La Tunisie, l'Egypte, la Syrie... les dictatures arabes ne semblent tenir qu'à un fil à l'heure où un courant révolutionnaire aux origines variées déferle non seulement ici, mais également dans de nombreux autres pays. Pourtant, l'avenir démocratique des pays désormais en transition s'annonce particulièrement incertain...

  Lors de la chute du dictateur Ben Ali, les journalistes ont commencé à prendre sérieusement en compte le vent de changement qui soufflait sur le monde arabe. Lorsque son homologue égyptien est tombé à son tour, les médias ont été frappés d'hystérie : désormais, les régimes autoritaires de la région ne pouvaient plus que trembler. Et les troubles qui ne tardèrent pas à embraser des pays allant de la Mauritanie aux monarchies pétrolières du golfe persique, nécessitant parfois une intervention armée telle que celle des saoudiens au Barhein, ne firent que leur donner raison.

  Pourtant, de nombreuses inconnues persistent, des facteurs autant internes qu'externes qui font planer le doute sur une transition démocratique relativement pacifique.

  Contrairement à ce que les médias ont pu affirmer, le risque de prise de pouvoir plus ou moins légale par les mouvements islamistes comme Ennahda ou les Frères Musulmans en Tunisie et en Egypte est relativement faible. Par contre, le chaos qui règne dans ces pays peut favoriser l'avènement, ou plus exactement le maintien au pouvoir de groupes qui le détenaient déjà avant la révolte. En Tunisie, corruption et clientélisme règnent toujours, des secteurs entiers du pays échappent encore aux autorités et l'Etat est dans un état de faiblesse qui pourrait profiter aux opportunistes (comme les hommes d'affaire de l'ère Ben Ali et les diverses mafias). Au contraire, en Egypte, si l'Etat se retrouve dans la même position, le pouvoir est bien présent : l'armée continue de tenir le pays d'une poigne de fer à travers des personnalités politiques tenant un rôle effacé.

  En fait, la pseudo-montée de l'islamisme est avant tout une résurgence des craintes américaines de la crise iranienne en 1979, qu'ils n'ont toujours pas digérée, plutôt qu'une réalité. Le chaos qui règne dans les pays "libérés" profite sûrement aux courants extrémistes, et surtout religieux, mais les catégories de la population qui se sont battues pour le départ des dictateurs sont encore mobilisées et tiennent à l'avènement d'un régime démocratique. Elles n'ont pas l'intention de se laisser marcher sur les pieds. En plus, le modèle iranien (théocratie) a montré ses failles depuis la Révolte verte de 2009, et les populations arabes savent très bien que l'extrémisme religieux n'est pas une solution.

  Par contre, l'une des menaces les plus importantes qui pèsent sur la naissance d'éventuelles démocraties est que la région n'est pas dénuée d'enjeux internationaux. Et si les puissances occidentales se sont montrées distantes au début du printemps arabe, ce n'est plus le cas maintenant : l'indécision du président Obama en Egypte s'est muée peu à peu en une alliance avec les anti-kadhafistes. La condamnation par les Etats-Unis de la répression des manifestations en Syrie est l'étape suivante de cette nouvelle stratégie au Moyen Orient. L'émergence d'acteurs régionaux comme la monarchie saoudienne (conservatrice) qui a réprimé les manifestations à Barhein, ou encore l'intérêt croissant de la Turquie pour la Syrie montrent que si les peuples arabes veulent vraiment pouvoir s'émanciper, ils vont devoir faire face à des tentatives d'autres Etats pour accroitre leur influence.

  Les années qui vont suivre vont être cruciales pour l'avenir de tous ces pays. Mais la destabilisation de ces régimes a créé une onde de choc à travers le monde, un message que les autres dictatures, ont bien reçu : la stabilité qui permet leur survie n'est plus une priorité pour leur population. Cette année, le budget chinois pour la sécurité intérieur a dépassé celui de l'armée populaire, une première qui n'est que trop à la mesure des changements en cours ...