Le Ciné 13 Théâtre ose adapter sur scène la vie du sulfureux Marquis de Sade. Pari audacieux mais risqué.

Le théâtre a toujours été frileux pour adapter les écrits libertins du Marquis de Sade. Trop osé, trop provocateur, trop explicite, Sade dérange. Pierre-Alain Leleu tente à sa façon, entre pure fiction et extraits de l'écrivain, de rendre compte de la pensée de Sade en plongeant le Marquis enfermé dans cellule sordide de la Bastille. 


Le pitch de la pièce est plutôt simple : on suit Sade emprisonné à la prison de la Bastille et victime de la violence et du mépris de son geôlier. Le Marquis, pour ne pas devenir fou à force de solitude, décide de parler à une entité imaginaire qui allégorise la raison et les normes sociales sous les traits d'une jeune vamp sexy et glamour campée par une Dany Verrisimo aguicheuse en femme fatale.


La pièce est une excellente immersion dans les thèmes sadiens : religion, nature, rapport homme/femme, sexualité, peine de mort, liberté, crimes etc. 


A la fois auteur et comédien, Leleu ose un pari audacieux : tenter d'appréhender le caractère de cet homme complexe. Et la mission est loin d'être évidente. La pièce qui nous est offerte est une bonne initiation à la vie et au personnage qu'était Sade. Leleu est plutôt convaicant dans les différentes facettes qu'il donne à voir de l'écrivain tour à tour vicieux, anti religieux, comique, provocateur, touchant, grave et digne. L'acteur possède une prestance certaine et fait délicieusement résonner à nos oreilles le langage du XVIII ème s. 


La mise en scène de Nicolas Briançon (qui a déjà officié cette saison pour Volpone, Cabaret Canaille et Le Songe d'une nuit d'été, trois succès) est sobre et efficace : des barreaux symbolisent l'espace confiné de la prison et le lit étroit évoque les conditions de vie précaires et insalubres du Marquis. Le travail de Briançon est net et précis : dans un souci de vulgarisation, le texte est donné à entendre de manière compréhensible et condensée. On apprend d'ailleurs des détails loufoques sur la vie de Sade comme son obsession pour les chiffres.


Cependant, pour tout fan de Sade qui se respecte (et dont je fais partie), la pièce ne tient pas toutes ses promesses.


Déjà, au niveau de l'économie de la pièce, on relève un manque d'enjeu cruel. La pièce est statique et passe d'un sujet à un autre sans aucune transition. Il n'y a pas vraiment d'action ou d'évolution : les acteurs se contentent de jouer une succession de saynètes décousues. C'est dommage car le fil directeur de la pièce est absent.


Ensuite, on remarque un souci au niveau de la direction d'acteurs :  les comédiens sont plutôt bons mais ils ne vont pas jusqu'au bout de leur jeu, d'où une frustration pour le public. Il faut qu'ils assument jusqu'au bout leurs personnages, sans hésiter. Néanmoins, ces défauts peuvent être perfectibles.


Leleu reste encore trop gentil, trop sympathique par rapport au monstre qu'est Sade : on ne doit pas rire lorsqu'il parle de violence ou de vice mais plutôt s'effrayer. Alors évidemment, les formules grivoises du Marquis sont savoureuses mais l'acteur doit se dépasser davantage.


Michel Dessarat peine à être crédible en religieuse à talons aiguilles et porte-jarretelles. Il ne convainc pas.


Jacques Brunet n'apporte rien à la pièce en tant que geôlier sinon un aspect comique dû à son nom malmené par Sade. Il ne fait pas du tout peur et on a du mal à croire à son autorité.


En résumé : une pièce sympathique et agréable mais qui ne transcende pas. Un petit goût de déception reste en bouche.


A voir au Ciné 13 Théâtre jusqu'au 9 mars.