Le krokodil est une nouvelle drogue qui fat des ravages en Russie. Il pourrait bien venir en Europe...

Le krokodil est le nom donné à une drogue artisanale qui fait actuellement des ravages en Russie, dans les plaines de Sibérie, à la frontière avec le Kazakhstan.

 

Tout est parti d'Afghanistan.

 

En 1979 l'Union Soviétique a envahi militairement l'Afghanistan et l'a occupée pendant 10 ans, jusqu'à la chute du bloc soviétique. Les soldats ont alors été rapatriés, mais ne sont pas revenus les mains vides. En effet, l'Afghanistan produit près de 90% de la production mondiale d'opium, il y est consommé régulièrement par les populations comme médicament, anti-douleur et psychotrope bien sûr. En 10 ans d'occupation, de nombreux soldats de l'armée rouge ont largement eu le temps de développer une forte addiction. Ainsi, dès le début des années 1990 la demande en opium était forte en Russie, et le marché s'est développé très rapidement.

 

Mais la Russie n'était pas alors une nation prospère. Là où en Occident le consommateur régulier de drogues dures a un profil plutôt aisé, et trompe l'ennui d'une vie de faste ou se déleste du stress d'une vie trop active dans un rail de coke ou un shoot d'héroïne, en Russie la consommation de drogues dures concerne également beaucoup les classes populaires. Le chômage de longue durée, la misère ou les conflits conjugaux et familiaux qu'ils induisent poussent fréquemment des hommes et des femmes à chercher de l'évasion dans la consommation de drogues (notez que ce phénomène s'accroît en Occident désormais).

 

Hausse de la pauvreté, hausse de la criminalité et hausse du désespoir et de la misère ont été le crédo de vastes zones en Russie dans les années 1990 et 2000, une aubaine pour les barons de la drogue kazakhs et afghans. Face à l'ampleur du chantier que représentait l'enrayement de ce fléau, les pouvoirs publics se sont désistés et ont préféré opter pour la corruption. Les forces de police laissent les dealers œuvrer pour quelques billets.

 

Population désespérée et pouvoirs publics absents, le terrain était alors prêt pour l'apparition d'une nouvelle drogue, moins chère, plus simple à préparer et plus addictive : le krokodil.

 

La mise sur le marché de cette drogue date de un an et demi à peine. Il s'agit d'un mélange simple à base de codéine, un dérivé de l'opium, disponible en accès libre dans les pharmacie en Russie. Cette drogue s'ingère par voie intraveineuse et copie les effets de l'héroïne. Les effets ne durent que deux heures, les toxicomanes s'injectent donc souvent plusieurs shoots par jour. Il s'agit donc d'une sous-héroïne artisanale, plus abordable et bien plus nocive.

 

Les effets du krokodil sur le corps sont en effet très graves. La drogue s'attaque aux organes qu'elle atrophie, aux os qu'elle fragilise et à la peau qu'elle nécrose (celle-ci se détache pas morceaux rappelant des écailles, d'où le nom de « krokodil »). Après la première injection de krokodil, l'espérance de vie d'un individu passe à 3 ans, encore que beaucoup de toxicomanes ne vivent pas plus d'un an. Pour ceux qui parviennent à en décrocher, les dommages sur l'organisme sont irréversibles, des membres doivent être amputés et les facultés cérébrales se retrouvent amoindries.

 

A l'automne, le krokodil a été identifié en Europe ! Dans l'est de l'Allemagne, ancienne RDA où se trouvent encore de nombreuses communautés russes, des toxicomanes se sont rendus dans des hôpitaux, porteurs des symptômes provoqués par l'ingestion de krokodil. Ils racontent qu'ils croyaient acheter de l'héroïne, mais ont été alertés par les symptômes. Les autorités sanitaires européennes sont en alerte, ces cas isolés inquiètent, autant que la manière dont les évènements se sont produits.

 

Pour plus d'informations sur cette drogue, je vous suggère de regarder l'excellent reportage effectué en immersion par les équipes de vice.com (attention certaines images peuvent choquer !) ainsi que l'interview de la journaliste sur cette page.