Dans mon dernier billet de blogs, je vous ai amené à réfléchir sur la séropositivité et ses moyens de transmission. Aujourd'hui, j'essayerai de vous amener à réfléchir sur les couples de sérologies différentes.

Ne vivons-nous pas dans une société où la différence est plus facilement rejetée que tolérée et/ou acceptée. Certains rejettent par simple mécanisme de défense tandis que d'autres portent une vraie haine envers ces différences.

Le premier cas de figure est le plus simple à comprendre et à traiter. En effet, le plus souvent, ces personnes sont mal informées ou n’ont pas reçu une éducation suffisamment tolérante. De ce fait, afin de se protéger et de protéger la stabilité de leur vie, ces personnes préfèrent rejeter toutes différences. Pour ceux-ci, il semble qu'aucun cas de violences envers des personnes différentes ne seront portés. Il y a fort à parier que nous ne remarquerons rien de moins qu'une simple ignorance.

Le deuxième cas de figure est plus complexe, voire dangereux. Nous parlons cette fois-ci de xénophobie (ndlr : Au sens littéral, la xénophobie est la peur irraisonnée, maladive de ce qui est étranger). Ce genre d’individu se désigne comme la « normalité » dans la société. Dès lors, tous ceux qui n’intègrent pas leurs principes, leurs idéologies, leurs concepts de vie seront rejetés voire considérés comme l’ennemi suprême. Et c’est là que cela devient dangereux. Dans le meilleur des cas, cela peut entrainer des insultes voir une légère brutalité physique. Dans l’extrême, cela peut pousser au meurtre.

Une personne ne nait pas xénophobe. Son éducation, son environnement socio-économique, ses fréquentations le forcent à le devenir. Dès lors, il devient difficile, voire impossible de changer sa manière de penser. Tout bonnement parce que celui-ci a toujours baigné dans un contexte où la xénophobie était la normalité de ce monde.

Lorsque l’on parle de xénophobie, de quoi parle-t-on exactement ? Eh bien, tout simplement du rejet de l’homosexualité, de l’origine ethnique, de la bisexualité, de la séropositivité, de la transsexualité ou encore de toute autre « caractéristique » qui ne rentre pas dans les mœurs de la société actuelle.

Dans mon dernier billet de blogs, je vous ai amené à réfléchir sur la séropositivité et ses moyens de transmission. Aujourd'hui, j'essayerai de vous amener à réfléchir sur les couples de sérologies différentes. Conscient de ne pas avoir donné mon avis personnel sur la question dans mon premier article, je compte cependant le donner ici.

 

« Quiconque doit aimer à première vue » W. Shakespeare

 

Cet extrait de « Comme il vous plaira » de William Shakespeare reste très parlant. Il présume que l’amour est inconditionnel. Nous ne devons pas aimer pour ce que la personne apporte mais pour ce qu’elle est et ce qu’elle représente à nos yeux. Dès lors, pourquoi refuser un amour simplement par le fait d’un statut sérologique ? 

Une personne porteuse du VIH n’est pas plus différente que celle qui ne l’est pas. Elle a des ambitions, des rêves, des projets comme tout le monde. Elle est capable d’aimer. D’ailleurs, il semble que, de par son statut sérologique, elle est la mieux placée pour ne pas porter de jugement sur une personne.

Pour beaucoup, apprendre sa séropositivité, c’est voir sa vie s’écrouler. Tout est remis en question : projets, amours, vie de famille, vie professionnelle, … Puis une question se pose, si on ne le sait pas déjà : «  Qui m’a contaminé ? Aurais-je pu contaminer à mon tour sans le savoir ? L’ai-je fait ? »

Une angoisse omniprésente qui peut durer des semaines, des mois voire des années. S’ajoute à ça la peur de l’annoncer à ses proches, bien plus angoissante que le coming-out (pour la communauté LGBT).

S’il a un peu de chance, le séropositif ne perdra pas d’amis. Malheureusement, fort est de constater que dans la plupart des cas, ce ne sera pas le cas.

