Sous la capitale, les anciennes carrières forment un dédale de près de 300km. Abusivement appelées "Catacombes" suite aux déversements d'ossements issus des cimetières parisiens au début du XIXème siècle, elles sont aujourd'hui largement parcourues par des visiteurs clandestins, appelés "Cataphiles".

En 1810, l'Ossuaire Municipal de la place Denfert Rochereau fut ouvert aux visiteurs. Il s'agit en fait d'ossements provenant des anciens cimetières Parisiens, transférés dans les anciennes carrières du hameau de Montrouge en 1786. A travers un parcours de 1,7km de long, le visiteur pourra parcourir ces anciennes carrières à travers les corps de près de six millions d'individus après avoir vu les sculptures de l'ouvrier Décure...

En réalité, ces mystérieux souterrains sont beaucoup plus étendus. Deux grands réseaux principaux couvrent la rive gauche, un de 25km sous le 13ème arrondissement, et un autre de 185km sous les 5e, 6e, 14e et 15e arrondissements ainsi que sous Arcueil et Bagneux.

 

La confortation des carrières :

Tout commence au XVIIIème siècle: alors que Paris croule sur ses anciennes carrières de pierre à bâtir exploitées à partir de l'époque gallo-romaine, un décret royal proclame en 1777 la création d'un service, l'Inspection Générale des Carrières, chargé de localiser et conforter tous les anciens vides abandonnés sous Paris. Pendant plus de 200 ans, les 22 inspecteurs successifs de l’Inspection Générale des Carrières vont faire construire environ 250 kilomètres de galeries sous les voies publiques de Paris, accessibles par 276 puits d’accès. Le principe est de combler les anciennes exploitations avec des remblais, et d’y aménager des galeries, généralement maçonnées, afin de pouvoir vérifier la stabilité de l’ouvrage. D’autres galeries dites de « recherche » sont taillées dans la pierre afin d’accéder aux vides. Ces galeries suivent la plupart du temps le tracé des rues parisiennes : le propriétaire d’un terrain étant également détenteur de ce qui se trouve au-dessous, il était plus économique pour l’IGC, organisme public, d’effectuer ses travaux sous des voies publiques. Lors des travaux Haussmanniens, d’importants travaux de confortations souterraines eurent lieu, notamment sous les réservoirs de Montsouris : une véritable cathédrale souterraine de 1800 piliers construite de 1868 à 1874 qui aujourd’hui alimente en eau potable la rive gauche de Paris.

 

L’arrivée du Métro :

Peu avant de construire le Chemin de Fer Métropolitain de Paris (qui ouvrit ses portes le 19 Juillet 1900), il était nécessaire de vérifier la stabilité des terrains qui se trouvent en dessous. Les anciennes carrières devaient effectivement résister au passage des trains de plusieurs dizaines de tonnes quelques mètres au-dessus. Durant près de quinze ans, les galeries situées sous le tracé des lignes de métro et des voies de service (raccordements, ateliers de maintenance,…) vont être confortées à l’aide de la pierre meulière, un matériau bon marché et résistant. C’est sur ces galeries que, sur la rive gauche, le métro repose encore aujourd’hui.

 

La réutilisation des vides :

Une fois consolidés, les vides de carrières sous Paris comme en banlieue connurent divers usages, outre le déversement des ossements, bien différents de celui d’exploitation de la pierre, à laquelle ces vides étaient destinés. Commencée en 1814, une des premières réutilisations des vides sous Paris fut la culture des champignons. Le climat des carrières, humide et de température constante, est idéal pour ce genre de culture, mais aussi pour la fabrication de la bière, qui fut produite par onze brasseries souterraines dans Paris, dont il reste encore quelques vestiges.

À l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, les carrières des coteaux de Chaillot furent spécialement converties en attractions sur « Le Monde Souterrain » et en « Exposition Minière Souterraine ». Il était possible de parcourir grâce à un train électrique un atelier d’extraction de mine, ainsi qu’une mise en scène du Tunnel sous la Manche tel qu’imaginé à l’époque. A la fin de l’exposition, tout ce qui était récupérable fut démonté, mais certaines de ces infrastructures existent encore aujourd’hui.

A partir des années 1920, la peur de la guerre et des attaques au gaz fit naitre le concept de Défense Passive. Il s’agit d’aménager des abris souterrains. Les anciennes carrières vont également servir à aménager ce genre d’abri, comme sous la rue Notre Dame des Champs ou sous l’Avenue de Choisy. En 1943, l’armée d’occupation allemande s’implante dans un abri sous le lycée Montaigne, et en Août 1944 l’État-major des FFI réquisitionne un abri situé sous la place Denfert Rochereau. Au même moment, un troisième abri, situé sous la rue des Feuillantines, destiné au gouvernement de Vichy fut terminé mais ne fut finalement jamais utilisé.

La dernière utilisation des galeries de carrières fut le passage des câbles de téléphones. Le milieu étant extrêmement humide et oppressant pour les ouvriers, les câbles furent abandonnés puis démantelés jusqu’en 2009.

 

Etat des lieux aujourd’hui :

Actuellement, les anciennes carrières parisiennes ne connaissent plus d’activité liée à la vie en surface, et sont aujourd’hui quasiment oubliées. Cependant, elles connaissent une activité clandestine grandissante, celle des individus qu’on pourrait appeler les « cataphiles ».

Ces visiteurs se promènent en toute clandestinité dans les anciens vides de carrières, malgré un arrêté établi en 1955 interdisant formellement l’accès à ces lieux. En réponse à cette activité clandestine l’Inspection Générale des Carrières condamne les puits d’accès, mure ou injecte de béton certains secteurs, ce qui provoque une forte hausse de l’humidité et par conséquent un risque d’effondrement des galeries. Les cataphiles créent alors d’autres accès, permettant de communiquer avec d’autres réseaux accessibles (égouts, vides techniques, …), dans des chantiers prenant parfois l’ampleur de travaux publics. Des squats sont aménagés, comme sous le palais de Chaillot jusqu’en 2004, où un détournement d’électricité permettait d’alimenter un bar-cinéma clandestin.

Malgré l’existence d’une brigade de police spécialisée depuis les années 1980, les cataphiles continuent d’arpenter les différents réseaux, dans le but de partager leurs connaissances, et de découvrir voire protéger et mettre en valeur ce patrimoine unique oublié.

 

Véritable support de la rive gauche, les Catacombes sont peu à peu oubliées de la surface et de la vie quotidienne des parisiens, mais abritent une activité clandestine, visiteurs et protecteurs d’un endroit unique chargé d’Histoire. À une époque où chaque année des secteurs entiers disparaissent inexorablement dans les injections, il est encore temps de mettre en valeur le riche patrimoine que sont les anciennes carrières de Paris et, plus généralement, de l’Ile de France, qui constituent aujourd’hui un des plus grands ensembles architecturaux souterrains.