Le débat du projet de loi visant un durcissement de la répression de l'homosexualité n'a pas eu lieu, la session du vendredi 13 mai ayant été ajournée par le parlement ougandais, a annoncé Edward Ssekandi, son président. L'ajournement de la session parlementaire met une fin théorique au débat et signifie l'abandon de la loi, à moins que les députés ne décident de son réexamen lors de la prochaine session parlementaire.

D'après Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International, le texte violait le droit international et aurait exposé fortement les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles et transgenres à de nouvelles violations des droits humains. Le texte prévoyait notamment la peine de mort pour le viol d'un mineur par une personne du même sexe ou en cas de transmission du sida. La pétition mise en ligne contre le projet de loi par le collectif All out avait réuni plus de 500 000 signatures et l'hypothèse de la tenue de ce débat avait provoqué un véritable tollé international, les Etats-Unis ayant notamment qualifié la projet de loi d'"odieux" et incité le parlement ougandais à le rejeter.


Le texte avait été présenté par le député David Bahati, il proposait dans sa forme initiale, revue ensuite, la peine de mort pour les homosexuels "récidivistes" et séropositifs et de lourdes sanctions poyur ceux qui les aidaient. Selon l'agence AP, "l’homosexualité est très impopulaire en Ouganda, et les pasteurs de ce pays chrétien prêchent souvent contre cette pratique". De nombreuses personnalités ougandaises se reconnaissant comme homophobes s'étaient cependant élevées contre le texte, le pasteur Martin Ssempa qui considère que les homosexuels "détruisent" la société ougandaise a affirmé que le projet de loi allait trop loin, il préconise pour sa part une peine de sept ans de prison contre les homosexuels. Pour l'évêque anglican Christopher Senyonjo, une telle loi serait inefficace et même contreproductive, l'homosexualité ne reculerait pas et les gays, obligés de se cacher et ne pouvant plus se soigner, propageraient l'épidémie du SIDA.


Avec l'ajournement de la session parlementaire, "il est presque certain que le projet de loi ne sera pas examiné" a jugé Frank Mugisha, militant ougandais pour le droit des minorités sexuelles, il tient cependant a rappeler qu'un réexamen du texte lors d'une prochaine session parlementaire n'est pas impossible. David Bahati, à l'origine du projet de loi, est pour sa part confiant quand à la reprise du débat, il a assuré à l'AFP que beaucoup avait été fait "en soulevant le débat" et que "cela continuera". La situation des homosexuels en Ouganda reste, malgré l'abandon actuel de ce débat, très précaire, le code pénal ougandais prévoyant déjà que toute personne reconnue coupable de relation homosexuelle encourt la réclusion à perpétuité.