Beaucoup trop longtemps. Cet ersatz de débat aura duré beaucoup trop longtemps. Plus de 6 mois que l'on s'échange des arguments creux, que l'on préfère crier plutôt que raisonner, huer plutôt que prouver. Dans les deux camps, les positions se cristallisent, pour le meilleur, ou plutôt pour le pire.

"On marche sur la tête". C'est une phrase particulièrement appropriée à l'air du temps. L'opposition le rappelle tout le temps : des problèmes beaucoup plus graves que le Mariage pour Tous appellent l'attention du Gouvernement. Mais impossible pourtant de passer au travers : chaque jour voit son petit cortège d'articles, de manifestes, de tracts, de reportages et de billets d'humeur sur l'épineux sujet de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe.


On ne pouvait pas attendre autre chose. Un débat qui macère ne peut rester sain longtemps. C'est ainsi qu'a dégénéré la dernière Manif pour Tous, menant à des affrontements entre CRS et manifestants. C'est ainsi qu'on assite à l'émergence des Hommen, fantoches pour qui les Femen ne sont que des femmes qui montrent leurs seins dans des manifs. Hommen qui dans leurs mots, leurs images et leurs manifestations, font montre d'une violence qui n'est pas forcément la bienvenue. C'est ainsi que la Pythie Boutin prophétise que "ça va péter", appelant presque à mots couverts à des manifestations violentes. C'est ainsi que la Manif pour Tous organise un harcèlement systématique des élus favorables au projet.


Mais c'est également ainsi que ceux qui soutiennent le projet s'approprient cette violence. Les réseaux sociaux sont pleins d'insultes, de provocations, de phrases fétides qui ne contribuent qu'à exacerber les tensions, et relèguent le fond du problème au second plan. Les acteurs se sont appropriés leur cause : les attaques, désormais, sont personnelles. Débats enflammés qui ressassent une même hargne vénéneuse, accusations dans les deux sens : "fachos" et "homophobes" pour les uns, "lobbyistes", "égocentriques réifiant l'enfant" pour les autres. Un projet qui avait pour but de rendre ses citoyens un peu plus égaux est en train de creuser des tranchées entre eux.


Dans cette atmosphère de poudrière, il est peut-être temps de revenir au calme. La violence est l'arme des faibles, de ceux qui n'ont plus rien d'autre pour se faire entendre. Allons, laissons les opposants hurler, gesticuler et se heurter aux forces de police. Laissons-les montrer au monde que la violence est tout ce qui leur reste quand leur argumentaire a fondu comme neige au soleil. Gardons-nous bien de les imiter, cependant : s'abaisser à leur niveau de nous apportera rien.


C'est à tous ceux qui sont excédés de cette homophobie pestilentielle que cet article est dédié : la violence, dans les actes comme dans les mots, ne vous apportera rien. Soyez irréprochables : ne tendez pas le bâton pour vous faire battre. Laissez vos contradicteurs s'épuiser dans une mauvaise foi et une agressivité futiles. Le calme est désormais notre meilleure arme.