarde le champ de bataille : le champ d'honneur est loin d'être vierge, lourd du visage tuméfié de Wilfred de Bruijn  des insultes jetées en place publique. Mais les combattants s'éloignent, la marche nuptiale est crachée à plein poumons et déjà des espoirs plein la tête.


De longues heures de débat pour accoucher d'une adoption, ce qui se passe dans ce qu'on appelle la « Chambre Haute » ne manque pas d'ironie. Mais le petit est vivant, bien logé dans son gros couffin de papier, encore tout engoncé dans sa couverture rouge : il crie et, alors que la pénombre est déjà tombée sur la France depuis quelques heures, son hurlement berce les milliers d'homos, de pédégouines, de tapettes, de queer, de féministes, de tolérants, de parents-de, de jeunes, de vieux, de râleurs, d'amis-de, de célibataires et de futurs marié.e.s qui ont lutté pour que le bleu et le rose n'avalent pas les autres couleurs de l'arc-en-ciel.


 


Bonne nuit, les petits.