Si ceci est regrettable, ce n’est pas tout pour autant. Vient s’ajouter à cela les histoires d’amour. Et là est le principal sujet de mon article.

Tout le monde désire rencontrer une personne qu’il puisse aimer, chérir et avec qui ses projets pourront se concrétiser. Pour le séropositif, lors du premier rendez-vous, une simple question lui vient à l’esprit avant même de se demander si la personne va lui plaire : « Vais-je lui dire tout de suite ou est-ce que j’attends de voir comment ça se passe ? ». Personnellement, je pense qu’il est primordial de le dire directement. C’est ce paramètre même qui va être la base de la relation : l’honnêteté. Cependant, il est facile de comprendre que certains hésitent. Le regard de l’autre est plus difficile à accepter que le regard que l’on se porte à soi-même.

Le SIDA n’est pas un sujet à aborder à la légère. Cette maladie est sujette à tabou. Brisons les !

Pourquoi prendre tant de pincettes avec ce sujet alors que c’est un fait d’actualité ? Certains me répondront, oui mais il faut protéger les jeunes des vices de la vie des adultes. Mais est-ce vraiment les protéger de ne pas les informer correctement et de manière adéquate sur une maladie qui tue encore des milliers de gens aujourd’hui ? Non ! C’est justement les amener à être confrontés à l’inconnu et à y être moins vigilant.  

 

Pour en revenir à la vie de couple d’un séropositif, il semble que la plus grande peur soit donc le rejet. Cette peur,  c’est ce qui va déterminer l’annonce du statut sérologique, ou à l’inverse, sa conservation en tant que secret.

Et les séronégatifs ?

Imaginez.  Vous rencontrez une personne, elle vous plait, vous souhaiteriez apprendre à mieux la connaitre, … En serait-il tout autre si elle vous dévoilait sa séropositivité ? Soyez honnête avec vous-même un instant. Personne ne vous entend. N’ayez pas de honte. Qu’en pensez-vous, réellement ?

Et maintenant, une question. Si la personne vous plait, pourquoi un statut sérologique différent devrait changer cette attirance ?

Des traitements existent, les préservatifs existent. Avec autant de ressources, de moyens de protections, ne croyez-vous pas que vous avez peu de chance d’être contaminés si vous faites attention ?

Si vous faites le choix de vous lancer dans cette aventure en vertu de ce que vous venez d’apprendre, tout d’abord je vous félicite ! Vous faites preuve de maturité et d’ouverture. Sachez que ce sera là, le plus beau cadeau que vous pourrez faire à votre compagnon/compagne.

Vous faites le choix d’accepter la maladie de votre conjoint(e), vous faites le choix de l’accompagner dans les meilleurs moments comme dans les pires. Il est donc important pour votre relation de rester informés sur la maladie, face à laquelle les progrès médicaux sont en perpétuelle progression. Rencontrez son médecin afin qu’il vous conseille, vous enseigne, vous aide à réagir de la meilleure manière. Si vous ne souhaitez pas suivre son médecin, libre à vous de vous tourner vers des associations. Ils seront ravis de vous aiguiller et si vous le souhaitez, vous pouvez également intégrer un groupe de parole où vous pourrez exprimer librement vos craintes.

Si à l’inverse vous n’imaginez pas une relation avec un individu séropositif, c’est votre choix. Personne n’a à le juger. Cependant, réfléchissez-y et ne vous fermez pas totalement à cette idée. Comme nous l’avons dit, les traitements de plus en plus performants arrivent, déjà aujourd’hui, à des résultats exceptionnels. Vous verrez, nombreux sont ceux qui pourront, nous l’espérons, vous faire un jour changer d’avis.

Pour finir, n’oubliez pas. Parler librement de la maladie sera complètement bénéfique et libérateur pour votre couple. N’ayez pas peur de blesser votre conjoint(e), il/elle est certainement moins fragile que vous ne le croyez.

« Quiconque doit aimer à première vue »… Moi j’ai fait ce choix et vous, quel est le vôtre ?