Débat qui va et vient depuis des années, la légalisation de l'euthanasie, et plus largement la généralisation des soins palliatifs par rapport à l'acharnement thérapeutique, est un sujet qui fait jaser. A été discuté au Sénat, ce Lundi 11 Juin, un projet de loi visant à reconnaître au patient un droit à mourir.

Cela fait un certain temps que des lois s'enfantent dans la douleur. Qu'il s'agisse de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), portée à bras-le-corps par Simone Veil en 1975, l'abolition de la peine de mort impulsée par Robert Badinter en 1981, ou plus récemment la création du pacte civil de solidarité (PACS), soutenu par divers députés de gauche (dont M. Jean-Marc Ayrault, Premier Ministre actuel) et de droite (Roselyne Bachelot sera conspuée par son propre camp politique pour ses prises de position favorables), toutes ces lois ont eu en commun de briser certains tabous, de provoquer de vives réactions. Ce fut l'occasion d'assiter au Parlement à des débats homériques : Christine Boutin, exemple frappant, fit un discours de quatre heures à l'Assemblée Nationale, brandissant une Bible, pour clamer son refus du PACS.

Aujourd'hui, un autre texte vient prendre place au coeur d'un débat de société assez brûlant : l'euthanasie, ou la consécration du droit à mourir, et par là-même du droit à mettre fin à la vie d'autrui. Enregistrée le 8 Juin à la Présidence du Sénat et présentée le 11 Juin par M. Roland Courteau (PS), une proposition de loi relative à l'assistance médicale pour mourir et à l'accès aux soins palliatifs a vu le jour. En résumé, cette loi dispose plusieurs choses : 

 - La possibilité, pour les malades en fin de vie, de demander à un praticien hospitalier de l'aider à mourir. Ce choix doit être fait par une personne en pleine possession de ses facultés mentales.

 - La possibilité, pour le médecin recevant cette demande, de refuser de l'appliquer, et de réorienter le patient vers un autre praticien.

 - La possibilité pour une personne de prévoir des directives anticipées, en prévision d'un cas où, plus tard, elle serait incapable d'exprimer sa volonté.

Cette demande est révocable à tout moment. Quand les médecins en sont saisis, un collège de praticiens l'examine pour vérifier si, oui ou non, la personne est dans une situation lui permettant de bénéficier de cette aide à mourir. Les praticiens lui présentent également les autres possibilités (soins palliatifs, notamment) qui lui sont offertes, et vérifient sa capacité à prendre des décisions éclairées.

Le déposé de cette loi répond à plusieurs problématiques : l'effectivité actuelle de certaines pratiques d'euthanasie, toujours illégales, notamment l'arrêt des soins en réanimation, la prise en compte de certaines statistiques (les soignants considèrent que seulement 35 % des décès en hôpital se déroulent dans des conditions acceptables, la France est classée 12ème parmi les pays "où l'on meurt le mieux" -sic). Cependant, se posent quand même des questions éthiques, relatives à plusieurs domaines.

En premier lieu se trouve la prohibition de tout acte conduisant à donner la mort à autrui. Hérité de traditions religieuses tout autant que morales, cet interdit reste très fort au sein de la population, et fera très probablement face aux mêmes arguments qui ont précédemment été opposés à la légalisation de l'IVG. En second lieu se trouve le problème du droit à disposer de sa vie et de son corps : a-t-on le droit de "détruire" son corps, comme si on en était simplement propriétaire ? Enfin, la question se pose du "choix éclairé" de la personne : peut-on vraiment prendre cette décision de façon éclairée, la fin de vie étant comme on le sait une période extrêmement difficile pour les individus ?

Il n'y a sans doute aucune réponse absolue à ces questions. On peut néanmoins espérer que, dans l'intérêt commun, le législateur soit amené à prendre une décision exempte de toute considération religieuse et à garder pour finalité le bien des individus concernés.