On est toujours un peu surpris de découvrir la qualité de l'album de Soan quand on sait, sans être mauvaise langue, qu'il a gagné la Nouvelle Star. Mais l'impossible arrive parfois : Soan, après un premier album très réussi, replonge dans la chanson française avec « Sous les yeux de Sophie ». Pour notre plus grand plaisir.

Ce n’est sans doute pas par hasard que la première chose qu’on entend, au début de la première piste de l’album, est une voix nue. Car en effet, bien que les instrumentations soient d’une richesse et d’une qualité incontestable, Soan reste irrémédiablement une voix. Evacuons dès à présent quelques clichés qui lui collent à la peau : non, Soan n’est pas un rebelle débile, il n’est pas un anticonformiste autoproclamé, il n’est pas plus un personnage douteux incarné par un acteur talentueux. Non, Soan est, assez curieusement, plutôt authentique.

Authentique, à l’image de cette voix un peu éraillée, certainement pas « belle » comme peuvent l’être les froides perfections. Authentique, prête à se livrer, se risquer parfois à gueuler, tout en retenant d'autres fois son souffle et s’amenuisant jusqu’au murmure. Soan est une voix avec du corps, une voix dont les accents se font tour à tour furieux et mélancoliques, exaltés et doux. C’est au détour de certains titres que cette voix revêt quelques accents flamands, le temps d’incarner sans le singer un Brel ressuscité.

C’est d’ailleurs parfois une surprise de rapprocher, sans vraiment le vouloir, ce « punkàchien » moderne d’une icône de la chanson française. Pourtant, c’est dans quelques harmonies de « Pour de Bon » que le rapprochement se fait, rapprochement vocal autant que littéraire. Parce que Soan n’est pas qu’une voix, c’est aussi une plume. Une plume, à laquelle il emprunte la légèreté de son écriture, la précision parfois dépouillée de son verbe. Les sonorités se mêlent, les jeux de sons s’associent aux jeux de mots, tout cela sans que la forme prenne le pas sur le fond.

On peut comme ça passer d’un « 1 heure de plus », hymne rieur à la paresse et l'épicurisme qu’aurait pu écrire Brassens, à un poignant « Dam Didam », plus murmuré que chanté, perle de délicatesse fredonnée. On pourrait penser l’éloge fini ici, mais ce serait oublier la musique, l’instrumentation. Et bien m’en coûte de le dire, moi qui déteste ces artistes trop doués pour être décemment critiqués, la musique également se mêle à cette voix et à ces mots en les sublimant. Entremêlée subtilement à tout le reste, elle magnifie les moments de calme, souligne habilement le verbe sans en masquer la verve.

Il est trop rare, désormais, qu’on s’enthousiasme sur les qualités littéraires d’une production musicale. On croyait peut-être fini le temps de nos (grands- ?) parents, ce temps des Brel, Barbara, Brassens, Ferrat et autres écrivains de la musique. Rassurez-vous : quoique moins médiatisées maintenant, on trouve encore dans cet élevage d’huîtres sans saveur quelques perles. Soan est de celles-ci.