MissDiane, jeune transgenre de Zag, a réalisé cette interview. Les phrases n'ont aucunement été modifiées et ont été retranscrites telles quelles. La personne interviewée, LadyBushi, est un jeune trans FtM.

MissDiane: Bonjour LadyBushi. Je vais te poser quelques questions pour tenter de mieux te connaître et de savoir comment tu perçois la transidentité. Tu es sûrement l'une des personnes les plus connues sur Za-gay. Mais pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore?

LadyBushi: Bonjour MissDiane, ça sera avec plaisir que je répondrais à tes questions. Je m’appelle Nathan et je suis un jeune transgenre, mon pseudo est LadyBushi, je suis modérateur des blogs et du forum du site Za-Gay. J’ai 21 ans j’entre en septembre prochain en école d’art culinaire. J’aime tout ce qui touche à la cuisine, comme la pâtisserie, je suis passionné par le Japon, la littérature. J’adore les arts martiaux, et pratique l’iaido, un art martial japonais consistant à dégainer le sabre et à trancher.

MissDiane: Dis-moi, selon toi, quel impact ta transidentité a-t-elle sur ta vie amoureuse?

LadyBushi: C’est une question ma foi très intéressante. Ma transidentité enrichit ma vie amoureuse. En effet elle me permet d’être moi-même et de me sentir plus libre dans ma façon d’être. Ma chérie et moi vivons bien ma transidentité, même si parfois, elle peut nous réserver de mauvaises surprises. Comme par exemple les regards douteux quand on se promène main dans la main dans la rue. Ma copine a trouvé une méthode imparable : fixer les gens quand ils nous regardent, et ça marche, on ne nous regarde plus. Depuis que je suis transgenre, je vis ma vie de garçon, ça me change de la vie de femme que je vivais, car la façon de se comporter dans sa vie amoureuse est totalement différente. Sexuellement, j’ai découvert les plaisirs masculins, tout en conservant le plaisir que je ressens avec mon sexe d’origine. En clair, ma transidentité a donné un nouveau sens à ma vie amoureuse, je me sens bien plus épanouie, et mieux compris. Elle donne un nouvel impact, une nouvelle flamme, c’est un renouveau dans ma vie amoureuse.

MissDiane: Comment as-tu annoncé à ta famille proche que tu es un garçon? Quelle réaction ont-ils eue?

LadyBushi: Les seuls membres de ma famille au courant à propos de ma transidentité sont ma mère et ma sœur. Ma sœur s’en doutait depuis le début, et m’a dit de réfléchir plus sérieusement à la question. Quant à ma mère… Ce fut tout autre chose, sa réaction ne se fit pas attendre. Elle estime que je suis bien trop jeune pour décider du fait que je ne sois pas une femme, mais un homme. Elle ne supporte pas cette idée, car elle m’a élevée et toujours vu comme une femme. Je ne la blâmerais pas car je comprends tout à fait. Elle doit faire le deuil de la personne qu’elle a toujours connu et aimé, et je pense que c’est comme cela que les proches des trans perçoivent le changement de sexe de l’un de leurs proches. Ma mère m’a dit que si je décidais de faire cette transition, je devrais partir ailleurs, loin de ma famille. La réponse est claire, et je m’y attendais. Mais je tiens à dire aux jeunes trans qui se cherchent et qui souhaite en parler à leur famille de ne pas se décourager et de se battre. 

MissDiane: Te souviens-tu de la façon dont tu as découvert que tu n'étais pas une personne comme les autres?

LadyBushi:  Quand je l’ai découvert, j’ai pleuré. En fait cette prise de conscience s’est faite en plusieurs étapes. Vers 16 ans je me suis vraiment découvert « lesbienne » (car j’avais déjà des doutes bien avant !), cette première découverte s’est faite lors de ma première relation amoureuse… Je sortais avec une femme un plus âgée, elle avait au moins 24 ans, elle était hétérosexuelle, et je me découvrais réellement, c’était quelque chose de nouveau, que ce soit physiquement ou bien mentalement, c’est à ce moment-là que je m’affirmais. J’avais des désirs, masculins, j’avais des envies d’avoir un sexe masculin, un torse. La jeune femme dont je vous avais parlé ci-dessus, m’appelais déjà « Petit homme », ça lui plaisait, et moi j’adorais ça.
Après cette relation, j’ai commencé à aller mal, à me demander qui j’étais. J’ai donc commencé à plonger dans une dépression, on se moquait de mon physique, surtout au niveau de ma pilosité. J’ai été voir mon médecin, qui m’a fait prendre conscience que j’étais différente, mais que ce n’était pas une honte. Mon médecin m’a dit le plus simplement du monde que j’avais un corps androgyne. Des épaules carrées, une forte pilosité… J’ai donc été consulté un endocrinologue (spécialiste des hormones). Pour savoir d’où venait cette forte pilosité, j’ai fais des échographies pour savoir si j’avais des kystes aux ovaires. Bien évidemment, je n’en avais pas. L’endocrinologue m’a dit qu’il n’y avait aucune cause hormonale, elle m’a juste dit que j’avais de l’hirsutisme, en clair que c’était bien plus profond que des hormones. J’avais donc décidé de m’épiler et de renier ce côté masculin que j’aimais tant, pour le bien de ma famille, car dans la rue, on m’appelait déjà « monsieur ».
Mais quand je suis arrivé à la fac, les choses ont totalement changés, j’ai commencé à me poser des questions sur mon identité, après avoir laissé de côté ce questionnement. J’ai été pour la première fois dans une association LGBT le « J’en suis j’y reste » à Lille. J’ai rencontré des homosexuels, mais aussi des trans. Au début la rencontre avec les trans était troublante mais plus je les fréquentais, plus je commençais à me dire que j’étais comme eux. Que j’étais une personne dans un corps qui ne me correspondait pas. Puis j’ai commencé à fréquenter un tomboy (terme venant d’Asie, qui signifie « garçon manqué », il s’habille comme un garçon, mais garde ses organes féminins et se nomme par un prénom masculin). Il s’appelait Kiro, et m’avais réellement fait découvrir le domaine de la transidentité, je ne suis pas sorti avec lui, mais nous avions créé une belle amitié, très riche ! C’est alors là que tout est venu, je me suis dit « je suis un garçon », j’ai pleuré, j’ai ri, et j’en ai parlé à Claire, ma meilleure amie. C’est alors là que j’ai décidé de prendre le prénom « Nathan » et qu’on devait me nommer par « il » et non plus par « elle », cette découverte à était très forte et très émouvante. J’avais la conviction que je devais militer non seulement pour la cause homosexuelle, mais aussi pour la cause transidentitaire.

MissDiane: Vers quel âge as-tu commencé à sortir avec des filles?

LadyBushi: Avec la découverte de mon homosexualité à 15 ans (même si j’avais des doutes bien avant), j’ai eu ma première relation à 16 ans avec une femme de 24 ans. Puis petit à petit j’ai commencé à rencontrer des filles. C’est surtout à la fac que j’ai réellement commencé à m’assumer en tant que lesbienne, et que j’ai eu de vraies relations amoureuses. Maintenant, je suis en couple et très heureux avec ma petite amie.

MissDiane: Que réponds-tu aux gens qui te discriminent dans la vie de tous les jours? 

LadyBushi: J’ai déjà eu pas mal d’intolérance au lycée par rapport à mon homosexualité, je me suis battu seul face à l’homophobie, et je m’en suis sorti, bien plus fort. Et je souhaite utiliser ce vécu pour aider les autres. Maintenant, j’ai une tout autre forme d’intolérance et de souffrance. C’est celle de la transphobie, qui est bien moins mis à jour, mais qui commence à l’être grâce au combat menée par les associations LGBT. J’ai donc été déjà confronté face à cette haine et à cette peur des trans. Comme par exemple les moqueries de vendeurs dans les magasins de vêtements, tout ce que je peux faire c’est les regarder en souriant et voir leur visage rougis par la honte. Je peux aussi très bien les ignorer et les laisser dans leurs bêtises, le fait de les ignorer les fait enrager. Pour les regards insistants et suspicieux dans la rue, je les fixe ou les ignore, c’est la seule chose à faire, et celle qui fera le moins souffrir. L’ignorance est bien plus violente que les coups et les mots.

MissDiane: Maintenant, parlons société. En cette période d'élections, qu'attends-tu de la part du futur président de la République française, concernant la transidentité? 

LadyBushi: Je m’intéresse énormément à la politique depuis un certain temps. Avec le gouvernement et l'homophobie de certains, notamment avec Monsieur Vanneste, j’attends un changement, un véritable tournant. Les candidats à la présidentielle se disputent la place de président. Mais je suis inquiet, car Le Front National pourrait très bien nous priver de nos droits, à nous les LGBT… Mais passons, Monsieur Nicolas Sarkozy, lui, ne semble pas réellement se préoccuper des homosexuels et des trans, et puis de toute façon je n’adhère pas à ses principes. Par contre, Monsieur François Hollande semble bien plus préoccupé, surtout aux droits des trans, il souhaite renforcer l’accompagnement des personnes trans que ce soit dans le suivi psy, le traitement des hormones, l’opération, le changement d’état civil… Ca me parait très intéressant. Mais ce que j’attends des présidentielles, c’est que l’on instaure des moyens de lutter contre la transphobie et de faire de la prévention dans les écoles afin de sensibiliser les jeunes face au changement de notre société. Car la question de genre devient préoccupante, et beaucoup de pays semblent s’y intéresser, l’Australie et l’Inde sont déjà passé à l’acte, et désormais sur notre carte d’identité, nous pouvons être trans ! La France est totalement en retard pour les droits LGBT et j’attends de 2012 que les politiques mouillent leur chemise et décide de respecter nos valeurs « Liberté, Egalité, Fraternité », qu’on légalise une bonne fois pour toute le mariage homosexuel car nous faisons partie des derniers pays à ne pas l’avoir fait. Mais aussi de faciliter le changement d’état civil pour les trans , de faciliter la transition, que la sécurité sociale aide les trans lors du suivi psy, du traitement des hormones et de l’opération.

MissDiane: Que penses-tu des clichés sur la transidentité en France?

LadyBushi: Les clichés de la transidentité en France sont tout simplement dégradants et affligeants, même je pense que ceux que je vais vous citer et qui sont les plus récurrents sont aussi accompagnés par d’autres préjugés ,que je ne connais pas forcément. Car comme vous le savez il n’y a que deux sexe selon la société, le sexe masculin et le sexe féminin. C’est à cause de cette schématisation que les clichés sur la transidentité fusent. Comme par exemple que les trans ne sont que des prostituées… Et que j’ai déjà lu sur zag qu’il y en a pas mal au bois de Boulogne. Pas totalement faux, mais tout simplement honteux. Ensuite , j’ai entendu que pour voir des trans partout, il faut aller au Brésil ou en Asie… En fait, il y en a partout dans le monde, même si on mystifie l’androgynie des asiatiques (que je ne contredis pas), les trans vivent partout dans le monde, et non pas dans des régions particulière du monde. N’écoutez pas ces préjugés, renseignez-vous avant d’énoncer de telles bêtises. Une dernière idée reçue, que je trouve vraiment monstrueuse est celle-ci : Les trans sont des malades mentaux. Il y a une trentaine d’année, l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale, donc j’appelle les homosexuels à se souvenir de cela et à respecter les trans qui ne sont pas des malades mentaux, car en France, il y a deux ans, la transidentité a été retirée des maladies mentale en France, et non pas de celles de l’OMS (organisation mondiale de la santé). Tous ces préjugés que j’ai cités sont purement et simplement humiliants et dégradants et affligeants. Les trans sont des êtres humains, et non pas des monstres.

MissDiane: Revenons à ta personne. Quelle personne réelle ou fictive est ton idôle? 

LadyBushi: La personne qui m’a le plus influencé sur ma vie est Freddie Mercury, chanteur de Queen, mort du SIDA en novembre 1991 à l’âge de 45 ans. Cet homme a bouleversé ma vie, pour moi c’est le symbole de la lutte contre le SIDA et l’homophobie. Il adorait se travestir, notamment dans son clip « I want to Break Free » où il s’habille en femme. Le clip a été censuré aux USA. Preuve encore que la transphobie existe dans tous les domaines, même dans la musique ! J’ai toujours la même émotion en écoutant ses chansons. Toujours les larmes qui me montent aux yeux, mais aussi cette joie d’entendre sa voix si puissante. Il fait passer des messages de paix et de tolérance dans ses chansons, et je tiens à le suivre et à transmettre aussi un message de paix et de tolérance.

MissDiane: Pour le mot de la fin, quel message aimerais-tu faire passer aux trans qui te lisent en ce moment même? 

LadyBushi: J’aimerais vous dire, jeune trans, que vous êtes des personnes normales, que vous n’êtes pas contre nature. Vous êtes tout simplement nés dans un corps qui ne vous correspond pas. C’est un besoin naturel de vouloir être dans un corps avec lequel vous vous sentez bien et apaisé. Comme beaucoup le pensent, ce n’est pas de la lâcheté si vous souhaitez changer de corps vous faire opérer et vivre heureux. C’est une preuve de courage de vouloir combattre les préjugés et une société monochrome, soyez fiers tout comme vous homosexuels, de ne pas faire partir du troupeau et d’être vous-mêmes. Sachez que je suis là si vous souhaitez parler sur zag, car je suis passé par là. Et j’espère que cette semaine T vous mettra à l’aise avec vous-même.