3 mois de débat public sur le mariage pour tous : les arguments n'ont pas changé, l'homophobie s'est complètement libérée, les positions se sont radicalisées ... Coup de gueule sur ce débat fermé.

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Trois mois. Ça fait trois longs mois que le débat sur le mariage pour tous fait rage sur la place médiatique, depuis l’envol titubant des grands enfants vert et rose d’Alliance Vita en octobre. On aurait pu trouver ça bien, qu’un débat prenne autant de place en public, si seulement le débat avait évolué un peu pendant cette période.

Hélas l’obstination et la détermination font rage dans les deux camps : les mêmes arguments tournent éternellement du côté des opposants, qui se font un plaisir de glisser sur une autre problématique dès qu'on apporte une réponse à leurs préoccupations, et qui oublient aussi vite les réponses qu’on leur donne que le flot de leurs pensées. On peut aussi déplorer le manque de présence des pro-mariage dans cet échange, surtout après la mobilisation des bonnes vieilles familles traditionnelles ce dimanche 13 janvier, qui apparemment a marqué les français, a choqué les LGBT, et a complètement fait baver les médias : des centaines de milliers de personnes qui manifestent contre le mariage ou contre l’égalité ou contre les homos ou contre Hollande - on n’a toujours pas bien compris contre quoi c’était exactement – : dans tous les cas, on était certain que ça fascinerait les français qui se font chier devant leur télé le dimanche. Alors oui, on peut se plaindre de la discrétion des pro-mariage face à cette mobilisation, mais on peut leur accorder en toute sincérité un point notable : c’est chiant de ré-expliquer cinq fois la même chose ; et même les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs en ont marre d’entendre dire que « non, les mots de père et mère ne disparaissent pas du texte ». Et à partir de là, on connaît déjà la réaction en chaîne qui démarre en une demi-seconde par un « OUI MAIS », et se suit par le retour de la liste des arguments (« les pauvres enfants », « la seule unique équation vraie du mariage » , « contre-nature », « bientôt l’apocalypse », « j’ai des amis homo ») retordus et remaniés à la bouche de chacun - puisque même les opposants doivent commencer à sentir qu'ils se répètent un peu trop, et que leurs nombreux arguments ne découlent finalement que d’un seul, un argument qu'ils n’osent surtout pas mettre à nu.

Le débat arriverait-il à sa fin ? Tout laisse croire qu'on a atteint le paroxysme du NON qui s’enlise désormais dans son bordel d’arguments aussi cohérents que pertinents. En tout cas, le débat ne distrait plus : on connaît les gens importants, leurs pensées, leurs sexualités, leurs couleurs préférées, et il n’y a plus grand-chose d’intéressant à apporter. Hormis savoir qui étaient les amours cachés de Frigide Barjot, Xavier Bongibault ou Christiane Taubira, on commence à cruellement manquer de faits friands à croquer sous la dent. Et c’est hélas l’implacable règle des médias : quand ça n’intéresse plus, on n’en parle plus. Les religions sont contre pour les évidences historiques qu’elles avancent, la gauche est pour pour les évidences sociales qu’elle avance, la droite est contre pour les évidences politiques qu’elle avance ; en trois mois, on n’a finalement entendu que ce qu'on savait déjà. Cette grosse gueguerre dans la cour de récré médiatique des grandes personnes de ce pays a juste permis de savoir qui criait le plus fort ; heureusement, dans les bureaux, on sait que les chamailleries des petits dans la cour offrent le meilleur calme pour laisser place à la réflexion et aux décisions.

Alors bien sûr, on va continuer à en parler. Les anti, toujours gay friendly, étaleront une énième fois leurs arguments homophobes dépassés ; les pro-mariage riposteront dans toute la gaieté qui leur est chère ; la loi passera, on fera la fête, on s’insurgera, on se mariera, et la pilule sera avalée. Il y aura encore à dire, mais on peut croire, et surtout espérer, que toutes les langues homophobes qui se délient en ces tristes jours déversent inutilement leurs dernières gouttes de venin dans notre société.