Au Théâtre du Petit Saint-Martin se joue un spectacle décapant qui passe au vitriol le monde des paillettes et du journaliste people : Doris Darling.

Au Théâtre du Petit Saint-Martin, se joue un spectacle décapant qui passe au vitriol le monde des paillettes et du journalisme people : Doris Darling.

 

Marianne Grooves, celle qui a traduit, adapté et mis en scène la pièce de l'anglais Ben Elton, résume très bien le personnage de Doris Wallis en ces termes : "Doris Wallis est un épouvantable personnage. A bitch. «Silly Cow», disait Ben Elton dans son titre original. Une méchante, haineuse, rageuse, injuste, ravageuse, dévastatrice, ignoble … Une merveilleuse salope."

Cette journaliste people n'inspire donc pas vraiment l'empathie ni la compassion. Et pourtant, l'oxymore de "merveilleuse salope" convient parfaitement au personnage qu'on adore détester. Les spectateurs rient beaucoup de l'acidité verbale de Doris qui doit tout à son interprète, la majestueuse Marianne Sergent. A plus de 60 ans, elle campe une vamp façon Absolutely Famous totalement crédible en talons de 15 cm, combi moulante quasi SM et manteau impressionnant à la Cruella. 

Telle un vent de fraicheur, elle hypnotise son public grâce à un art consommé des répliques assassines qui font mouche. On pourrait leur reprocher une certaine vulgarité mais force est de constater qu'on se laisse vite happer par le débit infernal de ses paroles d'enfer. La comédienne a une sacrée gouaille et passe en revue tout ce qui bouge.

La pièce peut s'apparenter à une satire de l'univers de la presse people et du monde du show-biz : la question du respect de la vie privée et de la vedette est centrale et revient comme un leitmotiv. Doris assume ses intrusions et ses critiques virulentes et ne comprend pas les reproches qu'on lui fait.

Le pitch de la pièce est simple : Doris est assignée à comparaitre devant un juge pour avoir dépassé les bornes envers une star dans un article. 

Doris est évidemment le personnage principal, celle sur qui tout repose mais un petit monde gravite autour d'elle : quatre personnages aussi différents les uns que les autres partagent l'affiche avec la journaliste. Les seconds rôles sont tous extrêmement bien travaillés et reposent sur un cliché : on trouve la secrétaire potiche, timide et soumise, délicieusement incarnée par la jolie Amélie Etasse ; le patron de journal véreux interprété par l'inquiétant François Siener ; le comptable timide et bienveillant campé par Eric Prat et un toy-boy dealer et latino joué par le survolté Thierry Lopez.

L'alchimie de ce petit groupe est évidente et l'action s'enchaîne sans aucun temps mort. L'un des points forts de cette pièce, c'est son rythme haletant. Il y a constamment des retournements de situation et le final nous invite à avoir une vision rétroactive de la pièce en nous laissant éberlués. La comédie laisse place alors au thriller qui maintient en haleine le spectateur.

Enfin, le dernier atout de Doris Darling, c'est sa scénographie qui est remarqueblement bien agencée. Le décor est très bien fait avec un talon haut en guise d'escalier du meilleur goût kitsh ou encore une sonnette délirante. La musique vient toujours à point nommé, la lumière est maîtrisée et les intermèdes façon ballet grotesque  sont du meilleur effet.

Pour conclure, allez voir cette pièce si vous avez envie de vous détendre et de passer un bon moment entourés de comédiens drôles à souhait.

Mon acolyte Ananas, qui a vu la pièce avec moi, a trouvé que celle-ci mettait du temps à démarrer mais qu'en définitive c'était très drôle.

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