On pense souvent que la vieillesse n'est rien d'autre que la fin de la vie. Qu'être vieux, c'est n'être plus que spectateur de la vie des autres, en attendant de s'éteindre doucement. On a tort. Petit voyage dans un livre qui parle de vieux sans être chiant.

Jonas Jonasson est un journaliste. Et ceux qui pensent que ceux-ci sont incapables d'avoir du talent pour la "vraie littérature" (celle qui invente, et non pas celle qui décrit) sont des cons. Oui, Jonas Jonasson est un journaliste, et oui, son livre est bourré de talent. Il est possible, actuellement, d'avoir une image assez ... sombre de la littérature scandinave. Quand on en parle, en général, on pense à des thrillers, de bons romans policiers, mais en général des bouquins qui vous dépriment plus qu'un journal de 20 Heures. Pas ici.

"Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" est loin, mais alors loin d'être un de ces livres déprimants sur la vieillesse. On ne vous ennuiera pas avec les vieux gâteux qui pleurent leur jeunesse perdue, avec ce lieu commun qu'est la "transmission" (le jeune venant voir son pépé et qui apprend de lui pendant tout le livre, et se réveille soudain à la fin en étant enfin devenu un homme). Non, loin de là. Ce livre n'est pas contemplatif : il est plein d'action. Mais alors, de quoi parle-t-il ?

Tout commence dans une maison de retraite. Allan Karlsson vient d'avoir un siècle. Mais il n'a pas du tout envie d'assister à sa fête d'anniversaire, comme vous l'aurez compris. Alors, tout simplement, il décide de fuguer. Et il réussit. Démarre alors une sorte de fuite sans but, à travers la Suède. Notre joyeux centenaire suivra ses pas (et son attrait pour tout ce qui est alcoolisé, parce qu'il faut bien avoir des priorités dans la vie), et rencontrera au fil de ses pérégrinations tout un tas de joyeux (et moins joyeux) lurons.

En parallèle, nous revivons aussi la vie d'Allan, depuis sa naissance, et sa vie qui a traversé le XXème siècle. Grâce à un talent assez particulier (sa passion, c'est faire exploser des trucs) et une totale absence de convictions politiques, il va se retrouver au coeur des plus grands événements du siècle. Il aura l'occasion de rencontrer, dans le désordre, le président Truman, Joseph Staline, Mao Tsé-Toung, Kim Il-Sung, le Général Franco, et plusieurs autres figures de son époque. Tout cela, souvent, par le plus grand des hasards, et en regrettant que chacun de ces personnages se sente obligé de parler politique avec lui. On y apprend au passage une chose : les plus grands conflits ont tous commencé par une querelle idiote, et que "la solution était bien souvent de partager une bouteille d'une contenance minimale de soixante-quinze centilitres, puis de regarder vers l'avenir".

Vous l'aurez compris, on est bien loin de la fresque historique réaliste. Ni du roman policier traditionnel. C'est là que le roman trouve tout son intérêt : en évitant de se prendre au sérieux, il offre une lecture totalement différente, parfois totalement fantasque, des grands conflits du XXème siècle. Staline, Franco, Kim Jong-Il paraissent (presque) humains, et jamais le discours politique ne dure-t-il très longtemps : le caractère profondément apolitique d'Allan le pousse à resservir un verre à son interlocuteur jusqu'à ce qu'il arrête.

Même quand on revient au présent, la galerie de personnages, même si moins remplie de personnalités, reste savoureuse : un vieux truand, une femme au langage assez peu policé, un presque-diplômé de tout et n'importe quoi, et même un éléphant d'Asie complètent le tableau afin d'offrir au centenaire une aventure de nature à faire oublier l'ennui. Ne cherchez pas le sérieux là-dedans : ce livre est truffé d'humour, parfois absurde, mais toujours drôle. Les situations s'enchaînent de telle façon qu'on finit par ne plus croire au hasard, et à ne penser qu'une chose, exprimée par Allan au début du livre : "les choses sont ce qu'elles sont et elles seront ce qu'elles seront".

Un livre, deux trajectoires, deux histoires, des hommes et femmes puissants, des hommes et femmes du peu, mais au final, un seul sourire, omniprésent sur votre visage quand vous le lirez.