Depuis ce début d'année 2011, les Lillois sont sous le choc : trois jeunes ont été retrouvés morts noyés dans le centre historique de la ville. L'enquête piétine, aucun rapprochement n'a pu être fait entre les victimes, l'affaire risque d'être classée dès l'automne. Des soupçons de crimes à caractère homophobe sont cependant apparus, largement relayés sur la toile.

Petit rappel des faits : en février, à seulement 15 jours d'intervalle, sont retrouvés les deux corps de Thomas Ducroo, 26 ans, et Jean-Mériadec le Tarnec, 22 ans, dans la Deûle. L'affaire éclate et la pression médiatique est à son comble. Très vite, des rapprochements sont établis avec la disparition dans des circonstances similaires de John Avi, 33 ans, disparu 6 mois plus tôt. Pourtant la police oriente très vite son enquête vers des morts accidentelles sous le coup de l'alcool, les trois victimes ayant systématiquement disparues en rentrant de soirée. 

 

L'enquête préliminaire de la Police judiciaire de Lille se terminera à l'automne. Aucun élément nouveau venant attester la thèse criminelle n'aura permis de relancer l'enquête. 

Les familles de victimes et une importante communauté d'internautes refusent cette conclusion officielle : le magazine Têtu a émis "un soupçon d'homophobie" à propos des trois affaires, se fondant sur le fait que «John était connu pour fréquenter les lieux gays du quartier », et que «Thomas a été aperçu pour la dernière fois en sortant du Privilège, un bar gay ». Un internaute avait réagi en disant qu'il avait lui-même été victime d'une agression homophobe, avec un «deal simple » : «Tu sautes ou alors tu as un coup de couteau. ». Il reste cependant difficile aujourd'hui de délier le vrai du faux, de distinguer le fantasme d'internautes vicieux de la réalité des faits. Pour mémoire, on se souviendra de l'agression homophobe d'un étudiant d'Evreux qui s'est révélée fausse et qui avait largement été relayée sur la toile.

Le procureur de la République de Lille refuse de céder à la psychose et de tenir compte de ces soupçons grandissants. Il a déclaré à la Voix du Nord que «les policiers ont vu beaucoup de personnes qui se sont manifestées pour témoigner. Tout a été vérifié avec sérieux, mais à chaque fois on est arrivés dans une impasse.». Celui-ci manque pourtant de préciser que toute recherche de liens entre les trois victimes a été négligée. Le classement prochain de l'affaire ne fait pas de doute, sans satisfaire les proches des victimes et notamment la compagne de Thomas Ducroo qui compte saisir un juge d'instruction au plus vite.