C'est en toute discrétion qu'Amélie-les-crayons a sorti son troisième album, « Jusqu'à la mer » en cette fin d'automne 2012. C'est fort dommage. Surpassant de loin une production musicale française bien plus médiatisée, cet album méritait bien un petit hommage. C'est chose faite.

C’est en 2002 que commence la petite aventure d’Amélie-les-crayons. Lorsque ses petites chansons, composées dans l’intimité pour ses amis, se retrouvent entre les mains d’Olivier Longre, « musicien rencontré sur une péniche des bords du Rhône », qui les prête alors au fondateur du tout jeune label lyonnais Neômme. Se joignent à Amélie et Olivier quelques musiciens, et c’est parti pour une série de concerts. « Le chant des coquelicots », mini-album de 6 titres, sort en 2002, avant que ses chansons soient reprises en 2006, rejointes par quelques autres, dans l’album « Et pourquoi les crayons ? ». Une année et de nombreux concerts plus tard sort « La Porte Plume », second album tout aussi réussi que le premier. Mais il faudra donc attendre 2012 pour que « Jusqu’à la mer », troisième album, envahisse nos oreilles.

On pouvait être assez pessimiste quant à cet album, après la qualité irréprochable des deux précédents. C’est cependant une véritable œuvre d’art qui est mise entre nos mains. Il faut savoir qu’Amélie est une chanteuse qui part avec un handicap assez singulier : c’est une chanteuse qui sourit. Sans cesse. C’est une voix lumineuse qui vient nous envoûter, tout au long de ses trois albums, quasiment sans interruption. Mais la grande nouveauté de ce troisième album, c’est qu’Amélie a appris la tristesse. Contrairement aux deux premiers, on n’y trouve plus de chansons franchement rigolotes. Amélie, qui nous avait amusés de sa passion folle pour son docteur, des atermoiements d’Elisabeth ne parvenant pas à s’habiller le matin, d’une ode aux pissotières, nous livre un album beaucoup plus … « mature », si tant est que ça veuille dire quelque chose.

C’est un onirisme assumé qui vient nous cueillir ici, sans la moindre fioriture. La simplicité des chansons est magnifique, et soutient magnifiquement des textes d’une poésie poignante. Plus de joie pure, ici, mais des chansons mêlant le noir et le blanc, qui acceptent les tourments de la vie pour mieux nous apprendre à rebondir. Une magnifique leçon d’optimisme, à voir notamment dans « On n’est pas fatigués », ou « Mes très chers ».

Une incroyable légèreté s’exhale de ces treize chansons, dont le fil conducteur est le rapport à la mer. La Bretagne et son folklore sont mis à l’honneur, à travers la légende de Morgane ou une réécriture de la chanson « Les filles des Forges », devenue un vibrant hommage à la gent féminine. La musique, bien que simple, est beaucoup plus complexe que dans les albums précédents, et arrive à créer l’alchimie parfaite avec le chant. Il est toujours étrange d’entendre une musique dont on pense qu’on ne peut rien retirer sans dramatiquement la blesser. C’est le cas ici : tout est finement ciselé, imbriqué, et parfait.

« Mon ami » et « Jusqu’à la mer » sont les deux chansons sur lesquelles la chanteuse, perdant son sourire, devient méconnaissable. Une intense mélancolie s’en dégage, bien heureusement toujours rattrapée par la douceur et la gaité des chansons suivantes. « Les vents de brume », expression des tourments de l’âme de la chanteuse, reste tellement porté par son sourire qu’il en devient contagieux. Au fil des chansons, l’envie d’évasion de la chanteuse devient tellement poignante qu’on la remercie de nous retenir ici par sa joie quasi-omniprésente. « La solution », avant-dernière chanson de l’opus, est un véritable manifeste optimiste, avant que l’album finisse sur « Tout de nous », instant de poésie parsemé de chants d’oiseaux. On s’endort sans peine à la fin, bercé d’une des plus belles chansons d’amour de la chanson française.

A notre réveil, plus d’idées noires. Le sommeil fut doux. Amélie a grandi, peut-être. Nous aussi.

Site officiel : http://www.amelielescrayons.com/