Le C½ur entre deux chaises, premier roman de Frédéric Monceau, semblait annoncer dès le titre une romance gentillette, une vague auto-fiction parfaitement adaptée en période de vacances. Il faut pourtant tristement constater que le jeune auteur semble s'être pris la langue dans le tapis et que toute la bonne volonté du monde ne suffit pas à faire fondre la midinette qui sommeille en chaque lecteur (ne niez pas).

 


Hayden tombe dans le coma suite à une agression à caractère homophobe. Ainsi commence la douloureuse histoire d'Ethan, personnage principal et narrateur du Cœur entre deux chaises. Le jeune homme tente de se reconstruire alors que son compagnon gît dans une chambre d'hôpital : une famille aimante, des études de psychologie, quelques amies amusantes, rien ne parvient à le détourner de ses angoisses. Ses parents lui offrent alors un week-end en terre inconnue où il rencontrera Hugo, Brigitte -la grand mère de ce dernier- et un bon nombre de problèmes existentiels.


Si la trame n'est pas particulièrement alléchante, elle satisfait aisément un public en mal d'histoire d'amour à caractère uranien et force est de constater qu'il s'agit malheureusement du moindre des maux qui gangrènent ce récit. Frédéric Monceau annonce la couleur dès la préface : « Écrire est une auto-analyse lowcost de mon inconscient et de ma personnalité ». Et effectivement, l'impression de se repaître du journal intime d'un adolescent est très prégnante, presque étouffante. Animé d'une bonne volonté d'écrire « comme on parle », et déclarant dans une interview que « la littérature actuelle n’est pas réservée à une élite et que tout le monde peut écrire », Frédéric Monceau nous rappelle malgré lui que n'est pas Céline qui veut. Le style général du roman pourrait ne pas être mauvais s'il était au moins correct. La syntaxe est malmenée à chaque page et l'on soupçonne l'auteur de ne pas s'en rendre compte. Le choix de mots pompeux ne rend que plus cruel le contraste avec des tournures maladroites, auxquelles on ajoutera l'abondance de néologismes involontaires : « effarouchement » (utilisé comme adverbe) , « le cheminement de vie », « L'Annonciation de mon homosexualité » (Marie ne s'en remet toujours pas).


Avec un score honorable de trois fautes d'orthographe en moyenne par page, Edilivre réussit l'exploit de publier un manuscrit que l'éditeur ne semble pas avoir pris le temps de faire lire, et à plus forte raison, corriger. Un respect plus orthodoxe de la langue française aurait pourtant pu excuser l'accumulation de tous les stéréotypes en lien avec l'homosexualité (« Un poster de Céline Dion au mur, et je peux croire à une bisexualité refoulée. Mais deux, accompagnés d'un de Lady Gaga et je suis certain qu'il est gay ! »), la fascination pour Lady Gaga et Queer as Folk et surtout la galerie de personnages profondément antipathiques. Ethan, Caliméro imbu de lui même, peine à émouvoir tant il semble méprisant : « C'était mon premier copain, du coup je pense que je n'étais pas très exigeant au niveau du physique. Un manque d'exigence combiné à un manque de confiance en soi et vous vous retrouvez à sortir avec une laideur ». Hugo est un personnage insipide, défini par sa seule « sexualité ambiguë » et son physique avantageux. Quant à Morgane, deus ex machina central du récit, elle en devient grotesque de machiavélisme à deux sous. Une preuve s'il en fallait qu'à avoir le coeur entre deux chaises on finit le cul par terre. On sauvera néanmoins Brigitte, la grand mère bisexuelle, principal ressort comique et réussite enthousiasmante de Frédéric Monceau.


Le récit est émaillé de lourdes digressions sur les enjeux de sociétés actuels en lien avec l'homosexualité. Frédéric Monceau y alterne discours moralisateurs, palabres de victimisation et banalités.


Malgré ses défauts évidents, Le Coeur entre deux chaises conserve le mérite de transmettre un message très positif aux quelques jeunes qui peineraient à assumer une « sexualité périphérique » avant sa lecture. Sorte de «Born this way » littéraire, le premier roman de Frédéric Monceau émane d'une bonne intention et permettra, en dépit de ses nombreuses failles, de faire rêver quelques pré-adolescent.e.s indulgent.e.s sur la qualité rédactionnelle.


 


Le Coeur entre deux chaises Frédéric Monceau, 2012. Edilivre Classique Collection. 20,50euros.