Les opposants au mariage pour tous s'expriment sur tous les niveaux de la rhétorique. Nous atteignons à présent des plans hauts en couleur : le spectacle.

Au pays de la mise en scène et des couleurs

Du vert, du noir, du rose, du blanc, et des tas de bonnes choses : tels étaient au départ les ingrédients choisis pour créer des petites familles parfaites. Quand la parole ne suffit plus, elle cède le pas au langage de l'image et du symbole. Ainsi a-t-on retrouvé ce mardi 23 octobre dans 75 villes de France, à l'initiative d'Alliance Vita, un spectacle des plus métaphoriques. Du discours théorique est sorti la mise en scène un peu barrée de l'équilibre d'une famille, oscillant entre la présence féminine de la mère et celle masculine du père. Le tout réuni dans une sorte d'homme-oiseau chancelant et prenant son envol dans une combinaison non moins ridicule, elle aussi binaire (rose et verte). Les manifestations se devaient de figurer une célébration de la famille composée d'un homme et d'une femme, fondant à nouveau le droit du mariage sur l'aptitude à donner la vie.

 

"J'aurais voulu être un artiste"


Il s'agissait pour les opposants de se regrouper, les mères en rose et blanc d'un côté, les pères en vert et noir de l'autre, pour soutenir verbalement l'étrange figure costumée dans sa recherche de "l'équilibre fondamental" nécessaire à la famille, et donc à l'enfant. Et c'est sur les mots d'un présentateur exhortant les foules à manifester leur soutien de parents que l'assemblée prenait vie, à grand renfort de "papa", de "maman", et de "Papa, maman, on ment pas aux enfants". A noter que l'ambiance sonore était des plus soignées, elle qui mêlait allègrement (nous ne dirons pas "gaiement") aux propos de refus la musique de Queen. Avec 700 personnes à Paris, 300 à Lyon, on en peut pas dire que la nouvelle comédie musicale de ces gens manquait de consistance.

 

La réponse du berger à la bergère


Mariage pour tous et adoption sont bien évidemment les deux points sensibles contre lesquels ont manifesté les détracteurs potentiels. "Nous nous félicitons de la parité au sommet de l'Etat mais là, on veut l'effacer", a déclaré M. Derville, questionnant directement la liberté que prendrait l'Etat de "se passer de la parité biologique et de la parité éducative". On pourra cependant remarquer la fulgurance avec laquelle les partisans de ces nouvelles réformes à venir se sont emparés de l'image des manifestations, pour les tourner en dérision ou pour faire circuler les perles médiatiques en tout genre qui peuplent à présent la toile - qui n'a en effet pas vu le maintenant célébrissime extrait du Petit Journal, où la "grande gagnante" s'alarme de la future colère divine qui s'abattra sur la France ? Les réactions sont donc bien loin de rester sagement cantonnées au regard méprisant ou à la bonne et franche rigolade. Signe que le sujet est de plus en plus vif. Mais le moyen le plus sûr de réagir était peut-être celui qu'ont choisi deux jeunes femmes à Marseille, en répondant à la scansion des manifestants par le silence d'un baiser.