Le deuxième roman de Caroline Martinez explore la psyché humaine au temps du Moyen-Age

Prix Goncourt des lycéens 2011, Du Domaine des murmures, sorti en août dernier, synthétise "le merveilleux médiéval, les histoires de fantômes et de saintes, les légendes amoureuses et les folies d'insensés chevaliers" (pour reprendre Fabienne Pascaud dans Télérama). Ce court roman plaira  sûrement à ceux qui aiment la littérature courtoise et qui désirent se réconcilier avec ces thèmes littéraires et cette époque moyen-ageuse difficile à appréhender.

L'héroine, Esclarmonde, pour fuir un mariage avec le fils du seigneur voisin qu'elle hait, décide de s'emmurer vivante dans une cellule et de se consacrer à Dieu. Ce sacrifice, cette réclusion volontaire, est une libération pour la jeune femme : pour la première fois de sa vie, elle peut assumer un choix.

Devenue une sainte, Esclarmonde attire les pélerins qui accourent au domaine des Murmures, car elle accomplit des miracles. La vierge consacrée prodigue des conseils aux passants en se consacrant à leur salvation.

Ce roman peut être considéré comme mystique puisqu'Esclarmonde a le pouvoir d'entendre les paroles des défunts : elle est donc une "passeuse", une intermédiaire entre le monde des morts et des vivants. Clin d'oeil significatif : Esclarmonde est elle-même une morte vivante. En offrant son corps et son âme à Dieu, en s'emmurant, elle renonce à la vie terrestre pour rejoindre la vie céleste et divine. Ce statut particulier amène un autre aspect paradoxal du roman : celui de la parole muette. En effet, Esclarmonde refuse de faire voeu de silence lors de sa réclusion, contrairement aux autres recluses. Elle souhaite consacrer sa vie à aider les autres, notamment en transmettant les visions d'outre-tombe qu'elle reçoit aux proches des défunts. Mais suite à un événement qu'il lui faudra obligatoirement passer sous silence, sous peine de scandale, Esclarmonde fait le choix de se taire. Les "murmures" représentent bien cette tension entre le mutisme et la parole d'ailleurs.

C. Martinez réactualise des topoi vieux de plus de neuf siècles en ancrant son récit dans une époque lointaine. Paradoxalement, son roman résonne comme profondément actuel : à travers une tonalité lyrique voire élégiaque, Esclarmonde est une incarnation de la femme tiraillée entre le sacré et le profane, entre la liberté et la soumission. Elle symbolise l'émancipation de la femme dans un monde dominé par la pression famiale et sociale en brisant le joug de ces diverses emprises.

Finalement, ce roman interpelle par le pathos de la situation décrite : le lecteur suit Esclarmonde en s'apitoyant sur son sort et dénonce les exactions commises envers cette sacrifiée volontaire. La violence de la société à cette époque, sa cruauté et sa méchanceté frappent. Le chant de la jeune récluse parvient aux oreilles du lecteur et le captive.

 

Roman vivement conseillé donc.

 

Voici en lien une critique intéressante sur ce roman : ici.