Isabel Marant est l'une des figures emblématiques de cette nouvelle génération de créateurs français. Ces trois dernières années, cette entreprise de la mode a vu son chiffre d'affaire exploser. Voici quelques éléments.

C'est dans le populaire mais très branché 11ème arrondissement, près de la Bastille, qu'ont trouvé refuge les ateliers Marant. Loin de l'avenue Montaigne et de ses créateurs qui habillent des fantasmes féminins, Isabelle Marant, et elle le dit elle-même, confectionne des vêtements pour les femmes, les vraies, n'en déplaise à ceux qui la taxent de faire de la mode bobo et décomplexée. 

C'est donc, au couvent Cordelier, qu'a eu lieu en pleine fashion week le dorénavant très suivi défilé Marant, au programme : cowboy, yankee et Far West, la créatrice à la voix rauque séduit encore une fois la presse parisienne et les nombreuses célébrités présentes, mais déçoit aussi tant elle a recyclé ses anciennes collections. Forte de ses débuts remarqués, les défilés prêt-à-porter Isabel Marant font à chaque saison le bonheur des fashionistas décontractées qui s'inscrivent en faux contre les bimbos à grosse poitrine: le style de la marque étant discrètement androgyne, la silhouette s'y distingue par son allure négligemment étudiée.

Résultat, la dégaine Marant cartonne dans les quatre coins de la planète à défaut des industries françaises. De Tokyo à New-York en passant par Londres, les femmes s'arrachent ses créations qui mêlent à chic parisien, et le bohème sexy qu'affectionnent tant les modeuses.

Bref, en pleine crise économique, cette entreprise de la mode, qui au passage est l'une des seules dans l'hexagone qui soit autofinancée, a vu son chiffre d'affaire augmenter de 50% et ses points de vente se multiplier. Mais, avec cet énorme succès, est arrivé en filigrane un sentiment communément partagé dans le haut milieu de la mode: la pression. Car la marque hype et parisienne fait partie maintenant de la cour des grands, et à l'image de Fendi, elle doit maintenant maintenir ses défilés à la hauteur de l'ultime degré du prêt-à-porter haut de gamme. C'est donc à coup de millions d'euros et de tops models reconnus internationalement, en témoigne la photo avec Gisele Bundchen, que la griffe Marant fait sa pub, ce qui contraste beaucoup avec les débuts de la firme.

Finalement, ce qui reste paradoxal, c'est que la marque se targue de confectionner des vêtements pour les femmes, peu importe leurs physiques ou leurs conditions sociales. Or, dans les faits, les vêtements sont effectivement abordables physiquement mais au niveau des prix, c'est une autre histoire, ou en tout cas au regard d'une large catégorie de la population.