De nouvelles polémiques surviennent alors que le Gouvernement annonce l'arrivée de la loi légalisant le mariage homosexuel. Penchons-nous sur le sujet afin de décrypter toute ces histoires.

Nous le savons, homosexualité et religion ne font pas toujours bon ménage. Nombre de croyants catholiques se servent de la Bible pour justifier telle position réactionnaire concernant l’homosexualité. De nos jours, cependant, l’Eglise se veut plus tolérante à l’égard des gays. Mais vous l’aurez compris, plus tolérante, ce n’est pas totalement. Il y a un sujet qui résiste encore et toujours à la compréhension catholique : le mariage homosexuel.

 

L’interdiction du mariage homosexuel :

 

Faisons, tout d’abord, un peu de droit civil. En France, depuis la création du Code Civil par Napoléon Bonaparte en 1804. Que des lois datant de cette époque s’inspirent de mœurs religieuses n’a rien d’étonnant, ni même d’illégitime, la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’intervenant qu’en 1905. Le Code Civil définissant le statut de l’individu, droits et devoirs, au sein de la société française, il est évident que ce statut est autant défini, à cette époque, autant par des lois d’hommes que par des lois plus divines.

 

Si l’existence de lois protégeant chaque citoyen est un large progrès, il est, cependant, un point négatif qui n’est pas sans conséquence : la législation française n’évolue pas aussi rapidement que la société qu’elle tend à définir. Certains exemples sont frappants tant par leur étrangeté que l’amusement qu’ils peuvent procurer : saviez-vous qu’en France, une loi créée lors de la Révolution et qui n’a toujours pas été abrogée à ce jour, interdit aux femmes de s’habiller comme un homme sauf si elle en obtient l’autorisation spéciale de la préfecture ? Dans une société où le port de la jupe se fait de plus en plus rare (au grand dam de ces pauvres messieurs adorateurs de la gente féminine), il faut bien reconnaître que c’est absurde. D’autres exemples, en revanche, sont bien moins amusants. Depuis quelques années maintenant, le mariage homosexuel fait parler de lui. L’apparition de ce débat, notamment au moment de l’adoption du PACS, en 1999, marque un tournant dans l’inconscient collective puisque désormais la question se pose.

 

Petite précision légale : le mariage homosexuel en France n’est pas interdit à proprement parlé. Il s’agit plutôt d’un problème de sémantique. Prenons l’article 144 du Code Civil : « L’homme et la femme ne peut contracter mariage avant dix-huit ans révolus. » Le problème réside bien dans la formulation L’homme et la femme. La loi est stricte, seul un homme et une femme peuvent se marier. D’autres lois utilisent cette formulation et confirment ce constat. Ceci explique en majeure partie la décision du Conseil Constitutionnel de ne pas déclarer l’interdiction du mariage homosexuel anticonstitutionnel. L’interdiction n’étant formellement écrite et ne désignant pas directement une catégorie de personne, le Conseil était impuissant pour y apporter un changement.

 

Mariage gay : évolution.

 

Nous l’avons dit, la société évolue : aujourd’hui 65% des français sont favorables au mariage entre personnes du même sexe. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous vivons dans une société de plus en plus athée et, pour toutes ces personnes, l’amour est au centre du mariage et la croyance n’a plus rien à voir là-dedans.

 

Nous pouvons nous réjouir qu’une telle évolution se fasse dans les esprits. Certains savent peut-être que dans les années 80, l’homosexualité était encore considérée comme un vice, si ce n’est pas une maladie, par une grande majorité de personnes. L’apparition du SIDA, que l’on appelait aussi le cancer gay à l’époque, n’arrangea rien du tout. Aujourd’hui, on peut se permettre d’espérer : François Hollande en a fait une promesse de campagne, il a obtenu une majorité conséquente à l’Assemblée Nationale et le Gouvernement évoque une proposition de loi pour début 2013.

 

Pourtant, la polémique ne désenfle pas et elle vient tout droit des Eglises. Monseigneur Michel Aupetit réussit, en une phrase, l’exploit, et pas des moindres, d’amalgamer plusieurs des grands stéréotypes concernant l’homosexualité : « Une loi a pour vocation de s'appliquer à tous et donc d'être universelle. Il ne convient pas qu'au nom d'un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L'inceste ? L'adoption d'un enfant par un frère et une sœur ? » Nous pouvons nous poser la question : comment un discours aussi peu amène peut-il être tenu par un homme d’église ? Il est étrange aussi de voir qu'à chaque fois qu’il est question d’homosexualité dans le débat public des mots comme polygamie, pédophilie, inceste, viol, reviennent avec une insistance aussi stupide que dérangeante. La légalisation du mariage homosexuel serait-elle la porte ouverte à tout et n’importe quoi ? Posons la question autrement : unir deux personnes amoureuses l’une de l’autre, n’est-ce pas là la vocation première du mariage ?

 

Monseigneur Michel Aupetit n’est pas le seul à faire parler de lui sur le sujet. L’archevêque de Paris, André Vingt-Trois n’est pas en reste, s’opposant formellement à une mesure qui « mine le sens de l'appartenance sociale dans tous les domaines ». Il renchérit sur l’adoption par des couples du même sexe, la considérant comme une « attitude de “consommation” des enfants comme un bien auquel chacun aurait droit ». Partant de ce principe, posé par l’archevêque de Paris, un couple hétéro ne pouvant procréer serait de ceux qui considèrent les enfants comme des objets que l’on consomme. Avec ce genre de propos, malheureusement, il n’y a pas de demi-teinte. Ils s’appliquent à tous, ou bien à personne.

 

Nous pourrions également évoquer la prière du 15 août. En ce jour d’assomption, l’Eglise Catholique Française se fait la joie de rappeler à tous, par le biais de la prière, quelle est la définition de la famille traditionnelle : « pour les enfants et les jeunes (...) qu'ils cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère ». Cela laisse songeur aux nombreux sous-entendus que peuvent contenir un tel message.

 

Un appel au débat :

 

Monseigneur Michel Aupetit, malgré sa sortie très maladroite, est tout de même ouvert à l’idée d’un débat public sur le sujet avant tout vote. Christine Boutin, éternelle opposante au mariage homosexuel, y est également favorable, allant même jusqu’à proposer l’idée d’un référendum sur le sujet. Cependant est-ce vraiment utile ?

 

Que l’Eglise s’oppose au mariage religieux entre personnes du même sexe, ce n’est pas le problème du Gouvernement français. Depuis fort longtemps, l’Etat et l’Eglise ne sont plus en ménage. La France protège toutes les croyances, mais elle s’en protège également. Cela veut simplement dire que l’Eglise n’a pas son mot à dire dans un tel débat. Dieu n’est pas élu au Parlement. Le mariage, depuis très longtemps, est devenu une institution de l’Etat et c’est à l’Etat de décider qui peut prétendre bénéficier de cette institution. Interdire le mariage homosexuel est une injustice sociale. Chacun doit avoir le droit d’exprimer l’amour qu’il ressent comme il l’entend : par le concubinage, le PACS ou le mariage. Certains diront que l’on a donné le PACS aux homosexuels. Ce n’est pas suffisant. Le PACS n’offre pas les mêmes droits que le mariage.

 

Nous vivons en France. Pays libre, démocratique, républicain. Au dessus de toutes les lois françaises, il y a la Constitution. Intégrée à ce texte fondateur, il y a la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. En un article, ce texte explique en quoi tous les opposants au mariage homosexuel se trompent et pourquoi un débat sur le sujet n’a pas lieu d’être : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »