Suite à la manifestation violente et xénophobe qui a eu lieu à Tel Aviv le 24 Mai, et suite au sujet sur cet événement, il me semble peut-être nécessaire de faire un petit point, enfin un gros point historique sur la création de l'état d'Israël et sa construction progressive, notamment d'un point de vue géographique et architectural.
Deux temps un premier purement contextuel, et un second centré sur la construction de l'état, notamment du point de vue de sa construction et de son architecture.

Suite à la manifestation violente et xénophobe qui a eu lieu à Tel Aviv le 24 Mai dernier, et suite au sujet sur cet événement, il me semble peut-être nécessaire de faire un petit point, enfin un gros point historique sur la création de l'état d'Israël et sa construction progressive, notamment d'un point de vue géographique et architectural.

 

 

 

Pour essayer d'être un peu synthétique et didactique, faisons d'abord un petit point historique sur le contexte et la création de l'état d'Israël.

 

 

 

D'abord, l'idée de créer un État d'Israël n'est pas exclusivement sioniste, elle apparaît dès le 19ème siècle, sous l'égide de mouvements laïques et sionistes. Il est important de le rappeler car les premières vagues d'immigrations vers la Palestine sont issues de mouvements laïques.
Cette volonté de créer un État d'Israël ou plus précisément un « État pour les Juifs » apparaît au 19ème en réaction au climat nationaliste et antisémite faisant jour en Europe à cette période. Rappelons deux points assez symboliques et dramatiques, dans un premier cas l'affaire Dreyfus en France qui exacerbe le contexte et les partis antisémites dans notre Pays, et puis plus dramatiquement encore, les pogroms russes. Le pogrom désigne une agression, avec pillage et meurtres, d'une partie de la population contre une autre. En l'occurrence en Russie l'agression et le meurtre de populations juives.
Le mouvement d'immigration est au départ minoritaire, mais peu à peu des colonies s'installent sur le territoire Palestinien alors géré (dès 1922 en tout cas) par le Royaume Uni. Peu à peu ces colonies vont acheter des terres en Palestine et négocier avec le Royaume Uni.
Rappelons à ce titre que la Palestine était alors administrée par un mandat international et son statut défini par la Société des Nations. Je ne vais pas m'attarder sur ce point mais ce mandat avait pour objectif la mise en place en Palestine d’un « foyer national pour le peuple juif [...] étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ».

 

La gestion britannique de la Palestine et les négociations avec les sionistes de l'époque aboutissent donc à cette intention de créer un foyer national sur le territoire palestinien pour les juifs.

 

L'évolution est progressive, mais c'est en 1947, après la Shoah (qui est l'élément historique déclencheur du processus mais qui n'est pas l'élément fondateur de la volonté d'un état d'Israël) que l'État d'Israël est légalement souhaité.

 

Le 29 novembre 1947, l'assemblée des nations unies adopte la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe.

 

Si les communautés juives accueillent favorablement cette résolution, il n'en est pas de même pour les communautés arabes résidant en Palestine, et le lendemain du vote une guerre civile éclate entre les deux communautés.

 

La guerre finira en 1948 et elle fût remporter par les communautés juives. Le 14 mai, dernier jour du mandat britannique l'indépendance de l'état d'Israël est déclarée.

 

En gagnant cette guerre les lignes de partages de l'État d'Israël évoluent, puisque qu'Israël détient alors 80% du territoire Palestinien de 1947.
Voilà en gros les grandes lignes historiques de l'accession d'Israël à une indépendance étatique. Pour être plus précis maintenant, essayons de faire une synthèse du processus de fondation de l'Etat d'Israël.

 

 

 

L’immigration progressive des juifs vers Israël commence donc activement dès le 19ème siècle sous l’impulsion du mouvement laïque en premier lieu puis du mouvement sioniste. Il y aura plusieurs vagues successives de migrations, appelées Alyah. Ces premiers mouvements de population commencent dès 1881 afin de fuir les pogroms russes en particulier. On peut distinguer deux grandes vagues, celle d’avant 1948 et celle qui suit 1948.

 

En effet, 1948 est une année importante puisqu’elle fonde Israël en tant qu’Etat. La déclaration d’indépendance de l’État d’Israël est proclamée le 14 mai 1948 par le président de l’Agence juive, David Ben Gourion, qui devient le premier, premier ministre d’Israël.

 

Néanmoins l’émergence d’institutions politiques, de partis, de groupes idéologiques se fait dès les premières vagues de migrations. On y trouve notamment déjà quasiment tous les membres de la Mapaï (le parti travailliste Israélien qui assurera le développement de l’Etat dans ces premières années d’existences). Ainsi David Ben Gourion qui lira la déclaration d’indépendance d’Israël, est arrivé dès la deuxième vague de migration, c'est-à-dire au tout début du XXème siècle.

 

Il déclara : « La grande révolution n’est pas encore terminée, ses fonctions essentielles viennent à peine d’être mises en œuvre. Dans un avenir proche nous devons poser des fondations qui dureront des années, des siècles peut-être. Il nous faut façonner le caractère de l’Etat d’Israël et le préparer à remplir sa mission historique ».

 

Une fois ces nouveaux points historiques rapidement évoqués, il faut nous centrer sur cette idée de « fondation » et l'exploiter comme architecture, construction politique, c'est-à-dire institutionnalisée ou idéologisée.

 

Quand on parle de la création d’Israël, on entend souvent ces mots accolés, la « fondation de l’état israélien ». Et à juste titre c’est bien de fondation au sens littéral du terme qu’il s’agit. On distingue là aussi plusieurs périodes architecturales, plusieurs périodes de fondation, de construction. Périodes qui suivent les vagues de migrations, mais que l’on peut découper en trois grandes étapes. Une période pré ou proto-étatique sous le consulat britannique, une période étatique avec un véritable plan d’urbanisme, le plan « Sharon » après 1948, et enfin la construction de la « barrière de sécurité » et les nouvelles colonisations (« la guerre des sommets ») à partir des années 90 et du gouvernement Rabin.

 

Commençons par une rapide citation de Sharon Rotbard architecte à Tel Aviv :

 

« La caractéristique la plus significative de l’architecture israélienne, à la fois la plus évidente et la plus cachée, réside dans sa dimension politique. »

 

« Tout acte architectural accompli par des juifs en Israël est en soi, institutionnellement ou non un acte sioniste ». On peut également citer ici une phrase que l’on retrouve souvent dans les programmes sionistes, un slogan : « Construisons la terre d’Israël ». Et en effet, l’architecture ou au moins la construction, est au centre de la fondation d’Israël. Par définition l’état juif est une pure appropriation, construction cartographiée d’un territoire. Rappelons qu’aujourd’hui un parti d’extrême droite, celui d’Avigdor Libermann (au gouvernement), a pour nom « Notre Maison Israël ».

 

Il nous faut évoquer rapidement ces étapes de construction, de fondation de l’état d’Israël. Etapes qui ne prétendent pas à l’exhaustivité bien sûr. D’abord la période pré-étatique est une période compliquée. Si on ne peut pas encore parler d’état israélien au sens propre, on trouve néanmoins dès la création des premières communautés et notamment du premier Kibboutz en 1909, des figures de la construction israélienne. Il faut bien voir que la frontière en Israël est mince entre construction civile, construction d’état et construction politique. L’un ne pouvant aller sans l’autre, l’un étant déterminé, souhaité par l’autre.

 

C’est dans cette période pré-étatique que s’établit  le « réflexe » des colonies pour reprendre le mot d’Oren Yiftachel (professeur de Géographie politique).

 

En effet on trouve plusieurs types d’implantations civiles qui perdureront pendant la période étatique et seront même encouragées par l’état. Notamment la figure du Kibboutz, du Mochav, de l’ l’Homa Oumigdal (poste-avancé), de la colonie.




    • Le Kibboutz : Le kibboutz (de l'hébreu: kibboutzim; « assemblée » ou « ensemble ») est, selon Wikipédia, une communauté ou village collectiviste d'Israël développée par le mouvement sioniste sous l'influence des idées du socialisme (Notamment des premières cellules du Mapaï, et de Poale sion). Le premier kibboutz, Degania, est fondé en 1909.



Il s'agit à l'origine de communautés rurales, agricoles, mais des activités industrielles ont commencé à y être développées dès les années 40.

 

Les Kibboutz sont également des lieux d’éducation et de sensibilisation politique, regroupant un bon nombre de militants qui deviendront plus tard des officiers ou des hommes politiques en Israël.




    • Un mochav (en hébreu : mochav- signifiant : installation, village, ou encore demeure, habitation, séjour) est, toujours selon Wikipédia, un type de communautés agricoles coopératives israéliennes associant plusieurs fermes individuelles.



Il se distingue du Kibboutz en tant que s’il est une communauté regroupée autour d’une coopérative, de plus il s'agit un lieu ou tout n’est pas fait en commun. Il organise une exploitation individuelle des terres.

 

La deuxième période, est celle étatique du Plan « Sharon » qui suit le « Plan de partage de la Palestine» entériné par l’ONU le 29 Novembre 1947 (Ce qui conduira à la guerre de Palestine).

 

Israël, est un pays « établi à l’avance », un pays planifié. Il s’agissait pour reprendre les mots de Zvi Erat : « de reconstruire et de reconcevoir les matrices géographiques, écologiques et agronomiques de l’endroit – ses schémas d’urbanisation, de socialisation et d’emploi, l’ensemble des structures de la production et des services, le fonctionnement de la vie publique, mais aussi la façon de domestiquer la terre dans le nouvel état d’Israël ».

 

Le projet de Ben Gourion de « transformer le pays, la nation, tout notre mode de vie », peut alors trouver une comparaison dans les plans quinquennaux Stalinien, le New Deal américain, ou encore les projets britanniques de Ville Nouvelle après guerre.

 

C’est dans ce contexte politique et idéologique qu’on confie à Arieh Sharon un architecte issu de Bauhaus et membre du parti travailliste israélien un « bureau gouvernemental de l’Urbanisme ».

 

En une année, à peine, ce bureau fut chargé d’élaborer un schéma directeur pour Israël. C’est ce que l’on nomme le « Plan Sharon ». Ce plan a eu pour modèle l’opération de construction des villes nouvelles ouvrières dans l’Union Soviétique.




    • L’objectif principal de ce plan était de fournir des solutions provisoires pour héberger la masse de nouveaux immigrants et à favoriser la colonisation des zones frontalières du pays pour stabiliser la ligne de cessez-le-feu. Implantation en cabane. On voit apparaître des toits, absents jusque là du paysage architectural local.

 


    • Le plan a été conçu et pensé pour une population de 2 650 000 d’habitants. L’objectif y était de répartir la masse de la population selon une logique de 45% de la population urbaine habite dans les trois grandes villes (Tel Aviv, Jérusalem, Haïfa) contre 82% jusqu’alors. Ainsi il s’agissait de répartir la population sur le territoire afin d’en densifier l’appropriation.

 


    • Cette décentralisation a pu consister à utiliser des implantations civiles d’avant-postes (suite des figures pré-étatique). Etait appliquée une politique du « directement du bateau aux zones colonisées »



Ce plan s’inscrivait donc dans un certain paradoxe




    1. Une tentative d’élaboration, de synchronisation et de surveillance d’un peuplement « naturel » et « historique »

 


    1. Une urbanisation volontairement anti-urbaine





    • A cet effet le territoire a été divisé, subdivisé en 24 secteurs devant compter sensiblement le même nombre d’habitants.



Le plan Sharon propose ainsi un maillage hiérarchisé du territoire composé d’une répartition de villes nouvelles à taille humaine de 20 à 50 000 habitants.




    • La ville nouvelle devait ainsi être une sorte de « kibboutz agrandi, fondé sur une communauté homogène, collective et égalitaire, sans capitaux privés ni forces du marché ».

 


    • La ville devant osciller dans sa création entre formalisme et utilitarisme, les quartiers devenant des unités de voisinage, sorte de quartier intime, rétrécit autour de micro-communauté homogène. Le tout encadré par des espaces verts luxuriants n’ayant finalement jamais réussi à pousser, laissant les maisons dans un désert nu avec pour seul paysage le sommet ou le vis-à-vis.



C’est ce schéma de peuplement qui prévaut encore aujourd’hui, notamment dans l’autorisation de la construction de nouvelles colonies privées.
La dernière étape de construction, est donc plus récente, très récente même, il s'agit de la construction du mur de séparation. Mur de séparation dont la construction commence en 2002 et qui lance également un ensemble de décrets et de lois qui segmentent les citoyens d'Israël selon leur territoire géographique. Concrètement un Palestinien vivant hors du mur n'a pas les mêmes droits qu'un Palestinien vivant à l'intérieur du mur, qui n'a lui-même pas les mêmes droits sur le territoire qu'un Israëlien. La barrière de sécurité jouant donc le rôle d'une frontière physique mais aussi clairement le rôle d'une segmentation de l'espace selon des pratiques du temps et de la vitesse. A savoir qu'un Palestinien vivant hors du mur est contraint par un ensemble de règles qui interviennent dans sa vie quotidienne à avoir une appréhension lente du territoire, du fait de la systématisation des contrôles, des check-point, des barrages, etc.

 


Voilà pour ce long bref aperçu de la fondation de l'état d'Israël, en espérant que ça éclaire un peu la situation complexe du territoire de Cisjordanie...