Élection présidentielle oblige, la France est actuellement plongée dans un tourbillon médiatique où chacun est emporté, tout appelé qu'il est scruter candidats et partisants, hommes, femmes et militants. Les meetings, les phrases « choc », les marionnettes des guignols ou encore les affiches électorales participent à créer une image des candidats, véritable icône figée, qui précède la femme ou l'homme en tant que tels pour, finalement, parfois les remplacer. Ainsi, une paire de lunettes rouge et c'est Eva Joly toute entière qui se redresse dans nos esprits. Devenue cravate ou écharpe, la couleur rouge incarnera Jean Luc Mélenchon, dans un écho mitterrandien assumé. De fait, alors que le numéro de GQ France de Mai 2012 se pose la question du « style » des candidats, celui ci s'impose comme un élément déterminant de leur personnalité. Couplé à une attitude caractéristique, il se fait l'ambassadeur visuel d'une idéologie politique.

Après avoir, en 2011, incarné 55 « écrivaines », Stéphane Foenkinos récidive et incarne désormais non plus des femmes de lettres, mais des femmes au coeur de la politique, passée ou actuelle, de notre pays. Gauche ou droite, jeunes ou vieilles, sourire rayonnant ou mine sévère, ce n'est pas tant le travail de maquillage et la perruque qui transforment le réalisateur en figure féminine de notre échiquier politique. Un regard, un geste, un accessoire ou une position face à l'objectif suffisent ici à imposer avec évidence l'identité esquissée. Le mimétisme n'est pas parfait, la clarté de la correspondance en est d'autant plus saisissante. Foenkinos n'est pas, ici, un transformiste, il est un évocateur. Il est aussi un œil juste qui, assisté d'une petit équipe, détermine et met en scène ce détail qui résume un personnage entrevu sur nos écrans. Roselyne Bachelot, dans un sourire chevalin disparaît derrière son rose à lèvres éclatant. La douceur de Nathalie Kosciusko-Morizet se dissimule derrière une grande étole verte tandis que Nadine Morano fronce les sourcils sous sa perruque blonde. Le spectateur remonte le temps devant cet avatar masculin d'une Simone Veil, quittant dans un flash back l'habit d'Immortelle pour retrouver le tailleur ministériel. 
Un projet tendre qui porte un regard amusé sur des femmes de tête qui portent sur leur corps l'ambition et la diversité d'une classe politique qui, douze ans après, peine encore à actualiser la loi du 6 juin 2000. Au croisement des deux thèmes, un art caméléon à découvrir dans ELLE, qui s'inscrit dans son temps et révèle des mécanismes importants grâce à un jeu de miroir suffisamment léger pour ne pas trop se prendre au sérieux.